Pour la première fois depuis la mi-avril, quatre pétroliers iraniens ont franchi le détroit d’Ormuz, selon les données de la société de suivi maritime Kpler, rapportées par BFM Business. Ces navires, transportant au total 7 millions de barils de pétrole, ont contourné le blocus imposé par les États-Unis aux ports iraniens, un épisode inédit depuis son entrée en vigueur fin mars.
Ce qu'il faut retenir
- Quatre pétroliers iraniens, Hilda I, Amber, Silvia 1 et Happiness I, ont franchi le détroit d’Ormuz lundi avec leurs transpondeurs AIS éteints.
- Ces navires transportaient 7 millions de barils de pétrole, chargés mi-avril sur l’île de Kharg, principal terminal pétrolier iranien.
- Le blocus américain, déclenché en réponse au blocage du détroit par Téhéran, vise à sanctionner les exportations de brut iranien.
- Trois pétroliers iraniens avaient déjà franchi le détroit le 15 avril, mais aucun n’avait réitéré depuis.
- Les États-Unis ont endommagé six pétroliers iraniens depuis avril pour tenter d’empêcher ces traversées.
- Les navires ciblés opéraient généralement dans une zone offshore entre la Malaisie et Singapour, où ils transféraient leur cargaison en haute mer vers d’autres tankers.
Une traversée symbolique dans un contexte de tensions accrues
Les quatre pétroliers iraniens ont quitté l’île de Kharg, principal hub pétrolier du pays – où transite habituellement 90 % du brut iranien –, mi-avril pour contourner les sanctions internationales. D’après les données de Kpler, ces navires opéraient généralement au large de la Malaisie et de Singapour, où ils procédaient à des transferts de cargaison en mer (ship-to-ship) vers d’autres tankers à destination notamment de la Chine. Une pratique devenue courante pour Téhéran afin de contourner les restrictions imposées par Washington.
Pourtant, depuis le 13 avril, date du début du blocus américain sur les ports iraniens, ces opérations avaient marqué une pause. Seuls trois pétroliers avaient osé franchir le détroit d’Ormuz dès le 15 avril, avant que le blocus ne soit pleinement effectif. Le franchissement de lundi, inédit depuis cette date, marque donc un regain d’audace de la part de l’Iran, malgré les risques encourus.
Des navires « invisibles » pour échapper aux radars américains
Selon Kpler, les quatre pétroliers ont franchi le détroit d’Ormuz avec leurs transpondeurs AIS éteints, une manœuvre visant à éviter leur détection par les forces américaines. La société, spécialisée dans le suivi des navires de transport de matières premières, s’appuie sur l’imagerie satellite pour tracer leurs mouvements. Cette technique de dissimulation n’est pas nouvelle : Téhéran l’utilise depuis des années pour exporter son pétrole malgré les sanctions.
Les États-Unis, de leur côté, ont renforcé leur présence militaire dans la région pour faire respecter leur blocus. Mardi, l’armée américaine a annoncé avoir endommagé un pétrolier iranien en tirant sur sa salle des machines, l’empêchant ainsi de rejoindre l’île de Kharg. Depuis avril, six navires ont subi des dommages similaires, selon les déclarations des autorités américaines, qui multiplient les avertissements contre les tentatives de contournement.
Un jeu de dupes entre Washington et Téhéran
Cette traversée intervient alors que les tensions entre les États-Unis et l’Iran restent vives, notamment autour du détroit d’Ormuz, point de passage stratégique pour le trafic pétrolier mondial. En avril, Téhéran avait menacé de bloquer le détroit en représailles aux sanctions américaines, avant que Washington ne riposte en ciblant directement les exportations de brut iranien. Depuis, le bras de fer se poursuit, avec des tentatives iraniennes de maintenir ses exportations et des actions américaines pour les stopper.
« L’Iran a toujours utilisé des méthodes indirectes pour exporter son pétrole, et cette fois encore, il mise sur la discrétion et la rapidité », explique un analyste maritime contacté par BFM Business. « Mais avec le blocus américain, chaque traversée devient un coup de poker. » Les pétroliers iraniens savent qu’ils risquent des représailles, mais la valeur de leur cargaison – 7 millions de barils, soit plusieurs centaines de millions de dollars – justifie ces risques.
Un enjeu économique et géopolitique majeur
Le pétrole iranien représente environ 2 à 3 % de l’approvisionnement mondial, mais son rôle dans le marché asiatique, notamment chinois, en fait un levier stratégique pour Téhéran. Les sanctions américaines visent à asphyxier l’économie iranienne, mais elles poussent également l’Iran à innover dans ses méthodes d’exportation. Les transferts en haute mer et l’extinction des transpondeurs en sont les illustrations les plus récentes.
Pour les États-Unis, l’enjeu est double : affaiblir l’Iran économiquement tout en évitant une escalade militaire dans la région. Pourtant, chaque incident – comme l’endommagement d’un pétrolier – risque d’attiser les tensions. « On est dans une logique où chaque partie teste les limites de l’autre », analyse un diplomate européen. « Et pour l’instant, aucun des deux camps ne semble vouloir reculer. »
Un blocus qui révèle les failles du système
Le blocus américain, officiellement justifié par la nécessité de faire respecter les sanctions de l’ONU, montre ses limites. Malgré les pressions militaires, l’Iran parvient à exporter une partie de son pétrole, preuve que les sanctions ne sont pas totalement étanches. « Les méthodes de contournement sont de plus en plus sophistiquées », note un expert en énergie. « Les pétroliers iraniens utilisent des pavillons de complaisance, des transpondeurs éteints et des transferts en mer pour échapper aux radars. »
D’après Kpler, ces pratiques pourraient se généraliser si le blocus persiste. Les clients traditionnels de l’Iran, comme la Chine, n’ont pas intérêt à voir leur approvisionnement perturbé, ce qui encourage Téhéran à persister dans cette voie. Pour Washington, la tâche s’annonce donc ardue : comment empêcher des traversées devenues quasi systématiques malgré les risques ?
Une chose est certaine : tant que le conflit autour du nucléaire iranien ne sera pas résolu, le détroit d’Ormuz restera une zone de tensions, où chaque cargaison de pétrole comptera comme un acte de résistance – ou de défi.
Le blocus américain, déclenché fin mars 2026, fait suite au blocage du détroit d’Ormuz par l’Iran en représailles aux sanctions internationales imposées à Téhéran. Washington vise à asphyxier l’économie iranienne en empêchant l’exportation de son pétrole, principale source de revenus du pays.
Téhéran utilise plusieurs méthodes : transferts de cargaison en haute mer (ship-to-ship), pavillons de complaisance pour les navires, et extinction des transpondeurs AIS pour éviter la détection. Ces techniques permettent de contourner les contrôles et d’exporter discrètement vers des pays comme la Chine.