Quinze ans après la tuerie familiale de Nantes, qui avait défrayé la chronique, certains proches de la famille Dupont-de-Ligonnès portent encore les stigmates de cette affaire. Philippe Créhange, journaliste et auteur, a recueilli leurs témoignages dans un ouvrage intitulé « Les hantés », comme le rapporte Ouest France.

Ce qu'il faut retenir

  • L’affaire Dupont-de-Ligonnès, une tuerie familiale survenue à Nantes en 2011, reste un drame marquant pour les proches des victimes.
  • Philippe Créhange publie « Les hantés », un livre basé sur les récits de ceux qui ont connu la famille.
  • L’ouvrage met en lumière les conséquences psychologiques durables sur l’entourage, quinze ans après les faits.
  • L’auteur souligne que certains proches sont toujours « hantés » par cette affaire, selon ses entretiens.

C’est une plongée dans l’intimité brisée d’une famille ordinaire, devenue soudainement le centre d’une affaire judiciaire et médiatique hors norme. Nantes, avril 2011 : Xavier Dupont-de-Ligonnès, homme d’affaires, disparaît après avoir signalé le meurtre de sa femme et de ses quatre enfants. Il sera finalement retrouvé en 2021 en Espagne, où il vivait sous une fausse identité. Entre-temps, des proches, des amis et des connaissances ont dû vivre avec l’ombre de cette affaire, comme le rappelle le journaliste dans son livre.

Selon Ouest France, Philippe Créhange s’est entretenu avec une dizaine de personnes ayant côtoyé la famille avant le drame. « Certains sont encore hantés par cette affaire », explique-t-il. L’auteur décrit des vies bouleversées, des relations altérées par le doute, la suspicion, ou simplement par l’impossibilité de tourner la page. « On a essayé de comprendre comment des gens ordinaires en étaient arrivés là », précise-t-il. Son travail ne se limite pas à une enquête sur les faits, mais explore aussi l’impact humain de cette tragédie.

« Certains proches ont l’impression d’avoir été trahis par leur propre mémoire. Ils se demandent sans cesse s’ils n’auraient pas pu empêcher ce qui est arrivé. »
Philippe Créhange, auteur de « Les hantés »

L’ouvrage de Créhange ne se contente pas de relater les événements. Il donne la parole à ceux qui ont partagé le quotidien de la famille avant que celle-ci ne sombre dans l’irréparable. Certains évoquent une façade de normalité, d’autres des signes avant-coureurs qu’ils n’avaient pas su interpréter. « On a tous des zones d’ombre dans notre passé », confie l’un des témoins interrogés par le journaliste. Pour d’autres, la culpabilité de ne pas avoir agi plus tôt pèse lourdement.

Côté enquête, Ouest France souligne que l’affaire reste marquée par des zones d’ombre. Xavier Dupont-de-Ligonnès a toujours nié les accusations, sans jamais fournir d’explications claires sur les motivations de ses actes. Son arrestation en 2021 a relancé les spéculations, sans pour autant apporter de réponses définitives. Le livre de Créhange s’inscrit dans ce contexte, en offrant un éclairage inédit sur la psychologie des proches.

Et maintenant ?

La publication de « Les hantés » pourrait relancer les débats sur les conséquences à long terme des drames familiaux médiatisés. D’ici quelques semaines, des débats publics et des rencontres avec l’auteur sont prévus, notamment à Nantes. Reste à voir si cet ouvrage permettra à certains proches de tourner la page, ou s’il alimentera, au contraire, de nouvelles interrogations.

Cette affaire, qui a défrayé la chronique pendant plus d’une décennie, laisse derrière elle autant de questions que de drames humains. Qu’est-ce qui pousse un père de famille à commettre l’irréparable ? Pourquoi certains proches peinent-ils à se reconstruire ? Ces interrogations, Philippe Créhange les aborde avec pudeur et rigueur, sans jamais tomber dans le sensationnalisme. Son livre s’adresse à ceux qui cherchent à comprendre l’impact invisible des tragédies sur les vies brisées.

Selon les témoignages recueillis par Philippe Créhange, c’est l’accumulation de doutes, de regrets et de l’impossibilité de donner un sens à ce qui s’est passé qui entretient cette souffrance. Certains se sentent coupables de ne pas avoir vu les signes avant-coureurs, tandis que d’autres sont hantés par l’idée que la vérité n’a pas été entièrement dévoilée.