Selon BFM Bourse, le géant français de l’aéronautique et de la défense Safran a confirmé l’ouverture de discussions en vue d’un rachat total d’Exail Technologies, spécialiste des drones sous-marins et des centrales inertielles. Pourtant, malgré la confirmation de cette approche, l’opération reste loin d’être acquise, notamment en raison d’un prix jugé insuffisant par une partie des actionnaires minoritaires. Le titre Safran a d’ailleurs reculé de 3,2 % à l’annonce de cette opération, reflétant les réserves des investisseurs.
Ce qu'il faut retenir
- Safran propose 128,5 euros par action pour racheter Exail Technologies, une offre inférieure de 14 % à son plus haut historique.
- La famille Gorgé, actionnaire majoritaire, détient 41 % du capital et pourrait accepter l’offre, mais les minoritaires, représentant 60 % du capital, pourraient la rejeter.
- Exail Technologies, dont le cours a bondi de 370 % en un an, est valorisée à 2,2 milliards d’euros dans cette opération.
- Le gestionnaire d’actifs ICG, qui détient 32 % du capital, exige une valorisation bien supérieure à celle proposée par Safran.
- Safran espère renforcer sa présence dans les centrales inertielles et la défense navale, un secteur où il est encore peu exposé.
Un rapprochement stratégique pour Safran, mais des obstacles majeurs subsistent
Safran, dont le chiffre d’affaires a atteint 31,3 milliards d’euros en 2025, souhaite acquérir Exail Technologies pour consolider sa position dans les systèmes de navigation inertielle (INS) et la défense navale. Exail, qui affiche un chiffre d’affaires de 479 millions d’euros, est reconnu pour ses drones sous-marins et ses gyroscopes à fibre optique, une technologie différente de celle de Safran, qui mise sur le gyroscope résonant hémisphérique (HRG). Selon les analystes de Jefferies, cette acquisition permettrait à Safran de diversifier ses technologies tout en renforçant sa présence dans un secteur en pleine expansion.
Pour autant, l’opération ne fait pas l’unanimité. TP ICAP Midcap souligne que le montant de 2,2 milliards d’euros nécessaire à ce rachat limite la capacité de Safran à distribuer des liquidités à ses actionnaires, ce qui a pesé sur le cours de son action. « Ce cash aurait pu servir à des rachats d’actions, une option perçue comme plus attractive par les investisseurs », analyse le cabinet. En réponse, Safran a vu son titre chuter de 3,2 % vendredi avant de se stabiliser lundi (+0,03 %).
Un jeu d’actionnaires complexe et des valorisations opposées
Côté Exail Technologies, la situation est tout aussi complexe. Le groupe est engagé dans des négociations tendues avec ICG, un gestionnaire d’actifs qui détient 32 % du capital via sa filiale Exail Holding, ainsi que des obligations convertibles. Exail propose une valorisation de 580 millions d’euros pour ICG et 130 millions pour les autres minoritaires, mais ICG réclame 1,1 milliard d’euros pour l’ensemble des actionnaires minoritaires. « Ces désaccords risquent de rendre les discussions encore plus difficiles avec l’entrée de Safran dans le jeu », estime TP ICAP Midcap.
Autre point de friction : les ODIRNANES, des obligations convertibles en actions émises à hauteur de 500 millions d’euros en septembre 2025 et janvier 2026. Ces titres deviennent « dans la monnaie » dès lors que le cours d’Exail atteint 106,25 euros – un seuil déjà dépassé, puisque le titre s’échange actuellement autour de 121 euros. Les porteurs de ces obligations pourraient donc exiger leur conversion, ce qui augmenterait mécaniquement le nombre d’actions en circulation et diluerait la prime offerte par Safran.
Une offre insuffisante pour les minoritaires, selon les analystes
Le prix proposé par Safran, soit 128,5 euros par action, est jugé « satisfaisant » pour la famille Gorgé, dont la participation a progressé de 350 % depuis 2022 grâce à l’acquisition de iXblue. Cette sortie du capital permettrait à la famille de se recentrer sur Calogena, un projet de petit réacteur nucléaire modulaire (SMR) dont la production doit démarrer en 2029. Oddo BHF estime que cette offre offre une « bonne sortie » pour les Gorgé, mais s’interroge sur son attractivité pour les actionnaires minoritaires, dont la part d’investisseurs internationaux a augmenté ces derniers mois.
Le prix de 128,5 euros est en effet inférieur de 14 % au plus haut historique d’Exail (148,8 euros en mars 2026) et reste en deçà des objectifs de cours fixés par les analystes : 135 euros (TP ICAP Midcap), 140 euros (Stifel) ou 160 euros (Oddo BHF). « Une prime de seulement 20 % par rapport au cours moyen sur un an rend l’OPA sur les minoritaires peu probable sans un relèvement significatif de l’offre », estime TP ICAP Midcap, qui suggère un prix de 150 euros pour emporter l’adhésion.
« Safran n’est pas nécessairement l’acquéreur idéal. Le groupe court des risques antitrust sur les systèmes de navigation inertielle, notamment pour la marine, et son exposition à la défense navale reste limitée. Thales, via Naval Group, apparaîtrait comme un partenaire plus naturel. »
— TP ICAP Midcap
Thales ou Naval Group pourraient-ils entrer dans la danse ?
Plusieurs observateurs, dont Bloomberg, évoquent l’intérêt potentiel d’autres acteurs français de la défense, notamment Thales et Naval Group. Selon Oddo BHF, Thales partagerait des synergies évidentes avec Exail sur les systèmes anti-mines, les INS et la dronisation sous-marine, via son partenariat avec Naval Group sur le contrat BENL. Cependant, les discussions entre Safran et Exail étant déjà bien avancées, une contre-offre semble peu probable, même si elle ne peut être totalement exclue.
« Le timing est serré, et Safran a déjà pris une longueur d’avance », souligne Oddo BHF. Reste à savoir si le groupe acceptera de revoir son offre à la hausse pour séduire l’ensemble des actionnaires, ou si l’opération devra être abandonnée au profit d’une autre stratégie de croissance.
Cette opération, si elle aboutit, marquerait un tournant dans le paysage de la défense française. Mais pour l’heure, le chemin vers un accord reste semé d’embûches, et l’incertitude domine.
Le prix de 128,5 euros par action est jugé insuffisant par les minoritaires, car il est inférieur de 14 % au plus haut historique d’Exail et offre une prime de seulement 20 % par rapport au cours moyen sur un an. Les analystes estiment qu’un prix d’au moins 150 euros serait nécessaire pour emporter leur adhésion, d’autant que les actionnaires internationaux, dont la part a augmenté, pourraient exiger une valorisation plus élevée.
Plusieurs obstacles majeurs subsistent : le désaccord sur la valorisation avec ICG, qui réclame 1,1 milliard d’euros pour l’ensemble des minoritaires, la possible conversion des ODIRNANES en actions, et le manque d’attractivité de l’offre actuelle pour les investisseurs minoritaires. Par ailleurs, Safran pourrait être confronté à des risques antitrust, notamment dans le domaine des systèmes de navigation inertielle.