Le Rassemblement national (RN) aborde pour la première fois une élection présidentielle en position de favori, un statut à la fois flatteur et fragile, comme l’analyse Guillaume Tabard dans une tribune publiée par Le Figaro. Depuis plusieurs semaines, les intentions de vote en faveur de Jordan Bardella et de Marine Le Pen se maintiennent entre 31 % et 36 % au premier tour, selon les derniers sondages réalisés par l’Ifop pour Le Figaro et par BVA pour Le Parisien. Ces résultats marquent une progression significative par rapport aux scores historiques du parti, notamment après la période du « front républicain » qui avait limité son influence.

Ce qu'il faut retenir

  • Le RN enregistre une hausse constante dans les intentions de vote, avec Jordan Bardella et Marine Le Pen crédités de 31 à 36 % au premier tour.
  • Pour la première fois, le parti lepéniste bénéficie d’une adhésion positive de l’opinion, et non plus seulement d’un rejet de ses adversaires.
  • Ce statut de favori s’accompagne d’une vigilance accrue au sein même du RN, conscients des risques liés à une popularité trop visible.
  • Les baromètres récents confirment une avance marquée sur Édouard Philippe, autre figure majeure de la présidentielle.

Un double statut inédit pour le RN

Selon Le Figaro, la situation actuelle du RN est historique : jamais un parti d’extrême droite n’avait accédé à une telle position de force avant une élection présidentielle. Longtemps, le Rassemblement national avait prospéré grâce au rejet de ses opposants, mais aujourd’hui, il bénéficie d’un soutien plus direct de l’électorat. Cette adhésion positive, moins de deux ans après le rejet massif des idées d’extrême droite lors des législatives de 2024, surprend même au sein du parti. « Ce n’est pas parce qu’on est déjà en tête dans les sondages qu’on ne peut pas progresser encore », rappelle un cadre du RN sous couvert d’anonymat.

Pour autant, cette ascension rapide s’accompagne d’une méfiance interne. Dans les couloirs du parti, on évoque un risque de surexposition. Un ciel trop dégagé, en politique, peut parfois cacher des orages. Le Figaro souligne que cette situation inédite expose le RN à une vigilance accrue de la part des médias, des adversaires politiques et même d’une partie de l’opinion publique, prompte à dénoncer toute normalisation du discours lepéniste.

Des scores qui confirment une dynamique nationale

Les derniers baromètres d’opinion, attendus ce mardi, devraient confirmer la tendance observée depuis plusieurs semaines. Selon les données de l’Ifop et de BVA, Jordan Bardella et Marine Le Pen creusent l’écart avec Édouard Philippe, qui stagne autour de 25 %. Cette progression s’inscrit dans un contexte où le RN capitalise sur des thématiques comme l’immigration, le pouvoir d’achat ou encore la souveraineté nationale, qui résonnent particulièrement dans les classes populaires et les zones rurales.

Pourtant, ce score élevé ne garantit en rien une qualification automatique au second tour. Le Figaro rappelle que les reports de voix restent un enjeu majeur. « Un score à 30 % ne signifie pas une victoire », tempère un analyste politique cité par le quotidien. Les élections de 2022 avaient montré que le RN pouvait être victime d’un « front républicain » en cas de qualification pour le second tour. Une dynamique qui pourrait se reproduire en 2027.

Les défis à venir pour le RN

Malgré cette dynamique, le RN doit faire face à plusieurs défis. D’abord, celui de la crédibilité institutionnelle. Jordan Bardella, âgé de 28 ans, incarne une nouvelle génération au sein du parti, mais son manque d’expérience gouvernementale pourrait être un frein face à des adversaires plus expérimentés. Ensuite, la question du programme se pose : comment transformer une adhésion populaire en un projet de société cohérent ?

Enfin, le RN doit gérer les tensions internes liées à cette montée en puissance. Certains cadres historiques, comme Marine Le Pen, pourraient voir d’un mauvais œil l’émergence de figures plus jeunes, perçues comme des rivales potentielles. Le Figaro rapporte que des discussions existent déjà au sein du parti pour préparer la succession et éviter les fractures.

« C’est la première fois que le parti lepéniste aborde une élection présidentielle en position de favori. Et qu’il ne profite plus uniquement du rejet de ses adversaires mais d’une adhésion positive de l’opinion, moins de deux ans après avoir fait l’objet d’un « front républicain ». » — Le Figaro

Et maintenant ?

D’ici à l’automne 2026, le RN devrait poursuivre sa stratégie de normalisation, tout en évitant les déclarations qui pourraient raviver les craintes d’une extrême droite toujours perçue comme radicale par une partie de l’électorat. Les prochaines élections locales, notamment les municipales de 2026, pourraient aussi servir de test grandeur nature pour le parti. Si les scores se confirment, le RN pourrait envisager de présenter un candidat unique pour 2027, évitant ainsi une primaire interne qui affaiblirait sa dynamique.

Reste à voir si cette ascension sondagière se transformera en victoire électorale. Pour l’heure, le RN mise sur sa capacité à incarner un renouvellement politique, tout en évitant les pièges d’une surexposition qui pourrait, à terme, fragiliser sa position. Une équation délicate, mais qui pourrait bien redéfinir le paysage politique français dans les mois à venir.

Le RN bénéficie d’une hausse constante dans les sondages, avec des scores compris entre 31 % et 36 % pour ses figures principales, Jordan Bardella et Marine Le Pen. Cette progression s’explique par une adhésion positive de l’opinion, et non plus seulement par le rejet de ses adversaires, ce qui est inédit dans l’histoire récente du parti.

Le RN doit faire face à plusieurs défis : la crédibilité institutionnelle de ses leaders, la cohérence de son programme, et surtout la gestion des tensions internes. Par ailleurs, une surexposition médiatique pourrait raviver les craintes d’une extrême droite radicale, déclenchant à nouveau un « front républicain » au second tour.