Alors que la France reste sous le choc de la mort de Lyhanna, une collégienne de 11 ans dont le corps a été retrouvé dans le Gers, les autorités parisiennes ont interdit les rassemblements prévus ce lundi 8 juin en hommage à la jeune victime. Selon Franceinfo - Politique, les initiatives initialement programmées devant le ministère de la Justice et le tribunal judiciaire du 17e arrondissement de Paris ont été empêchées, suscitant la colère des associations féministes et des collectifs mobilisés pour la protection de l’enfance.

L’interdiction, qualifiée d’« irresponsable » par la Fondation des femmes, intervient malgré la conformité des démarches administratives réalisées par les organisatrices. Ces dernières ont dénoncé une décision qui « ne tient ni compte de l’ampleur, ni de l’esprit de la mobilisation », alors que des centaines de personnes étaient attendues pour rendre hommage à Lyhanna et exiger une réponse politique forte face aux violences faites aux femmes et aux enfants. Une alternative proposée par les autorités, à savoir un rassemblement sur la place Louis-Lépine, dans le cœur historique de Paris, a également été jugée insuffisante par les associations, qui y voient une tentative de dilution de la mobilisation.

Ce qu’il faut retenir

  • Les rassemblements prévus lundi 8 juin devant le ministère de la Justice et le tribunal judiciaire de Paris, en hommage à Lyhanna, ont été interdits par les autorités, selon Franceinfo - Politique.
  • La Fondation des femmes a dénoncé une décision « irresponsable », estimant que les organisatrices avaient respecté toutes les démarches légales dans les délais impartis.
  • Les autorités ont proposé une alternative sur la place Louis-Lépine, mais celle-ci a été rejetée par les associations, qui jugent cette solution inadaptée à l’ampleur de la mobilisation.
  • Le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, a exclu de démissionner, tout en annonçant une revue des 70 000 plaintes concernant des enfants victimes de crimes ou délits avant le 14 juillet.
  • Le frère du suspect, Jérôme Barella, a été placé en garde à vue ce matin pour des faits de viol sur mineur, viol par conjoint, séquestration et menaces de mort réitérées.
  • La présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, a demandé l’inscription à l’ordre du jour d’une proposition de loi « intégrale » contre les violences sexistes et sexuelles d’ici juillet ou septembre.

Une interdiction contestée par les associations, malgré des démarches conformes

L’interdiction des rassemblements à Paris s’ajoute à un contexte déjà tendu autour de l’affaire Lyhanna. Selon Franceinfo - Politique, la Fondation des femmes a vivement réagi à cette décision, soulignant que les organisatrices avaient respecté les procédures légales. « Les organisatrices ont effectué toutes les démarches légales dans les délais », a affirmé l’association dans un communiqué transmis au service police-justice de Franceinfo. Anne-Cécile Mailfert, sa présidente, a par ailleurs déclaré lors d’une conférence de presse à l’Assemblée nationale : « La préfecture nous menace d’un arrêté d’interdiction. Je suis complètement scotchée. Nous sommes des associations, nous portons des propositions constructives, nous voulons rendre hommage à Lyhanna. J’imagine que ça arrange le ministre qu’on ne soit pas sous ses fenêtres. »

Côté autorités, la place Louis-Lépine, située sur l’île de la Cité, a été proposée comme solution de repli. Pour les organisatrices, cette alternative revient à minimiser la portée symbolique des lieux initialement choisis, situés à proximité des institutions judiciaires. « Cette alternative ne tient ni compte de l’ampleur, ni de l’esprit de la mobilisation », a déploré la Fondation des femmes, qui rappelle que Lyhanna symbolise désormais l’urgence d’agir face aux violences faites aux enfants.

Gérald Darmanin annonce une revue des 70 000 plaintes liées aux enfants victimes

Dans ce contexte, le ministre de la Justice a convoqué une réunion exceptionnelle avec les procureurs généraux pour évaluer la gestion des affaires impliquant des mineurs victimes. Selon Franceinfo - Politique, Gérald Darmanin a annoncé un audit des 70 000 plaintes concernant des enfants victimes de crimes ou de délits, avec un rapport à remettre avant le 14 juillet. « Je recevrai ensuite les procureurs généraux avant le 31 juillet, à raison de trois à quatre rendez-vous par jour, pour identifier les défaillances ou les difficultés », a-t-il précisé, sans évoquer d’affaires individuelles. Parallèlement, il a écarté l’idée de démissionner, malgré l’émotion suscitée par ce drame.

Cette annonce s’inscrit dans un débat plus large sur les moyens alloués à la protection de l’enfance. Les magistrats du tribunal de Bobigny, deuxième juridiction de France, ont d’ailleurs dénoncé « l’hypocrisie » du garde des Sceaux, soulignant un manque criant de moyens. Dans une motion votée à l’unanimité, ils rappellent partager « l’émotion causée par la mort de Lyhanna », tout en pointant un « abandon des acteurs de la protection de l’enfance ». Leur texte met en lumière les dysfonctionnements systémiques qui ont pu, selon eux, contribuer à l’échec de la protection de la collégienne.

Le frère du suspect en garde à vue pour des faits remontant à 2007

Le frère de Jérôme Barella, identifié comme le principal suspect dans l’affaire Lyhanna, a été placé en garde à vue ce lundi matin. Selon Franceinfo - Politique, il est visé par plusieurs chefs d’accusation : viol sur mineur de plus de 15 ans, viol par conjoint, séquestration et menace de mort réitérée par conjoint. Les faits, qui auraient été commis entre 2007 et 2017, pourraient éclairer le parcours judiciaire de Jérôme Barella, déjà connu des services de police pour des antécédents violents.

Cette garde à vue survient alors que l’enquête administrative ouverte pour faire la lumière sur les dysfonctionnements ayant conduit à la mort de Lyhanna doit rendre ses conclusions prochainement. Gérald Darmanin a confirmé que cette enquête était en cours, sans pour autant évoquer de sanctions contre les fonctionnaires ou magistrats impliqués dans l’affaire.

À l’Assemblée nationale, l’heure est à l’action législative

Face à l’émotion nationale, la présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, a appelé à une mobilisation politique immédiate. Lors d’une conférence de presse, elle a demandé au gouvernement d’inscrire à l’ordre du jour de la session extraordinaire de l’Assemblée nationale — prévue en juillet ou septembre — une proposition de loi « intégrale » contre les violences sexistes et sexuelles. « Le temps où nos rapports servent à caler des étagères est fini », a-t-elle lancé, alors qu’une coalition de députés de gauche et du centre a élaboré 140 propositions sur le sujet l’an dernier.

Cette initiative s’inscrit dans la continuité des travaux menés par les associations et les parlementaires depuis des mois. Céline Thiébault-Martinez, députée socialiste, a rappelé que cette proposition de loi transpartisane avait été portée par une coalition d’associations avant d’être reprise par des députés. « Ce qu’il manque, c’est un sursaut politique et législatif », a-t-elle souligné, alors que des rassemblements en hommage à Lyhanna ont rassemblé des milliers de personnes dans tout le pays ces dernières semaines. Guillaume Gouffier-Valente, député Renaissance, a pour sa part critiqué la méthode gouvernementale : « Le gouvernement propose des réponses sectorielles. Or, nous pensons qu’il faut une loi intégrale, comme l’ont fait d’autres États en Europe, notamment l’Espagne. »

À Fleurance, dans le Gers, la douleur reste vive

Dans la petite ville de Fleurance, où Lyhanna était scolarisée, l’émotion reste palpable. Une marche blanche a eu lieu dimanche, suivie du retour en cours ce lundi matin. Des fleurs et des petits mots ont été déposés devant l’entrée du collège où elle étudiait. « On prenait le même bus et on se parlait tout le temps. Là, je suis triste. Ça n’aurait pas dû arriver. J’espère que ça n’arrivera pas à quelqu’un d’autre », a confié un camarade de classe à Franceinfo.

Les obsèques de Lyhanna sont prévues ce vendredi 13 juin à 14h30 dans sa ville natale, en présence de sa famille, de ses proches et des autorités locales. David Taupiac, député Liot de la circonscription, a rappelé que les habitants du Gers attendaient des solutions, et non des démissions. « Mes concitoyens gersois sont en attente de solutions, ils ne sont pas en attente de démissions », a-t-il déclaré à l’Assemblée nationale, plaidant pour une réforme en profondeur du système de protection de l’enfance.

Et maintenant ?

Les prochains jours s’annoncent décisifs. La commission des lois du Sénat entendra Gérald Darmanin et Laurent Nunez, ministre de l’Intérieur, demain mardi 9 juin à 9h30, afin d’évaluer leur réponse à la crise. Parallèlement, les associations maintiennent la pression pour que la proposition de loi « intégrale » soit inscrite à l’ordre du jour parlementaire avant l’été. Reste à voir si le gouvernement acceptera de céder sur ce point, alors que la mobilisation citoyenne ne faiblit pas. Enfin, les conclusions de l’enquête administrative sur le parcours judiciaire de Lyhanna devraient être rendues d’ici la fin du mois, ce qui pourrait entraîner des mesures disciplinaires ou des réformes structurelles.

Cette affaire, qui a ému toute la France, pose une question centrale : les institutions judiciaires et politiques sont-elles enfin prêtes à agir pour éviter qu’un tel drame ne se reproduise ? La réponse dépendra des décisions prises dans les semaines à venir.

Selon Franceinfo - Politique, les autorités ont justifié cette interdiction par des raisons de sécurité et d’ordre public. Cependant, les associations organisatrices dénoncent une décision « irresponsable », estimant avoir respecté toutes les démarches légales. La Fondation des femmes a également critiqué la proposition d’un rassemblement alternatif sur la place Louis-Lépine, jugée inadaptée à l’ampleur de la mobilisation.

Gérald Darmanin doit rendre compte de la revue des 70 000 plaintes concernant des enfants victimes avant le 14 juillet. Les magistrats du tribunal de Bobigny ont également annoncé une motion pour dénoncer le manque de moyens alloués à la protection de l’enfance. Enfin, la commission des lois du Sénat auditionnera demain le garde des Sceaux et le ministre de l’Intérieur. Côté législatif, la proposition de loi « intégrale » contre les violences sexistes et sexuelles pourrait être inscrite à l’ordre du jour d’ici juillet ou septembre.