Lors du dernier match amical de l’équipe de France contre la Côte d’Ivoire (1-2) disputé jeudi, Rayan Cherki a marqué les esprits par sa performance, au point de séduire Daniel Riolo, éditorialiste de l’*After Foot* sur RMC Sport. Le jeune milieu offensif de Manchester City, auteur d’un but et d’une prestation remarquée, a relancé le débat sur la capacité des Bleus à s’appuyer sur un joueur de ce profil pour guider leur jeu. Une configuration tactique que Didier Deschamps n’avait plus privilégiée depuis des années, selon les observateurs.
Ce qu'il faut retenir
- Rayan Cherki, milieu offensif de Manchester City, a marqué les esprits lors du match France-Côte d’Ivoire (1-2) en amical, avec un but et une prestation technique saluée.
- Daniel Riolo, éditorialiste de l’*After Foot*, a salué le choix tactique de Didier Deschamps de positionner Cherki comme meneur de jeu, une configuration rare depuis l’ère Zidane.
- L’enthousiasme de Riolo contraste avec le scepticisme de Maxime Chanot, ancien défenseur, qui estime que le joueur ne peut être lancé en début de compétition internationale.
- Le débat porte désormais sur la capacité de Deschamps à assumer un schéma offensif à quatre attaquants, malgré les risques défensifs encourus.
Un rôle de meneur de jeu inédit depuis Zidane
Pour Daniel Riolo, la prestation de Rayan Cherki contre la Côte d’Ivoire marque un tournant. Le joueur de 22 ans a occupé le poste de meneur de jeu dans un dispositif à quatre attaquants, un schéma que Didier Deschamps n’avait plus expérimenté depuis des années. « Le premier message envoyé par Deschamps, c’est : "oui messieurs, je propose autre chose, j’ai changé, oui nous allons jouer à quatre devant : un meneur et trois attaquants" », a déclaré Riolo selon RMC Sport. Ce choix tactique a permis à Cherki de s’exprimer pleinement, avec des passes décisives et une influence majeure sur le jeu.
L’éditorialiste a souligné la singularité de la performance du Lyonnais, habitué à évoluer en club dans un rôle plus axial. « Depuis 20-25 ans, on n’avait pas eu de joueur comme ça pour mener le jeu des Bleus. Ce n’était pas la tradition Deschamps. Depuis Zidane, à qui tu as donné les clés ? On n’a pas d’autres joueurs », a-t-il ajouté. Cherki a ainsi touché un nombre inhabituel de ballons, orienté le jeu et montré des qualités techniques rares chez un joueur français.
Un enthousiasme tempéré par les critiques
Si Daniel Riolo voit en Cherki l’héritier d’un Zidane « ultra technique » mais aussi « sérieux », d’autres voix s’élèvent pour tempérer cet enthousiasme. Maxime Chanot, ancien défenseur professionnel ayant évolué en MLS, a émis des réserves quant à la pertinence d’un tel choix en début de compétition. « Tu ne peux pas démarrer une compétition avec Cherki. La compétition est tellement rapide », a-t-il lancé, mettant en garde contre les risques défensifs d’un tel schéma tactique.
Selon Chanot, lancer un joueur comme Cherki en ouverture d’un tournoi majeur reviendrait à prendre un « point d’interrogation » sur sa capacité à tenir son rôle face à la pression. « Il a fait une très bonne première mi-temps, mais c’est complètement insuffisant pour lui faire confiance dès maintenant », a-t-il précisé. Le défenseur a également souligné que Deschamps, malgré son goût pour le « football champagne », reste avant tout un entraîneur pragmatique, soucieux de remporter des titres.
« Tu sais comment tu veux gagner la compétition : tu mets trois milieux de terrain, Cherki et deux attaquants. » — Daniel Riolo, éditorialiste de l’*After Foot*, selon RMC Sport.
Didier Deschamps face à un dilemme tactique
La victoire de la Côte d’Ivoire (2-1) a rappelé les risques d’un schéma aussi offensif. Didier Deschamps, connu pour sa prudence tactique, a pourtant semblé ouvert à cette experimentation. « Deschamps ne supporte pas cette forme de déséquilibre », a rappelé Riolo. « Il suffit que Tchouaméni rate un ballon, que ce ne soit pas récupéré par le défenseur ou que le latéral ne soit pas bon… Est-ce qu’il est prêt à prendre ce risque ? »
Pour l’éditorialiste, l’enjeu est désormais de savoir si Deschamps poursuivra dans cette voie ou reviendra à une configuration plus équilibrée, notamment lors de l’Euro 2028 qui approche. Le sélectionneur a déjà alterné entre différents dispositifs en 2026, avec des résultats contrastés. Certains observateurs estiment que Cherki pourrait devenir un atout majeur si son club, Manchester City, lui confie effectivement le rôle de meneur de jeu en Premier League.
Un débat qui dépasse le simple cadre technique
Au-delà des aspects tactiques, la question de la confiance accordée à Cherki soulève un enjeu générationnel pour l’équipe de France. « Le gars va probablement être le meneur de jeu de Manchester City – il commençait à le devenir petit à petit cette année – et il ne pourrait pas l’être en équipe de France ? » s’est interrogé Riolo. Pour lui, l’absence de profil similaire depuis l’ère Zidane reflète une forme de conservatisme dans la gestion des Bleus.
Chanot, lui, défend une approche plus mesurée : « Tu prends le risque de le lancer en début de compétition alors que c’est la dernière de Didier Deschamps avec Kylian Mbappé, Ousmane Dembélé et Michael Olise dans le même style de playmaker. Mbappé défend très peu, si en plus tu ramènes un Cherki qui ne défend pas… » a-t-il argumenté. Le débat illustre ainsi les tensions entre l’envie de renouveau et la nécessité de résultats immédiats.
Alors que le débat fait rage entre enthousiastes et sceptiques, une chose reste certaine : Rayan Cherki a, au moins pour un soir, redonné des couleurs à l’idée d’un football offensif en bleu. La suite dépendra autant de lui que de la capacité de Deschamps à assumer les risques d’une telle aventure.
Cherki incarne un profil de meneur de jeu technique et créatif, un rôle qui n’a pas été occupé de manière aussi marquée en équipe de France depuis l’ère Zidane. Son style, plus proche du « petit génie du 10 » que des milieux relayeurs traditionnels, rappelle celui des grands playmakers sud-américains ou espagnols, mais reste rare dans le football français, où la priorité est souvent donnée à la solidité défensive.
Deschamps doit concilier deux impératifs : maintenir une identité offensive attractive, comme lors du match contre la Côte d’Ivoire, tout en garantissant une stabilité défensive suffisante pour viser la victoire. Son choix tactique dépendra de la forme des joueurs clés, dont Cherki, Mbappé et Dembélé, ainsi que des résultats des prochains matchs préparatoires.