En République démocratique du Congo (RDC), de nouvelles allégations de détournement de fonds destinés aux victimes de la guerre de Kisangani dans les années 2000 ont refait surface. Comme le rapporte RFI, le ministre d’État à la Justice a ordonné l’ouverture d’une enquête concernant un contrat signé entre le Frivao — l’organisme chargé de gérer les indemnités versées par l’Ouganda — et une société congolaise pour la réalisation d’un documentaire sur le Génocost.

Ce qu'il faut retenir

  • Le Frivao est l’entité chargée de distribuer les fonds liés aux victimes de la guerre de Kisangani, indemnisées par l’Ouganda.
  • Un contrat a été signé avec une société congolaise pour la production d’un documentaire sur le Génocost, suscitant des soupçons d’irrégularités.
  • Le ministre d’État à la Justice a ordonné une enquête administrative pour vérifier la légalité de ce contrat.

L’enquête porte spécifiquement sur les modalités financières et les éventuels conflits d’intérêts liés à ce projet. Selon les informations rapportées par RFI, les fonds en question étaient initialement destinés à indemniser les victimes de la guerre de Kisangani, un conflit qui avait opposé en 2000 l’armée ougandaise à des factions rebelles congolaises. Ces indemnisations, payées par Kampala, transitent par le Frivao, une structure sous tutelle du ministère congolais de la Justice.

Un contrat sous le feu des critiques

Les soupçons de détournement concernent un contrat signé entre le Frivao et une société congolaise, contrat dont les termes n’ont pas été rendus publics. Selon RFI, ce marché aurait été attribué sans appel d’offres transparent, ce qui pourrait constituer une violation des procédures administratives en vigueur en RDC. Le documentaire en question, intitulé Génocost, aborde les violences commises pendant la guerre de Kisangani, un sujet toujours sensible dans le pays.

Le ministre d’État à la Justice, Celestin Tunda Ya Kasende, a confirmé à RFI que des investigations étaient en cours pour établir d’éventuelles irrégularités. « Nous avons ouvert une enquête administrative pour vérifier la régularité du processus d’attribution de ce contrat », a-t-il déclaré. L’enquête vise à déterminer si les fonds alloués ont bien été utilisés conformément à leur destination initiale.

Le contexte des indemnisations liées à Kisangani

La guerre de Kisangani, qui s’est déroulée en 2000, a fait des centaines de morts et des milliers de déplacés. En 2005, la Cour internationale de justice (CIJ) avait condamné l’Ouganda à verser des réparations à la RDC pour son rôle dans ce conflit. Depuis, une partie des indemnisations a été versée, mais leur gestion reste controversée. Le Frivao, créé pour superviser leur distribution, a déjà été critiqué par la société civile pour des retards et des opacités dans les paiements.

Ces nouvelles allégations interviennent alors que la RDC tente de renforcer ses mécanismes de transparence financière, notamment dans le cadre de la lutte contre la corruption. Le gouvernement congolais a récemment adopté plusieurs réformes pour améliorer la gouvernance, mais les défis restent nombreux dans un pays où les ressources publiques sont souvent détournées ou mal gérées.

Et maintenant ?

L’enquête administrative devrait prendre plusieurs semaines, voire plusieurs mois, selon la complexité des vérifications à mener. Si des irrégularités sont confirmées, des sanctions pourraient être prises à l’encontre des responsables du Frivao ou de la société contractante. Par ailleurs, cette affaire pourrait relancer le débat sur la gestion des fonds liés aux réparations internationales en RDC.

Les prochaines étapes consisteront à auditionner les parties prenantes et à analyser les documents financiers liés au contrat. Le ministère de la Justice a indiqué qu’il publierait un rapport préliminaire d’ici la fin du premier trimestre 2026. Cette affaire rappelle les difficultés persistantes de la RDC à garantir une gestion transparente de ses ressources, malgré les engagements pris en matière de bonne gouvernance.

Génocost est un documentaire centré sur les violences commises lors de la guerre de Kisangani en 2000. Il aborde les exactions perpétrées par les différentes factions en présence, notamment les forces ougandaises et les milices congolaises. Le film a été réalisé dans le cadre d’un projet soutenu par le Frivao, mais son financement a été remis en cause.