Une journée de mobilisation d'ampleur est organisée ce mercredi 3 juin 2026 à Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo (RDC), afin de protester contre les velléités du pouvoir en place. Selon RFI, la plateforme d'opposition C64, qui rassemble plusieurs partis politiques, appelle à une journée « ville morte » pour s'opposer à toute modification de la Constitution. Cette réforme pourrait permettre au président Félix Tshisekedi de se maintenir à la tête du pays au-delà de son second mandat, alors que la Constitution actuelle limite à deux le nombre de mandats présidentiels.
Ce qu'il faut retenir
- Une journée « ville morte » est organisée ce 3 juin 2026 à Kinshasa par la plateforme C64, selon RFI.
- Cette initiative vise à s'opposer à une modification de la Constitution permettant au président Tshisekedi de briguer un troisième mandat.
- La C64 regroupe plusieurs partis politiques d'opposition et teste ainsi sa capacité à mobiliser ses partisans.
- Cette action marque le premier grand mouvement organisé par cette coalition depuis sa création.
Une mobilisation contre une réforme constitutionnelle controversée
La plateforme C64 — dont le nom fait référence à l'année 1964, marquant un tournant dans l'histoire politique congolaise — a été officiellement lancée en 2025. Elle rassemble des partis politiques de l'opposition déterminés à empêcher toute tentative de modification de la Constitution, perçue comme une manœuvre pour contourner la limitation des mandats présidentiels. Félix Tshisekedi, en fonction depuis 2019 et réélu en 2023, pourrait ainsi se représenter en 2028 si la Constitution est amendée. La C64 justifie sa mobilisation par la défense de l'État de droit et la préservation des institutions démocratiques du pays.
Cette journée « ville morte » s'inscrit dans une stratégie plus large de pression sur le pouvoir. Selon des observateurs politiques, il s'agit d'un premier test pour évaluer la capacité de la coalition à paralyser Kinshasa et à mobiliser la population. Les organisateurs appellent à une cessation totale des activités économiques et administratives dans la capitale, une mesure qui pourrait paralyser l'activité quotidienne de millions d'habitants.
Un contexte politique tendu en RDC
La situation politique en RDC reste marquée par des tensions persistantes entre le pouvoir et l'opposition. Depuis son élection en 2019, Félix Tshisekedi a été critiqué pour son rapprochement avec des figures controversées de l'ancien régime de Joseph Kabila, notamment en intégrant d'anciens alliés du président sortant dans son gouvernement. Ces choix ont alimenté les suspicions d'un affaiblissement de l'opposition et d'un renforcement du pouvoir en place.
La question d'une modification de la Constitution n'est pas nouvelle en RDC. Déjà en 2015, sous la présidence de Joseph Kabila, une tentative similaire avait provoqué des manifestations réprimées dans le sang, faisant plusieurs dizaines de morts. Aujourd'hui, l'opposition craint que l'histoire ne se répète, d'autant que le gouvernement a multiplié les signes d'une volonté de réformer la loi fondamentale, sans pour autant dévoiler de projet précis.
« Cette journée « ville morte » est un signal fort envoyé au pouvoir. Nous refusons catégoriquement toute tentative de modifier la Constitution pour permettre à Félix Tshisekedi de rester au pouvoir. »
— Déclaration d'un porte-parole de la C64, rapportée par RFI.
Quelles conséquences pour la stabilité politique du pays ?
Cette journée de mobilisation intervient à un moment charnière pour la RDC. Alors que le pays fait face à des défis économiques et sécuritaires majeurs — notamment dans l'est du pays, où des groupes armés continuent de semer la terreur —, une crise politique pourrait aggraver l'instabilité. Les observateurs s'interrogent sur la capacité du gouvernement à concilier les impératifs de stabilité avec les revendications démocratiques de l'opposition.
La communauté internationale, notamment l'Union africaine et les partenaires bilatéraux de la RDC, a déjà exprimé à plusieurs reprises son inquiétude quant aux risques de dérive autoritaire. Certains pays donateurs pourraient conditionner leur aide à la préservation des institutions démocratiques et au respect des règles constitutionnelles. Une pression extérieure qui pourrait, à terme, influencer les décisions du pouvoir en place.
La C64 regroupe plusieurs partis politiques d'opposition, dont le Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) — le parti de Félix Tshisekedi, mais dont une frange dissidente a rejoint la coalition — ainsi que des formations comme le Mouvement pour la libération du Congo (MLC), le Front commun pour le Congo (FCC) et d'autres petits partis. Selon RFI, la plateforme entend rassembler au-delà des clivages traditionnels pour faire front commun contre la modification constitutionnelle.