À Kinshasa, l’opposition a boycotté la séance plénière de l’Assemblée nationale congolaise le 27 mai 2026, en pleine discussion sur le rapport d’une commission chargée de toiletter le projet de loi référendaire. Selon RFI, cette décision intervient alors que la majorité présidentielle pousse pour l’adoption rapide d’un texte qui permettrait l’organisation d’un référendum dans un délai de deux ans.
Ce qu'il faut retenir
- Date clé : 27 mai 2026 – Boycott de l’opposition lors de l’examen du rapport sur le projet de loi référendaire en RDC.
- Contexte politique – Deux ans avant la fin du second mandat de Félix Tshisekedi, un texte controversé est en discussion pour organiser un référendum.
- Suspicion de l’opposition – Les députés d’opposition craignent que ce projet ne serve à autoriser un troisième mandat pour le président sortant.
- Tension institutionnelle – Le rapport d’une commission parlementaire est examiné en urgence, sans participation de l’opposition.
- Prochaines étapes – L’adoption du texte pourrait ouvrir la voie à un référendum dans les mois à venir.
Le projet de loi en question, porté par la majorité présidentielle, vise à réformer la Constitution pour permettre l’organisation d’un référendum. Selon plusieurs observateurs, ce texte pourrait être utilisé pour contourner la limite des deux mandats présidentiels, un scénario déjà évoqué lors des débats de 2023. Félix Tshisekedi, réélu en 2023 pour un second mandat, doit normalement quitter le pouvoir en 2026, sauf si une modification constitutionnelle lui permet de se représenter.
Un boycott symbolique et politique
Lors de la séance du 27 mai, les députés de l’opposition ont quitté l’hémicycle en signe de protestation. Leur départ a interrompu les travaux de la plénière, alors que le rapport de la commission devait être adopté dans la journée. Vital Kamerhe, figure de l’opposition et ancien allié de Tshisekedi, a dénoncé une manœuvre visant à « assurer la pérennité du pouvoir au mépris de la Constitution ». Le texte, selon lui, « ne vise qu’à légaliser un troisième mandat », a-t-il précisé lors d’une déclaration à la presse.
Ce boycott intervient après des semaines de tensions entre la majorité et l’opposition. Les partis d’opposition, regroupés autour du CACH (Cap pour le Changement) et d’autres formations, avaient déjà manifesté leur opposition au projet lors de consultations parlementaires. Leur absence de l’hémicycle reflète un rejet unanime du texte, jugé anticonstitutionnel par une grande partie de la classe politique.
Un projet de loi controversé
Le projet de loi référendaire, tel que présenté par la majorité, prévoit de modifier plusieurs articles de la Constitution pour permettre l’organisation d’un référendum. Parmi les changements envisagés figurent l’abaissement du seuil de signatures nécessaires pour déclencher une consultation populaire, ainsi que la possibilité de soumettre des révisions constitutionnelles à un vote populaire. Le gouvernement, par la voix du ministre de la Justice, a défendu ce texte comme une avancée démocratique, permettant une « meilleure participation des citoyens aux décisions politiques ».
Pourtant, les critiques fusent. Les juristes congolais soulignent que la modification de la limite des mandats relève d’un changement majeur qui, selon la Constitution actuelle, ne peut être soumis à référendum sans l’accord préalable du Parlement. « C’est une violation flagrante de l’ordre constitutionnel », a déclaré l’avocat et constitutionnaliste Jean-Pierre Mabolia, qui craint une instrumentalisation du référendum à des fins politiques.
Cette crise intervient à un moment où la RDC traverse une période de forte instabilité politique et sécuritaire. Avec des élections présidentielles prévues en 2028, l’enjeu dépasse le simple cadre institutionnel : il s’agit de savoir si le pays parviendra à organiser un scrutin transparent et crédible, ou si la classe politique privilégiera des manœuvres pour conserver le pouvoir.