À Bunia, chef-lieu de la province de l’Ituri, dans le nord-est de la République démocratique du Congo (RDC), l’épidémie d’Ebola qui frappe la région depuis le début de l’année 2026 vient de recevoir un nouvel outil de riposte. Selon RFI, un centre de traitement spécialisé a été inauguré à Rwampara, financé par l’agence humanitaire de l’Union européenne (Echo) et géré par l’ONG internationale Alima. Ce dispositif, dont la mise en place a été marquée par des tensions locales, devrait permettre d’accélérer la prise en charge des patients et de contenir la propagation du virus.
Ce qu'il faut retenir
- Un centre de traitement Ebola a été ouvert à Rwampara, près de Bunia (Ituri), financé par l’agence Echo de l’UE et géré par l’ONG Alima.
- Le site a été partiellement incendié le 21 mai 2026 par des proches d’une victime refusant la prise en charge sanitaire du corps.
- Les premiers patients ont été admis le week-end du 6-7 juin 2026, après une phase de stabilisation.
- Cette structure s’ajoute aux autres centres dédiés déployés dans l’épicentre de la 17e épidémie d’Ebola en RDC.
Un nouveau centre dans un contexte épidémique toujours actif
La province de l’Ituri reste l’un des foyers les plus critiques de la 17e épidémie d’Ebola en RDC, déclarée en janvier 2026. Selon les dernières données disponibles, plus de 1 200 cas confirmés ou suspects ont été recensés depuis le début de l’année, avec un taux de létalité dépassant 60 %. Le centre de Rwampara s’inscrit dans une stratégie élargie de réponse sanitaire, aux côtés d’autres structures déjà opérationnelles à Bunia et dans ses environs. Sa création répond à un besoin pressant de renforcer les capacités d’isolement et de soins pour une population déjà éprouvée par des années de conflits et de crises humanitaires.
La gestion de ce type d’infrastructure n’est pas sans défis. Comme l’a rapporté RFI, l’ouverture du centre a été perturbée dès sa phase de construction par des incidents violents. Le 21 mai dernier, des proches d’une personne décédée ont incendié une partie des locaux, refusant que le corps soit pris en charge selon les protocoles sanitaires en vigueur. Cet événement illustre les résistances culturelles et les méfiances persistantes envers les mesures de lutte contre Ebola, malgré les campagnes de sensibilisation menées par les autorités et les ONG.
Une reprise progressive et une première admission de patients
Malgré ces obstacles, la situation s’est progressivement apaisée grâce à l’intervention des équipes de médiation et des leaders communautaires. Dès le week-end des 6 et 7 juin 2026, le centre a pu accueillir ses premiers patients, marquant ainsi le début de son activité opérationnelle. « Les équipes médicales sont désormais en mesure d’offrir des soins adaptés, dans des conditions sécurisées pour les patients comme pour le personnel », a indiqué un responsable d’Alima, cité par RFI. La structure, conçue pour accueillir jusqu’à 50 patients en simultané, dispose d’unités de soins intensifs et de laboratoires dédiés aux tests rapides.
Ce nouveau centre vient compléter un réseau déjà dense de structures de santé dédiées à Ebola dans la région. Selon les autorités sanitaires congolaises, au moins quatre autres centres de traitement sont actifs dans l’Ituri, dont deux à Bunia même. Leur coordination avec les équipes de Rwampara devrait permettre une meilleure répartition des ressources et une réponse plus réactive aux foyers émergents.
Un financement européen et une gestion sous haute surveillance
Le projet de Rwampara a bénéficié d’un financement de 1,8 million d’euros de la part de l’agence Echo, l’office d’aide humanitaire de l’Union européenne. Cette enveloppe couvre non seulement la construction et l’équipement du centre, mais aussi les salaires des personnels soignants et les frais de logistique sur une période de six mois. « Ce soutien est crucial pour maintenir la réponse à Ebola dans une région où les ressources locales sont limitées », a précisé un porte-parole de la délégation de l’UE en RDC.
La gestion du centre est assurée par Alima, une ONG spécialisée dans les interventions médicales d’urgence en Afrique. L’organisation, qui intervient régulièrement dans des contextes de crises sanitaires, collabore étroitement avec le ministère congolais de la Santé et l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) pour garantir le respect des protocoles internationaux. Les équipes sur place sont composées de médecins, d’infirmiers, d’hygiénistes et de logisticiens, tous formés aux spécificités de la prise en charge d’Ebola.
Alors que la RDC fait face à une crise sanitaire majeure, ce centre de Rwampara incarne à la fois un espoir et un défi. Espoir, car il renforce les capacités de réponse ; défi, car son succès dépendra de la capacité des acteurs locaux et internationaux à surmonter les obstacles logistiques, sécuritaires et culturels. Reste à voir si, une fois encore, la communauté internationale parviendra à apporter une réponse à la hauteur des enjeux.
Les résistances s’expliquent par des croyances culturelles et des craintes liées aux protocoles sanitaires. Dans certaines communautés, les proches refusent que le corps soit inhumé selon les rites traditionnels, perçus comme essentiels pour l’âme du défunt. Les équipes médicales doivent donc mener des campagnes de sensibilisation pour expliquer l’importance des mesures d’isolement et éviter la propagation du virus.