Un quart des électeurs de 50 ans et plus ont voté pour le Rassemblement national lors des dernières législatives et européennes, selon une étude de la Fondation Jean-Jaurès publiée ce mercredi. Cette évolution structurelle du vote RN, désormais perçu par une partie de la droite traditionnelle comme un partenaire potentiel face à La France insoumise, redessine le paysage politique français.

Selon nos confrères du Figaro, cette recomposition s’explique notamment par la percée du RN dans les bastions traditionnels de la droite, comme Nice ou Cagnes-sur-Mer lors du premier tour des municipales. Une dynamique qui confirme, pour les observateurs, le glissement du parti d’extrême droite vers une nouvelle centralité électorale.

Ce qu'il faut retenir

  • 25 % des plus de 50 ans ont voté RN lors des dernières législatives et européennes, un électorat historiquement ancré à droite.
  • Le parti de Marine Le Pen attire désormais les classes moyennes et supérieures, en plus de ses bases populaires et jeunes.
  • La percée du RN dans le Sud-Est (Nice, Cagnes-sur-Mer) illustre cette mutation électorale.
  • Une étude de la Fondation Jean-Jaurès, signée Jean-Daniel Lévy (Harris Interactive), analyse cette recomposition.

Un électorat de droite traditionnel en quête d’alliances face à LFI

L’émergence de La France insoumise (LFI) comme « agent perturbateur » du paysage politique joue un rôle central dans cette recomposition, explique Jean-Daniel Lévy, directeur délégué de l’institut Harris Interactive. Dans une note publiée pour la Fondation Jean-Jaurès, ce dernier souligne que « l’union des droites » n’est plus une hypothèse lointaine, mais une réalité en construction.

L’étude met en lumière un électorat de droite traditionnelle, historiquement ancré à Les Républicains (LR), qui voit désormais le Rassemblement national comme un allié objectif. Cette bascule s’explique par la radicalisation perçue de LFI, perçue comme une menace plus immédiate que la gauche modérée ou la droite traditionnelle.

« Quand on regarde la structure électorale des électeurs du RN, celle-ci s’est profondément modifiée au cours des dernières années », précise Jean-Daniel Lévy. « C’était déjà le réceptacle des catégories populaires et des jeunes électeurs. C’est devenu, au fil du temps, celui des classes moyennes, voire des classes supérieures, ainsi que des personnes de 50 ans et plus. »

Le Sud-Est, laboratoire d’une nouvelle géographie électorale

Les résultats du premier tour des élections municipales dans le Sud-Est, où le RN a réalisé des scores historiques à Nice ou Cagnes-sur-Mer, confirment cette tendance. Autant dire que le parti frontiste n’est plus l’apanage des territoires en crise ou des zones périurbaines délaissées.

Ces villes, traditionnellement ancrées à droite, voient une partie de leur électorat traditionnel basculer vers le RN. Un phénomène qui s’ajoute à la progression du parti dans des départements ruraux ou périurbains, où il capte désormais une part significative des voix des classes moyennes.

Pour les analystes, cette évolution n’est pas un hasard. Elle reflète une recomposition plus large du clivage politique, où l’opposition entre progressistes et conservateurs cède la place à un affrontement entre les « mondialistes » et les « souverainistes », une grille de lecture qui avantage le RN face à LFI.

Une droite traditionnelle en position de faiblesse stratégique

Cette dynamique place Les Républicains (LR) dans une position délicate. Le parti, historiquement dominant dans l’électorat de droite, voit une partie de son socle s’éroder au profit du RN. Une situation qui interroge sur l’avenir de LR, entre tentation d’une alliance avec le Rassemblement national et risque de marginalisation.

« LR risque d’assister à une vente à la découpe entre Édouard Philippe et Éric Ciotti », avait d’ailleurs alerté récemment le géographe Jérôme Fourquet. Une fracture interne qui pourrait affaiblir encore davantage le parti, dans un contexte où l’union des droites devient un impératif pour certains observateurs.

Pour Jean-Daniel Lévy, cette recomposition n’est pas linéaire. Elle dépendra notamment des prochaines échéances électorales, et de la capacité des différents acteurs à fédérer ou, au contraire, à fragmenter l’électorat de droite. « La percée du RN dans le Sud-Est montre que ce parti est devenu le nouveau réceptacle naturel des classes moyennes et populaires de droite », avait-il souligné lors de l’entretien accordé au Figaro.

Et maintenant ?

Les prochaines élections, qu’elles soient municipales, législatives ou présidentielles, pourraient accélérer ou freiner cette recomposition. Une chose est sûre : le RN, désormais perçu comme un rempart face à LFI par une partie de l’électorat de droite, n’est plus un parti marginal. Son ancrage dans de nouvelles catégories sociales et géographiques en fait un acteur incontournable, autant dire que la droite traditionnelle devra composer avec cette réalité.

Reste à voir si cette dynamique se confirmera lors des prochaines élections, ou si elle se heurtera à des résistances internes, notamment au sein de LR. Une chose est certaine : la recomposition de la droite est désormais en marche, et elle redéfinit en profondeur le paysage politique français.

Pour l’heure, le RN continue de capter une part croissante de l’électorat traditionnel de droite, tandis que LFI s’impose comme le principal adversaire idéologique. Entre ces deux forces, les partis traditionnels, à commencer par LR, devront trouver leur place dans un échiquier politique en pleine mutation.