Depuis le début de l’année 2026, 117 000 hectares de forêt ont été ravagés par les incendies en France, selon les données compilées par Franceinfo – Faits divers. Parmi les territoires les plus touchés, la Gironde se retrouve au cœur d’un débat sur la méthode de reconstruction de ses massifs forestiers. Face aux images répétées de forêts calcinées, une question s’impose : comment financer et organiser la régénération des espaces brûlés ? L’association Canopée, spécialisée dans la défense des forêts, alerte sur un déséquilibre dans les choix de replantation. Elle dénonce une préférence pour le pin maritime, espèce à haut risque d’incendie, au détriment des feuillus comme les chênes ou les hêtres, naturellement moins inflammables.

Ce qu'il faut retenir

  • En Gironde, 117 000 hectares de forêt ont brûlé depuis janvier 2026, selon les données nationales compilées par Franceinfo – Faits divers.
  • L’association Canopée critique la priorité donnée au pin maritime dans les programmes de replantation financés par des fonds publics.
  • Les feuillus (chênes, hêtres) sont moins inflammables que les pins, mais leur replantation reste marginale, selon Sylvain Angerand, directeur de Canopée.
  • Les pare-feu et les pistes débroussaillées sont présentés comme des solutions complémentaires pour limiter les risques d’incendie.
  • La filière bois, qui génère 3 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel dans les Landes de Gascogne, est pointée du doigt pour son manque d’investissement dans ces infrastructures.
  • Le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé la nomination d’un coordinateur national pour piloter la reconstruction des territoires brûlés.

Un choix de replantation contesté par les associations

L’association Canopée rappelle que la même situation s’était produite après les incendies de 2022 en Gironde. « On nous avait promis une reconstruction différente, mais l’argent public a servi à replanter essentiellement du pin maritime », dénonce Sylvain Angerand, son directeur. Cette critique s’appuie sur des constats de terrain : les pins, bien que rentables pour la filière bois, sont particulièrement vulnérables aux feux en raison de leur résine inflammable et de leur écorce épaisse.

Pour Canopée, la solution réside dans un changement radical de stratégie. « Il faut privilégier les feuillus, comme les chênes ou les hêtres, qui brûlent moins vite et limitent la propagation des flammes », explique Angerand. Pourtant, malgré ces arguments, les programmes de replantation financés par l’État ou les collectivités locales continuent de privilégier les essences résineuses, notamment pour des raisons économiques.

Les acteurs locaux divisés sur les responsabilités

À Biganos, une commune girondine couvrant plus de 5 000 hectares de forêt, le maire Bruno Lafon, également président de la DFCI Nouvelle-Aquitaine (Défense des forêts contre les incendies), pointe du doigt les limites des organismes publics. « L’Institut national de recherche agronomique et environnementale (INRAE) en Gironde mène des expériences, et on s’aperçoit que certains arbres poussent très bien, tandis que d’autres ont du mal à se développer », précise-t-il. Cette prudence illustre les tensions entre les impératifs écologiques et les réalités économiques d’une filière bois très puissante dans la région.

Pour Lafon, la responsabilité ne revient pas uniquement aux sylviculteurs, mais aussi aux pouvoirs publics, qui devraient mieux accompagner les communes dans le choix des essences à replanter. « On manque de données claires pour trancher. Il faut des études indépendantes et des financements adaptés », ajoute-t-il.

Pare-feu et pistes débroussaillées : des solutions sous-exploitées ?

Face à l’urgence, les pare-feu — ces bandes de terrain débroussaillées ou plantées d’essences peu inflammables — sont présentés comme une alternative efficace pour limiter la propagation des incendies. Pourtant, leur mise en place reste insuffisante, selon Canopée. « On veut des pare-feu, mais qui a planté les arbres sur ces zones ? Ce sont les forestiers », rappelle Angerand, soulignant ainsi le rôle central de la filière dans ces infrastructures.

La Gironde, comme d’autres départements du sud-ouest, mise sur ces dispositifs pour prévenir les feux de forêt. Cependant, leur efficacité dépend de leur entretien régulier et de leur largeur, deux critères souvent négligés faute de moyens suffisants. « Les pare-feu existent, mais ils sont souvent trop étroits ou mal entretenus », confirme un responsable local sous couvert d’anonymat.

Une filière bois puissante face à des enjeux environnementaux

Le sud-ouest de la France, et notamment les Landes de Gascogne, abrite une filière bois florissante, générant chaque année 3 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Cette activité, qui emploie des milliers de personnes, repose en grande partie sur la production de pin maritime, utilisé pour la construction, le papier ou encore l’ameublement. Pourtant, cette monoculture expose les forêts à des risques accrus d’incendie, comme l’ont montré les feux de 2022 et 2026.

Les acteurs de la filière défendent leur modèle économique. « Nous ne pouvons pas ignorer les contraintes économiques. Le pin maritime reste une essence rentable et adaptée à notre climat », argue un représentant de l’Office national des forêts (ONF). Mais pour les associations, cette logique à court terme hypothèque l’avenir des forêts. « On ne peut pas continuer à sacrifier la résilience des écosystèmes pour des profits immédiats », rétorque Angerand.

« On a eu le même cas en 2022 après les incendies, on nous a promis qu’on reconstruirait le massif différemment et ce n’est pas ce qui s’est passé. L’argent public a servi à replanter essentiellement du pin maritime. »
Sylvain Angerand, directeur de Canopée

Les promesses de l’État et les attentes des territoires

Face à la crise, le gouvernement a réagi en annonçant des mesures pour accélérer la reconstruction. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a ainsi confirmé la nomination d’un coordinateur national chargé de superviser les opérations de replantation et de prévention dans les zones sinistrées. Cette initiative vise à coordonner les actions des collectivités locales, des organismes publics et des acteurs privés pour éviter les erreurs du passé.

Cependant, les associations restent sceptiques. « Les annonces sont une bonne chose, mais il faut des actes concrets et des financements pérennes », insiste Angerand. Pour les communes, l’enjeu est double : relancer une économie locale dépendante de la forêt tout en réduisant les risques d’incendie. « Nous attendons des directives claires et des aides adaptées pour concilier ces deux objectifs », confie un élu girondin.

Et maintenant ?

Dans les prochains mois, les collectivités girondines et les services de l’État devraient finaliser leurs plans de replantation pour l’automne 2026. Un calendrier serré, alors que les risques d’incendie restent élevés jusqu’aux premières pluies d’automne. Les associations, comme Canopée, appellent à une concertation élargie pour intégrer davantage de feuillus dans les projets. Quant à la filière bois, elle devrait être invitée à revoir ses pratiques pour intégrer davantage de prévention dans ses schémas de production. Reste à savoir si les promesses de l’État et les exigences écologiques parviendront à s’accorder.

En conclusion, la reconstruction des forêts girondines après les incendies de 2026 s’annonce comme un défi à la fois écologique et économique. Si les débats sur le choix des essences à replanter divisent les acteurs, une chose est sûre : l’urgence de la situation impose des solutions rapides et durables pour éviter que l’histoire ne se répète.

Le pin maritime est largement utilisé pour sa rentabilité économique. Il pousse rapidement, offre un bois très demandé par la filière (construction, papier, ameublement) et s’adapte bien au climat local des Landes et de Gironde. Son coût de replantation et d’entretien est également moins élevé que celui des feuillus comme le chêne ou le hêtre, ce qui en fait une solution « économique » à court terme pour les pouvoirs publics et les sylviculteurs.

Les experts et associations craignent que la répétition de cette stratégie n’aggrave la vulnérabilité des forêts face aux incendies. Le pin maritime, avec son écorce épaisse et sa résine inflammable, favorise la propagation des flammes. À long terme, cela pourrait entraîner des feux plus intenses et plus difficiles à maîtriser, tout en réduisant la biodiversité et la résilience des écosystèmes forestiers.