Alors que 200 000 pompiers volontaires sont engagés en France, certains services départementaux d’incendie et de secours (SDIS) renforcent leurs procédures de recrutement pour écarter tout risque de recrutement de « pompiers pyromanes ». Si ces cas restent exceptionnels, ils suscitent une vigilance accrue, notamment après des affaires répétées ces dernières années. Selon Franceinfo – Faits divers, certains SDIS intègrent désormais des entretiens psychologiques, voire des questionnaires spécifiques, pour tenter de détecter des profils à risque.
Ce qu'il faut retenir
- En 2026, 115 000 hectares ont déjà brûlé en France depuis le début de l’année, avec 13 500 foyers recensés. Sur ces départs de feu, 90 % sont d’origine humaine, et 25 % relèvent de la malveillance délibérée.
- Jusqu’en 2025, le référentiel Sigycop permettait d’évaluer l’aptitude psychique des candidats, mais l’arrêté ministériel d’avril 2025 ne l’impose plus explicitement.
- Le SDIS de Charente-Maritime a mis en place un questionnaire de 20 questions, développé par une chercheuse britannique, pour repérer des profils à risque. Trois candidats ont été écartés en deux ans.
- La pyromanie est un trouble psychiatrique rare, ne concernant que 3,3 % des incendiaires selon le DSM-5-TR, excluant les actes rationnels (vengeance, dissimulation, etc.).
- Le syndicat des sapeurs-pompiers volontaires de France (SPVF) reste sceptique : un pompier volontaire pyromane pourrait passer entre les mailles du filet malgré les contrôles.
Un risque statistiquement faible, mais une vigilance renforcée
Depuis 2022, plusieurs départements français ont été touchés par des départs de feu volontaires attribués à des membres des secours. Les Landes en 2022, l’Hérault entre 2011 et 2019, la Corse en 2009, l’Aveyron en 2024, l’Indre-et-Loire en 2025 et la forêt de Fontainebleau en juillet 2026 : autant d’affaires qui rappellent la nécessité de sécuriser les recrutements. « Si le réchauffement climatique aggrave les incendies, 90 % des départs de feu restent liés à l’action humaine », souligne un expert interrogé par Franceinfo. Parmi eux, un quart relève de la malveillance, une catégorie qui inclut les actes de pyromanie.
Pourtant, les chiffres restent rassurants. « Sur 200 000 pompiers volontaires, ces cas sont extrêmement rares », tempère Sabrina Gineau, psychologue au SDIS de Charente-Maritime. « Le risque existe, mais il est anecdotique. » Pourtant, face à l’émotion suscitée par chaque nouvelle affaire, certains services départementaux n’hésitent plus à adapter leurs procédures.
Des outils psychologiques pour prévenir les risques
Jusqu’en avril 2025, l’arrêté ministériel encadrant le recrutement des sapeurs-pompiers volontaires imposait une évaluation globale de l’aptitude, incluant le volet psychique via le référentiel Sigycop. Ce système, bien que non conçu pour détecter des pyromanes, permettait d’évaluer l’équilibre mental des candidats. Mais le nouvel arrêté, en vigueur depuis le printemps 2025, ne mentionne plus cette obligation. « Ce test ne permettait en aucun cas de déceler des pyromanes », assure un médecin-chef d’un SDIS du sud de la France, où les feux de forêt sont fréquents. « Il servait surtout à vérifier que le candidat n’avait pas de troubles psychiatriques majeurs. »
Malgré cette absence de contrainte réglementaire, certains SDIS vont plus loin. C’est le cas du service de Charente-Maritime, qui a instauré deux niveaux d’évaluation. D’abord, un entretien protocolaire avec une psychologue pour repérer d’éventuels troubles psychiatriques associés à la pyromanie (addictions, troubles bipolaires, etc.). Si des signes inquiétants sont détectés, le candidat est mis en inaptitude temporaire le temps de réaliser une expertise psychiatrique. « Nous cherchons des signaux faibles », explique Sabrina Gineau. « La pyromanie est souvent liée à d’autres pathologies. Notre objectif n’est pas de tout détecter, mais de réduire les risques. »
Un questionnaire pour cerner les profils à risque
Depuis quatre ans, le SDIS de Charente-Maritime utilise également un questionnaire développé par Theresa Gannon, chercheuse en psychologie à l’université de Kent (Royaume-Uni). Ce test, initialement destiné à l’ensemble des 200 candidats annuels du département, ne s’adresse plus aujourd’hui qu’aux profils jugés à risque lors du premier entretien. « Il vise à repérer des comportements pathologiques liés au feu », précise la psychologue. « Certains candidats modifient leurs réponses pour nous plaire, mais les résultats des pyromanes sont souvent incongrus. »
Sur les deux dernières années, une vingtaine de candidats ont été soumis à ce questionnaire, et trois ont été écartés. « Nous savons qu’il existe un biais de désirabilité sociale », reconnaît Sabrina Gineau. « Mais certains profils révèlent des tendances inquiétantes, comme un attrait particulier pour le feu ou une minimisation de son danger. » Le test repose sur des critères scientifiques, comme le besoin d’attention, de gratification ou d’héroïsme, souvent cités dans la littérature comme mobiles des pyromanes dans les rangs des pompiers. « Ces candidats peuvent être tentés de rejoindre les secours pour éteindre les feux qu’ils allument », explique Laurent Layet, psychiatre et expert judiciaire.
« Il n’existe pas de spécificité du pompier volontaire pyromane. En revanche, les principaux mobiles répertoriés – besoin d’attention, gratification, héroïsme – peuvent pousser certains à s’engager dans les secours pour alimenter leur propre scénario. »
— Laurent Layet, psychiatre et expert judiciaire
Les limites des procédures actuelles
Malgré ces avancées, les professionnels reconnaissent les limites des outils actuels. Bruno Ménard, secrétaire général du Syndicat des sapeurs-pompiers volontaires de France (SPVF), reste sceptique quant à l’efficacité des questionnaires et entretiens. « Nous avons travaillé quatre ans avec un collègue qui déclenchait des feux délibérément », confie-t-il à Franceinfo. « Personne n’a rien remarqué. Comment voulez-vous repérer cela en 30 minutes d’entretien ou via un questionnaire ? » Pour lui, la solution réside ailleurs : dans la formation des chefs de centre et des équipes. « Il faut apprendre à repérer les signaux faibles sur le terrain, comme cela se fait dans les gendarmeries. »
Le SDIS de Charente-Maritime et Bruno Ménard s’accordent sur un point : « Il n’y a pas de risque zéro », mais une vigilance accrue, combinant recrutement et surveillance sur le terrain, pourrait réduire les risques. « Les brebis galeuses existent, conclut le secrétaire général du SPVF. « La meilleure prévention reste une chaîne de commandement formée et réactive. »
Face à la multiplication des incendies en France, la question du recrutement des pompiers volontaires se pose avec une acuité renouvelée. Si les outils psychologiques progressent, leur efficacité dépendra largement de leur mise en œuvre homogène sur l’ensemble du territoire. En attendant, les SDIS restent sur le qui-vive, conscients que la vigilance doit être permanente.
La pyromanie est un trouble psychiatrique classé dans le DSM-5-TR, caractérisé par une impulsion incontrôlable à allumer des incendies, accompagnée d’une tension avant l’acte et d’un soulagement après. Elle se distingue des actes de malveillance rationnelle (vengeance, dissimulation, bénéfice matériel), qui ne relèvent pas de ce trouble psychiatrique. Pour être diagnostiquée, la pyromanie doit remplir six critères cumulatifs, dont la fascination pour le feu et l’absence de mobile rationnel.