Selon Euronews FR, le référendum islandais prévu ce samedi 29 août sur la reprise des négociations d’adhésion à l’Union européenne place la Norvège dans une position délicate, alors qu’Oslo défend depuis des décennies son ancrage dans l’Espace économique européen (EEE).
Un « oui » islandais pourrait, en effet, fragiliser la stratégie norvégienne, fondée sur une relation avec Bruxelles excluant une intégration pleine et entière. Les deux pays partagent des inquiétudes similaires – pêche, agriculture, souveraineté – mais leur rapport à l’Europe diffère profondément.
Ce qu'il faut retenir
- Le référendum islandais du 29 août 2026 porte sur la reprise des négociations d’adhésion à l’UE, gelées depuis 2013, et non sur une adhésion directe.
- Un « oui » islandais réduirait l’EEE à deux membres (Norvège et Liechtenstein), privant Oslo d’une alternative crédible à l’adhésion.
- En Norvège, 49 % des sondés s’opposent toujours à l’adhésion à l’UE, contre 37 % de partisans, selon un sondage publié fin août 2026.
- Les deux pays ont rejeté par référendum l’adhésion à l’UE (Norvège en 1972 et 1994 ; Islande en 1994), mais Reykjavik pourrait bientôt relancer le débat.
- Les négociations islandaises seront suivies de près à Oslo, où le gouvernement craint un effet d’entraînement sur l’opinion publique.
L’EEE, un arrangement remis en cause par l’adhésion islandaise
L’Espace économique européen, qui associe trois pays non membres à l’UE – l’Islande, le Liechtenstein et la Norvège –, pourrait voir son équilibre bouleversé si Reykjavik franchit le pas. L’EEE étend les quatre libertés de circulation (marchandises, services, capitaux, personnes) à ses membres, mais sans leur accorder de droit de vote dans les institutions européennes.
« Si l’Islande devait devenir membre de l’UE, l’équilibre des forces entre les parties à l’accord sur l’EEE – à l’origine 12 pays contre 7 – passera à 28 contre 2 », a souligné le ministre norvégien des Affaires étrangères, Espen Barth Eide, devant le Parlement en mai 2026. Autant dire que l’EEE deviendrait un arrangement bilatéral entre l’UE et la Norvège, isolant Oslo dans un rôle de partenaire marginalisé.
Cette perspective inquiète d’autant plus que l’Islande n’est pas un cas isolé. Lors de la création de l’EEE en 1994, l’Autriche, la Finlande et la Suède en faisaient partie avant de rejoindre l’Union après des référendums positifs. Une trajectoire que la Norvège a toujours refusée, malgré deux votes contraires en 1972 et 1994.
Norvège : un débat récurrent et des craintes inchangées
Les réticences norvégiennes à l’égard de l’UE reposent sur des arguments persistants : la défense de la pêche, pilier de son économie, l’agriculture, et une méfiance envers une perte de souveraineté. Ces craintes, déjà au cœur des campagnes référendaires de 1972 et 1994, n’ont pas faibli. Un sondage publié fin août 2026 par le quotidien ABC Nyheter montre que 49 % des Norvégiens s’opposent toujours à l’adhésion, contre 37 % de partisans.
« Les forces pro-UE en Norvège vont dresser un tableau effrayant d’une Norvège en dehors de l’UE. Nous assisterons à une noircissure sans précédent », a averti Trygve Slagsvold Vedum, chef du Parti du centre eurosceptique, lors de l’annonce du référendum islandais. Pour lui, la question européenne reste la plus clivante de la politique norvégienne, capable de diviser des familles entières.
À l’inverse, Guri Melby, dirigeante du Parti libéral favorable à l’UE, a appelé Oslo à s’inspirer de l’approche islandaise, moins polarisante. « Le référendum islandais doit donner un nouvel élan au débat sur l’adhésion de la Norvège », a-t-elle déclaré. Une position partagée par la députée conservatrice Ine Eriksen Søreide, qui estime que l’intégration croissante de l’UE rendra de plus en plus difficile pour la Norvège de défendre ses intérêts depuis l’extérieur.
Islande : un processus en deux temps sous surveillance
Le scrutin de ce samedi 29 août ne porte pas directement sur une adhésion à l’UE, mais sur un mandat donné au gouvernement islandais pour relancer les négociations, suspendues depuis 2015. Si les Islandais votent « oui », un second référendum sera nécessaire pour valider l’accord final – une procédure en deux étapes qui limite les risques de rejet immédiat.
La Première ministre islandaise, Kristrún Frostadóttir, a tenté de rassurer son homologue norvégien, Jonas Gahr Støre, en février 2026 : « Nous maintiendrons l’accord sur l’EEE en vigueur quoi qu’il arrive. » Elle a rappelé que, même en cas de « oui », l’adhésion pleine et entière resterait soumise à un vote populaire. « Si un non en ressort, nous devons pouvoir compter sur un accord sur l’EEE solide et actif », a-t-elle ajouté.
Hallgrimur Oddsson, directeur du think tank islandais Evrópustraumar, a précisé que les Norvégiens « suivraient de très près » le déroulement des négociations, notamment sur les dossiers sensibles comme la pêche. « Leur histoire est aussi différente », a-t-il tempéré, soulignant que l’Islande n’a pas connu les mêmes divisions internes que la Norvège lors des précédents référendums.
Oslo face à un dilemme : maintenir l’EEE ou envisager l’inimaginable ?
Pour le gouvernement norvégien, la situation est délicate. Officiellement, Oslo défend l’EEE comme base de ses relations avec Bruxelles, un compromis qui lui permet de bénéficier du marché unique sans renoncer à sa souveraineté. Mais un « oui » islandais rendrait cette position intenable, selon Espen Barth Eide : « Nous devons reconnaître qu’un processus d’adhésion de l’Islande posera des défis particuliers à la Norvège en tant que pays de l’EEE. »
Dans un contexte géopolitique marqué par l’intégration croissante de l’UE et les tensions internationales, rouvrir le débat sur l’adhésion apparaît risqué pour Oslo. « Dans la situation actuelle, relancer ce sujet serait la dernière chose dont la Norvège ait besoin », a souligné un analyste sous couvert d’anonymat. Les divisions des années 1990, qui avaient opposé partisans et opposants au sein des familles, restent dans les mémoires.
Pourtant, certains observateurs estiment que le référendum islandais pourrait forcer la Norvège à repenser sa stratégie. « Le vote islandais pourrait donner un nouvel élan, mais la Norvège devrait encore trouver ses propres raisons de rejoindre le bloc », a résumé Hallgrimur Oddsson. Un grand débat national serait alors inévitable, mais son déclenchement semble encore prématuré.
Quelle que soit l’issue du scrutin islandais, la Norvège ne pourra plus ignorer indéfiniment la question européenne. Entre inertie politique et risque de division nationale, Oslo se trouve à un carrefour stratégique.