Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a marqué un nouveau tournant dans la politique mémorielle de son pays en assistant personnellement à la cérémonie de réinhumation d’Andriy Melnyk, une figure controversée de l’indépendantisme ukrainien ayant collaboré avec l’Allemagne nazie contre l’URSS, selon Le Monde.
Cette participation, qui s’inscrit dans un mouvement plus large de réévaluation du passé national ukrainien depuis l’invasion russe de février 2022, a provoqué une vive réaction diplomatique de la part d’Israël et de la Pologne. Les deux pays ont exprimé leur désapprobation face à cette réhabilitation, perçue comme une légitimation indirecte de la collaboration avec le régime nazi.
Ce qu'il faut retenir
- Andriy Melnyk, indépendantiste ukrainien, a collaboré avec l’Allemagne nazie contre l’Union soviétique, selon les archives historiques.
- Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a assisté à sa cérémonie de réinhumation, marquant une étape dans la politique mémorielle ukrainienne.
- Cette réhabilitation a suscité des critiques de la part d’Israël et de la Pologne, deux pays particulièrement sensibles à la question de la collaboration avec le nazisme.
- Depuis l’invasion russe de février 2022, l’Ukraine a recentré sa mémoire historique sur la lutte contre Moscou, intégrant des figures autrefois controversées.
- Les tensions diplomatiques soulignent les divergences d’interprétation historique entre l’Ukraine et ses alliés occidentaux.
Une réinhumation aux relents historiques
Andriy Melnyk, leader de l’Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN) dans les années 1930-1940, a été réinhumé lors d’une cérémonie officielle à laquelle assistait Volodymyr Zelensky. Ce geste symbolique s’inscrit dans une stratégie mémorielle visant à renforcer l’identité nationale ukrainienne face à l’agression russe, comme le rapporte Le Monde.
Melnyk, dont les écrits et les actions ont été marqués par une collaboration ponctuelle avec les autorités allemandes, est une figure clivante. Pour ses partisans, il incarne la résistance à l’oppression soviétique, tandis que ses détracteurs le considèrent comme un collaborateur du régime nazi. Cette réhabilitation, bien que politique, ravive des débats historiques complexes, notamment sur le rôle des nationalistes ukrainiens pendant la Seconde Guerre mondiale.
Israël et la Pologne s’opposent à cette réévaluation historique
Les autorités israéliennes ont réagi avec fermeté à cette initiative. Le ministère israélien des Affaires étrangères a rappelé dans un communiqué que « toute glorification de collaborateurs nazis est inacceptable et blesse la mémoire des victimes de la Shoah », selon des sources diplomatiques citées par Le Monde.
La Pologne, de son côté, a également exprimé son mécontentement. Varsovie, qui partage avec Israël une sensibilité aiguë sur les questions de collaboration avec le nazisme, a convoqué l’ambassadeur ukrainien pour protester contre cette décision. « La réhabilitation de figures ayant collaboré avec l’Allemagne nazie est une provocation historique », a déclaré un haut responsable polonais sous couvert d’anonymat.
L’Ukraine face à ses démons du passé
Depuis le début de la guerre en 2022, l’Ukraine a multiplié les gestes symboliques pour affirmer sa rupture avec le passé soviétique et renforcer son ancrage occidental. La réhabilitation de Melnyk s’inscrit dans cette dynamique, même si elle ouvre une brèche dans les relations avec des partenaires clés comme Israël et la Pologne.
Pour Kyiv, cette réévaluation historique est un moyen de mobiliser la population autour d’un récit national unifié, face à une agression russe perçue comme une continuité de l’impérialisme soviétique. Pourtant, cette approche comporte des risques, notamment celui de raviver des tensions mémorielles au sein même de l’Ukraine, où les débats sur le rôle des nationalistes pendant la Seconde Guerre mondiale restent vifs.
La polémique autour de Melnyk illustre ainsi les défis auxquels est confrontée l’Ukraine dans sa quête d’une identité nationale unifiée, entre nécessité de résistance face à la Russie et impératif de cohésion avec ses alliés occidentaux.
Ces deux pays considèrent que Melnyk, en tant que collaborateur des nazis, incarne une partie sombre de l’histoire européenne. Pour Israël, cette réhabilitation blesse la mémoire des victimes de la Shoah, tandis que la Pologne y voit une remise en cause de sa propre lutte contre l’occupation nazie, souvent présentée comme un modèle de résistance.