La réindustrialisation de la France bute sur un obstacle de taille : l’accès à l’électricité. Selon BFM Business, le gestionnaire du réseau de transport d’électricité, RTE, doit actuellement faire face à une file d’attente sans précédent de 33 gigawatts (GW) de projets industriels en attente de raccordement. Un volume qui équivaut à trois fois la puissance installée de toute l’industrie française actuelle, selon les déclarations d’Émilie Piette, présidente de RTE, lors des rencontres économiques d’Aix-en-Provence.
Cette situation illustre l’urgence à laquelle est confronté le pays pour relancer son industrie. « Pas de réindustrialisation sans électricité. Et pas d’électricité sans raccordement », a souligné Émilie Piette, rappelant que la demande de raccordement double chaque année pour les data centers. Près de la moitié des projets en attente concernent des sites gourmands en électricité, comme des centres de données, des sites industriels ou des projets liés à l’hydrogène. Le reste se partage entre les énergies renouvelables et les solutions de stockage.
Ce qu'il faut retenir
- 33 GW de projets industriels en attente de raccordement, soit trois fois la puissance actuelle de l’industrie française.
- Près de la moitié des projets concernent des data centers, des sites industriels ou des projets hydrogène, le reste se partageant entre énergies renouvelables et stockage.
- Si tous ces projets étaient raccordés et fonctionnaient à pleine puissance, ils représenteraient 289 TWh/an, soit plus de 60 % de la consommation électrique française de 2024 (449,2 TWh).
- RTE a lancé en 2025 une procédure « fast track » pour accélérer le raccordement des très grands centres de données (700 à 2 000 MW).
- Une réforme globale du processus de raccordement est en préparation pour fluidifier la file d’attente et réduire les délais.
- La nouvelle doctrine de RTE repose sur le principe « premier à l’heure, premier servi » pour privilégier les projets matures et écarter les dossiers peu viables.
Un volume record qui dépasse l’entendement
Les 33 GW de projets en attente de raccordement représentent un ordre de grandeur inédit. Pour mettre en perspective, la consommation actuelle de l’industrie française est estimée à 117 TWh par an, soit environ 13 GW de puissance moyenne sur l’année. Autrement dit, les projets en file d’attente pourraient, en théorie, représenter jusqu’à 2,5 fois la puissance moyenne actuellement appelée par toute l’industrie française.
Si l’on pousse le scénario à l’extrême, en supposant que tous ces projets soient raccordés et fonctionnent à pleine puissance en continu — une hypothèse volontairement théorique — leur consommation atteindrait 289 TWh par an. Cela représenterait plus de 60 % de la consommation électrique totale de la France en 2024, estimée à 449,2 TWh. Émilie Piette a tenu à préciser que cette comparaison doit être prise avec prudence, car tous les projets ne verront pas le jour et leur fonctionnement ne sera pas systématiquement à pleine puissance.
Quoi qu’il en soit, l’ordre de grandeur est sans appel : le portefeuille industriel en attente de raccordement est colossal. Il ne s’agit pas simplement de quelques usines supplémentaires, mais d’une transformation potentielle de l’ensemble du système électrique français. La capacité à raccorder ces projets dans les délais sera déterminante pour la réussite de la réindustrialisation du pays.
Des défis techniques et administratifs à surmonter
Face à cette situation, RTE a identifié plusieurs leviers pour accélérer les raccordements. « Il n’y a pas de bloqueurs, mais il faut gérer la file d’attente, accélérer les procédures administratives et renforcer les réseaux de transport », a déclaré Émilie Piette. Le gestionnaire du réseau électrique mise notamment sur une réforme en profondeur de ses processus, avec un objectif clair : réduire les délais d’accès au réseau.
Depuis 2025, RTE a lancé une procédure accélérée, dite « fast track », dédiée aux très grands centres de données d’une puissance comprise entre 700 et 2 000 MW. Plusieurs projets sont déjà concernés, comme ceux de SoftBank et Sesterce à Bosquel (Somme), ou encore ceux de Data4 et Brookfield à Cambrai (Nord). Cette initiative vise à répondre à l’urgence des besoins en électricité des acteurs du numérique, dont la demande explose.
Parallèlement, RTE prépare une refonte globale de son processus de raccordement, prévue pour la fin de l’année 2026. L’objectif est de fluidifier une file d’attente devenue critique et d’éviter les blocages. La nouvelle approche s’articule autour de deux axes principaux : le principe « premier à l’heure, premier servi » et la lutte contre la spéculation.
Lutter contre la spéculation et privilégier les projets matures
Pour limiter les dérives, RTE entend mettre en place une doctrine reposant sur le critère de maturité des projets. Seuls les dossiers les plus solides et les plus avancés bénéficieront d’un traitement prioritaire. « L’idée est d’accélérer le traitement des projets matures tout en éliminant plus rapidement les dossiers jugés peu viables économiquement », a expliqué Émilie Piette.
Cette réforme vise également à endiguer la spéculation. Certains développeurs pourraient en effet réserver des capacités de raccordement uniquement pour valoriser ou revendre leurs projets sans intention réelle de les réaliser. Une pratique que RTE entend désormais limiter, comme l’a détaillé la présidente du gestionnaire de réseau lors de la présentation de la réforme en mai 2026 à la commission d’accès au réseau.
Ces mesures s’inscrivent dans un contexte où la France cherche à relancer son industrie, tout en devant composer avec des contraintes énergétiques croissantes. La capacité de RTE à raccorder rapidement les projets industriels sera un facteur clé pour la réussite de cette ambition.
En attendant, les industriels et les acteurs du numérique devront patienter, malgré l’urgence de leurs besoins. La balle est désormais dans le camp de RTE, qui devra prouver qu’il peut tenir ses promesses d’accélération sans sacrifier la qualité des raccordements.
Plusieurs facteurs expliquent cette situation : l’explosion des besoins en électricité, notamment pour les data centers et les projets hydrogène, mais aussi les contraintes administratives et techniques liées aux renforcements des réseaux. RTE a dû adapter ses processus, mais la demande reste bien supérieure aux capacités actuelles de raccordement.
RTE privilégie les projets matures, c’est-à-dire ceux qui ont déjà avancé dans leur développement et présentent une viabilité économique claire. Les dossiers spéculatifs ou peu avancés sont exclus, tandis que les très grands centres de données bénéficient d’une procédure accélérée.