Alors que le risque d’incendie gagne désormais l’ensemble du territoire français sous l’effet du changement climatique, le gouvernement a annoncé ce jeudi 4 juin 2026, à l’occasion du lancement de la campagne de prévention estivale dans le Gard, un plan d’urgence pour renforcer les moyens de lutte. Selon BFM Business, cette stratégie s’articule autour de trois axes : l’acquisition de deux nouveaux bombardiers d’eau Canadair, le doublement des véhicules terrestres dédiés d’ici 2028, et le déploiement de renforts européens dès cet été. Pourtant, les premières livraisons de ces appareils, commandés aujourd’hui, ne sont pas attendues avant 2032, soulignant les défis industriels et budgétaires liés à ce renouvellement.

Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, et la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, ont détaillé ces mesures lors d’une visite à la base aérienne des pompiers de Nîmes-Garons, dans le sud de la France. « Face à l’extension du risque incendie, nous devons adapter notre réponse en combinant prévention, moyens terrestres et aériens », a souligné Monique Barbut. La France, dont les feux de forêt s’étendent désormais bien au-delà de la Méditerranée, mise sur une approche globale pour faire face à cette menace croissante.

Ce qu'il faut retenir

  • Deux nouveaux Canadair commandés, portant la flotte française à 16 appareils en 2032, contre 12 actuellement.
  • La France prévoit de doubler son parc de véhicules terrestres dédiés, passant de 541 à 1 083 engins d’ici 2028.
  • Des renforts européens seront déployés dès l’été 2026, avec notamment 25 Italiens dans les Bouches-du-Rhône et 66 Roumains dans les Pyrénées-Orientales.
  • Le coût d’un Canadair moderne (CL-515) est estimé à 51,6 millions d’euros, selon un contrat signé par la Grèce en 2024.
  • La relance de la production des Canadair, stoppée en 2015, s’est faite via un programme européen lancé en 2022.

Une flotte vieillissante et une production relancée tardivement

La France dispose actuellement de 12 Canadair, des avions bombardiers d’eau dont la flotte est jugée « performante » par un rapport du Sénat publié en 2023. Pourtant, leur utilisation intensive et leur âge avancé posent question. En 2022, Emmanuel Macron avait promis un renouvellement complet de la flotte d’ici 2027, un calendrier désormais caduc : les premières livraisons des nouveaux appareils (les 15e et 16e Canadair) sont repoussées à 2028 ou 2029, avec une fin de livraison prévue seulement en 2032-2033. « Le calendrier initial n’était plus tenable », avait admis en novembre 2024 la commission des finances du Sénat, après l’annulation de 52,8 millions d’euros de crédits.

Ce retard s’explique en partie par l’interruption pendant plus d’une décennie de la production des CL-415 par le constructeur De Havilland Canada, faute de commandes. La relance n’a été possible qu’en 2022, grâce à une commande groupée de plusieurs États européens pour le nouveau modèle, le CL-515. « Sans ce programme européen, nous aurions encore plus de difficultés », confirme un expert du secteur. Les contraintes budgétaires ont également joué : en 2024, la Direction générale de la sécurité civile a dû renoncer à deux appareils supplémentaires hors cadre européen, faute de moyens.

Un investissement colossal et des enjeux de maintenance

Le coût des nouveaux Canadair reste un frein majeur. D’après le contrat grec de mars 2024 – qui inclut appareils, pièces détachées, formation et soutien logistique –, chaque avion coûte environ 51,6 millions d’euros. Ainsi, remplacer intégralement la flotte française de 12 appareils représenterait un budget de 600 à 700 millions d’euros, hors infrastructures de maintenance. « Ce n’est pas seulement l’achat des avions, mais tout l’écosystème qui doit être financé », explique un responsable du ministère de l’Intérieur.

Côté maintenance, les défis sont également importants. Les nouveaux appareils nécessiteront des centres de révision dédiés, et leur mise en service devra s’accompagner d’une formation accélérée des équipages. « Il ne suffit pas d’avoir les avions, il faut aussi les faire voler », rappelle un pompier spécialisé. La base de Nîmes-Garons, où sont stationnés les Canadair, servira de référence pour la formation des nouveaux pilotes.

Une stratégie élargie : véhicules terrestres et renforts européens

Le gouvernement mise aussi sur les moyens terrestres pour compléter l’action aérienne. Avec 541 véhicules déjà déployés, l’objectif est d’atteindre 1 083 engins opérationnels d’ici 2027-2028. Ces camions-citernes, dotés de citernes de 4 000 à 6 000 litres, seront répartis sur l’ensemble du territoire, y compris dans les régions désormais exposées comme le Grand Est ou la Nouvelle-Aquitaine.

Pour l’été 2026, la France bénéficiera également du mécanisme européen de protection civile. Plusieurs pays déploieront des effectifs dans les zones les plus à risque : 25 Italiens dans les Bouches-du-Rhône, 21 Grecs dans l’Hérault, 66 Roumains dans les Pyrénées-Orientales et 20 Slovaques en Gironde. « Ces renforts permettent de mutualiser les ressources en cas de crise majeure », précise un porte-parole de la sécurité civile. En 2025, plus de 1 200 pompiers européens avaient été mobilisés en France pour lutter contre les incendies.

Prévention renforcée et cartographie des obligations de débroussaillement

Côté prévention, les autorités ont activé dès le 28 mai la « météo des forêts », un outil permettant d’anticiper les risques en fonction des conditions météorologiques. Cette année, son déclenchement précoce reflète les épisodes de chaleur déjà enregistrés. « Avec le changement climatique, la saison des feux commence plus tôt et se termine plus tard », note Monique Barbut.

Une nouvelle cartographie des obligations légales de débroussaillement sera publiée prochainement. Elle visera à mieux informer les particuliers et les collectivités sur les zones à risque, et à rappeler leurs responsabilités en matière de prévention. « Le débroussaillement reste l’un des moyens les plus efficaces pour limiter la propagation des feux », rappelle un expert de l’Office national des forêts (ONF).

Et maintenant ?

Les prochaines étapes dépendront de plusieurs facteurs : l’avancée des négociations avec De Havilland Canada pour les livraisons, l’évolution des budgets alloués à la sécurité civile, et l’intensité de la saison estivale des incendies. Les premiers Canadair modernisés devraient arriver en 2028, mais leur déploiement complet n’est prévu qu’en 2032. D’ici là, la France devra composer avec une flotte vieillissante et une saison des feux qui s’annonce déjà tendue.

Reste à voir si les mesures annoncées suffiront à compenser l’aggravation des risques. Les prochains mois seront cruciaux pour évaluer l’efficacité de cette stratégie, alors que les températures devraient continuer à battre des records.

Plusieurs facteurs expliquent ce délai. D’abord, la production des Canadair avait été interrompue en 2015, et sa relance en 2022 a nécessité de reconstituer toute une chaîne industrielle. Ensuite, les commandes européennes ont créé une file d’attente. Enfin, les contraintes budgétaires ont conduit à repenser le calendrier initial, comme l’a confirmé un rapport du Sénat en 2024.

L’Italie enverra 25 personnels dans les Bouches-du-Rhône, la Grèce 21 dans l’Hérault, la Roumanie 66 dans les Pyrénées-Orientales et la Slovaquie 20 en Gironde. Ces effectifs s’ajouteront aux moyens français pour renforcer la lutte contre les incendies.