Les stocks de pétrole aux États-Unis ont atteint leur niveau le plus bas depuis plus de vingt ans, selon les dernières données publiées par l'Energy Information Administration (EIA), rapporte BFM Business. Avec une chute de 10,6 millions de barils en une seule semaine, les réserves totales de pétrole brut et de produits pétroliers s’élèvent désormais à 1,57 milliard de barils, un niveau inédit depuis 2004.

Ce qu'il faut retenir

  • Les stocks américains de pétrole brut et produits pétroliers ont reculé de 10,6 millions de barils en une semaine, s’établissant à 1,57 milliard de barils, un niveau inédit depuis 2004.
  • Cette baisse coïncide avec la guerre entre les États-Unis et l’Iran, qui perturbe les approvisionnements énergétiques mondiaux.
  • Les exportations américaines ont atteint 5,9 millions de barils par jour, un record historique, pour compenser les pertes en provenance du Moyen-Orient.
  • Le prix du baril de pétrole américain a progressé de 2,6% mercredi, atteignant 96,17 dollars.
  • Des analystes craignent une flambée des cours jusqu’à 200 dollars en cas de blocage prolongé du détroit d’Ormuz.

Cette situation marque un retournement spectaculaire pour les États-Unis, autrefois premier producteur mondial de pétrole grâce à la révolution du schiste bitumineux. Les stocks accumulés sur deux décennies se sont érodés à une vitesse inquiétante depuis le début du conflit avec l’Iran, fin février 2026. Les autorités américaines ont puisé massivement dans la réserve stratégique pour tenter de stabiliser les prix, mais cette stratégie semble désormais insuffisante.

Selon les calculs du Financial Times, les réserves combinées de pétrole brut commercial et gouvernemental ont chuté de 16 millions de barils au cours de la dernière semaine. Une baisse qui illustre l’ampleur des perturbations causées par le conflit, alors que les marchés cherchent des alternatives aux hydrocarbures en provenance du Golfe.

Un conflit géopolitique qui bouleverse les équilibres énergétiques

Le déclencheur de cette crise réside dans l’escalade militaire entre Washington et Téhéran. Depuis le début des hostilités fin février, les flux pétroliers en provenance du Moyen-Orient ont été fortement perturbés, forçant les États-Unis à puiser dans leurs stocks pour répondre à la demande intérieure et à honorer leurs engagements à l’export.

Les données de l’EIA montrent que les prélèvements dans la réserve stratégique ont été multipliés pour atténuer la hausse des prix de l’énergie. Parallèlement, les exportations américaines ont atteint un niveau record, avec près de 5,9 millions de barils par jour, principalement à destination de l’Europe et de l’Asie. Une tendance qui confirme le rôle croissant des États-Unis comme fournisseur alternatif sur le marché mondial.

Pour autant, cette stratégie a un coût : elle épuise les réserves accumulées au fil des années, alors que la production de schiste américain, autrefois florissante, peine à compenser les pertes. « La révolution du schiste avait fait des États-Unis le premier producteur mondial, mais les tensions actuelles ont inversé la tendance », explique un analyste cité par BFM Business.

Des marchés sous tension et des scénarios alarmistes

Les marchés réagissent avec nervosité à cette dégradation rapide des stocks. Le prix du baril de pétrole américain a bondi de 2,6% mercredi, s’échangeant à 96,17 dollars. Une hausse qui reflète les craintes d’un choc durable sur l’approvisionnement, d’autant que les tensions géopolitiques ne montrent aucun signe d’apaisement.

Parmi les experts les plus pessimistes, Bob McNally, président du cabinet de conseil Rapidan Energy Group et ancien conseiller de la Maison Blanche, estime que « le baril pourrait atteindre 200 dollars cet été si le détroit d’Ormuz, principal corridor maritime pour les exportations d’hydrocarbures du Golfe, reste fermé ». Une fermeture prolongée du détroit, où transite près d’un tiers du pétrole mondial, aurait des répercussions immédiates sur les prix et la croissance économique.

« Une flambée prolongée des prix du pétrole alimenterait les tensions inflationnistes, fragiliserait la croissance mondiale et accroîtrait les risques pour le système financier », met en garde McNally. Ses prévisions, bien que controversées, reflètent l’incertitude qui pèse sur les marchés, alors que les indicateurs de stocks américains deviennent un baromètre clé pour évaluer l’ampleur du choc pétrolier en cours.

Un indicateur clé pour les marchés et les décideurs

Depuis le début du conflit avec l’Iran, les réserves américaines sont passées d’un excédent historique à un déficit structurel. Les deux décennies de stocks accumulés grâce à la révolution du schiste semblent s’être évaporées en quelques mois, effaçant les gains obtenus depuis les années 2000.

Les analystes soulignent que l’évolution des stocks américains est désormais « l’un des principaux indicateurs surveillés par les marchés » pour mesurer la gravité de la crise énergétique. Avec des tensions persistantes au Moyen-Orient et une demande mondiale en hausse, la situation pourrait encore se dégrader dans les semaines à venir.

« On observe une accélération de la baisse, et si les tensions ne se résolvent pas rapidement, les prix pourraient continuer à grimper », estime un responsable du secteur, cité par BFM Business. Autant dire que le marché reste sous haute surveillance, alors que les stocks américains pourraient devenir un facteur de risque supplémentaire dans les mois à venir.

Et maintenant ?

Plusieurs scénarios pourraient se dessiner dans les prochaines semaines. Si le conflit entre les États-Unis et l’Iran s’enlise, les États-Unis pourraient être contraints de puiser encore davantage dans leurs réserves stratégiques, au risque d’épuiser leurs marges de manœuvre. Une décision de l’OPEP+ sur une éventuelle augmentation de la production pourrait temporairement soulager le marché, mais son impact dépendrait largement de l’évolution des tensions géopolitiques. Enfin, une escalade militaire majeure, comme un blocage du détroit d’Ormuz, pourrait entraîner une flambée des prix et des mesures d’urgence de la part des grandes économies.

Cette crise rappelle à quel point les équilibres énergétiques mondiaux restent fragiles. Avec des réserves américaines au plus bas et des tensions géopolitiques qui persistent, le marché du pétrole pourrait bien entrer dans une phase de grande volatilité dans les semaines à venir.

Les stocks américains ont chuté en raison de la guerre entre les États-Unis et l’Iran, qui a perturbé les approvisionnements en provenance du Moyen-Orient. Les États-Unis ont puisé massivement dans leurs réserves stratégiques pour stabiliser les prix, tandis que leurs exportations ont augmenté pour compenser les pertes d’autres producteurs régionaux.

Une flambée prolongée des prix du pétrole pourrait alimenter l’inflation, fragiliser la croissance mondiale et accroître les risques pour le système financier. Certains analystes craignent même une crise énergétique comparable à celle des années 1970 si les tensions géopolitiques s’aggravent.