Alors que l’Union européenne vient de connaître un été marqué par des records de chaleur, des incendies dévastateurs et une sécheresse généralisée, les pays membres n’ont plus que quelques jours pour transmettre à la Commission européenne leurs projets de plans nationaux de restauration des écosystèmes. Selon Euronews FR, cette échéance du 1er septembre intervient dans un contexte où les financements alloués à la restauration de la nature accusent un retard annuel de **65 milliards d’euros**, selon les dernières estimations du Partenariat européen pour la biodiversité Biodiversa+.
Ce qu'il faut retenir
- 65 milliards d’euros : c’est le déficit annuel de financement identifié par les chercheurs de Biodiversa+ pour atteindre les objectifs de restauration de la nature dans l’UE.
- Les États membres doivent soumettre leurs projets de plans nationaux avant le 1er septembre 2026, conformément au règlement européen sur la restauration de la nature.
- Les écosystèmes sains sont présentés comme une solution de résilience climatique, capable d’atténuer les effets de la sécheresse, des incendies et des inondations.
- 72 % des entreprises non financières et 75 % des prêts bancaires dans la zone euro dépendent directement ou indirectement de la nature, soulignant l’enjeu économique de sa restauration.
- La Commission européenne envisage de supprimer le programme LIFE pour le remplacer par le Fonds de compétitivité dans le prochain budget pluriannuel (2028-2034), une décision contestée par plusieurs États, dont l’Espagne.
Les pays de l’UE sortent d’un été particulièrement difficile, marqué par des vagues de chaleur inédites, des feux de forêt ravageurs et une sécheresse persistante. En Espagne et en France, des milliers d’hectares sont partis en fumée, tandis que la Hongrie et la Roumanie ont dû suspendre partiellement le fonctionnement de centrales nucléaires, le niveau du Danube ayant atteint des niveaux historiquement bas. Autant dire que la pression est forte sur les capitales européennes pour agir rapidement.
Les chercheurs de Biodiversa+ appellent les États membres à transformer la loi européenne sur la restauration de la nature en actions concrètes. Pour eux, des paysages en bonne santé ne sont pas seulement un enjeu de biodiversité, mais une forme de résilience climatique essentielle. « Les écosystèmes sains permettent d’atténuer les effets de la sécheresse, des incendies et des inondations, tout en renforçant la sécurité de l’eau », expliquent-ils dans un communiqué. Ils recommandent également d’intégrer des solutions fondées sur la nature pour réduire les risques d’inondations en milieu urbain et d’anticiper l’évolution des conditions climatiques grâce à des évaluations des risques adaptées.
Cependant, leurs analyses révèlent des lacunes persistantes : moins d’une politique nationale de restauration sur dix prend en compte les impacts sur la santé ou le tissu social. Les investissements privés, quant à eux, restent largement insuffisants. Pourtant, les enjeux économiques sont colossaux. « Dans l’UE, 72 % des entreprises non financières et près de 75 % des prêts bancaires de la zone euro sont liés à des secteurs fortement ou modérément dépendants de la nature », rappellent les chercheurs. « La dégradation de la nature représente un risque matériel pour les entreprises. Impliquer le secteur privé dans la restauration n’est pas une question de philanthropie, mais une nécessité économique. »
Un appel à l’action urgent face à l’urgence climatique
Rainer Sodtke, coprésident de Biodiversa+, insiste sur la solidité des solutions scientifiques disponibles. « La science de la restauration de la nature est opérationnelle. Les États membres disposent de recommandations pratiques et fondées sur des données pour élaborer des plans efficaces. Il est temps de les utiliser sérieusement pour préparer l’Europe à des étés de plus en plus chauds et secs », a-t-il déclaré à Euronews FR. Le règlement sur la restauration de la nature entre désormais dans une phase critique, avec des plans définitifs attendus pour 2027 et une première révision prévue seulement en 2032. Autrement dit, les décisions prises aujourd’hui engageront le continent pour des décennies.
Du côté des institutions européennes, les élus verts montent au créneau. Jutta Paulus, députée européenne allemande (Verts/ALE), qualifie les mesures d’adaptation climatique de « plus urgentes que jamais ». « Ces plans seront déterminants pour les prochaines négociations sur le cadre financier pluriannuel. Garantir leur financement est essentiel pour la réussite de la loi, mais aussi pour préserver la sécurité alimentaire et la résilience climatique en Europe », a-t-elle souligné. Son collègue Terry Reintke, également eurodéputée, va plus loin : « La restauration de la nature n’est pas qu’une politique. C’est l’une des réponses au défi existentiel que représente le changement climatique. Si nous ratons l’échéance, nous ne faisons pas qu’échouer un règlement : nous alimentons les prochaines vagues de chaleur et les prochaines inondations. »
LIFE en sursis, le Fonds de compétitivité en embuscade
La Commission européenne a proposé, dans le cadre du prochain budget pluriannuel (2028-2034), de mettre fin au programme LIFE, le principal outil financier de l’UE dédié à la protection de l’environnement. À la place, elle souhaite s’appuyer sur le Fonds de compétitivité pour financer les projets de restauration de la nature. Une décision qui inquiète plusieurs États, dont l’Espagne. En juin dernier, Madrid a alerté les ministres de l’Environnement de l’UE sur le risque de voir LIFE perdre de son impact s’il était absorbé dans des structures de financement plus larges. Le pays craint également que les niveaux de financement proposés pour la biodiversité et la restauration de la nature ne soient inférieurs aux 5,4 milliards d’euros alloués pour la période 2021-2027.
Les fonds de LIFE sont censés soutenir les États membres dans la mise en œuvre de législations climatiques, notamment via des mesures de restauration des habitats naturels, de protection des ressources en eau et d’amélioration de la qualité de l’air. Leur suppression ou leur intégration dans un fonds plus large pourrait donc fragiliser les ambitions européennes en matière de transition écologique.
Dans l’attente, les chercheurs de Biodiversa+ rappellent que les solutions existent. Reste à savoir si les États membres, sous la pression des événements climatiques, sauront saisir l’opportunité d’investir massivement dans la restauration de la nature — avant qu’il ne soit trop tard.
LIFE est le principal programme de financement de l’UE dédié à la protection de l’environnement et à la restauration de la nature, avec un budget de **5,4 milliards d’euros** pour la période 2021-2027. La Commission européenne propose de le supprimer dans le prochain budget pluriannuel (2028-2034) pour le remplacer par le Fonds de compétitivité, ce qui inquiète plusieurs États, dont l’Espagne, qui craint une dilution des moyens et une perte d’efficacité.
Les États membres qui ne transmettent pas leurs projets de plans nationaux avant le **1er septembre 2026** risquent de ne pas respecter leurs obligations légales au titre du règlement européen sur la restauration de la nature. Les conséquences pourraient inclure des retards dans la mise en œuvre des mesures de résilience climatique et une exposition accrue aux risques liés au changement climatique, comme les incendies ou les inondations.