Téhéran, le 10 mai 2026 — Alors que la fragile trêve signée le 8 avril a permis aux experts iraniens d’entamer l’évaluation des dommages subis par les sites patrimoniaux endommagés lors des frappes américano-israéliennes, les travaux de restauration restent suspendus à l’ombre d’une possible reprise des combats. Selon Franceinfo - Culture, les premiers constats révèlent l’ampleur des dégâts sur des monuments emblématiques, à l’image du Palais du Golestan, dont la restauration pourrait coûter jusqu’à 1,7 million de dollars.
Ce qu'il faut retenir
- Le Palais du Golestan, inscrit à l’Unesco depuis 2013, est l’un des sites les plus endommagés : entre 50 et 60 % des portes et fenêtres sont brisées, et des éléments emblématiques comme la salle des Miroirs ou le Trône de marbre ont subi de graves dommages.
- Cinq sites iraniens classés à l’Unesco ont été touchés par les frappes, dont le palais Chehel Sotoun à Ispahan et les vestiges préhistoriques de la vallée de Khorramabad.
- La restauration complète coûterait au moins 1,7 million de dollars, mais cette estimation pourrait augmenter une fois l’expertise achevée. Les travaux pourraient s’étaler sur deux ans ou plus.
- Le financement reste un défi majeur, le gouvernement iranien n’ayant pas encore annoncé de budget dédié, tandis que l’Unesco et d’autres organisations internationales disposent de moyens limités.
Des dommages évalués dans l’urgence, mais une restauration encore incertaine
À Téhéran, le Palais du Golestan, ancienne résidence royale et joyau architectural inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco, porte les stigmates des frappes qui ont ciblé la capitale. Miroirs brisés, portes fracassées, gravats jonchant les sols : les traces des bombardements sont visibles, alors que le site reste fermé au public. « Les dégâts ont été évalués à plusieurs niveaux, mais une expertise spécialisée plus détaillée est toujours en cours », explique Ali Omid Ali, spécialiste de la restauration et responsable du département d’ingénierie technique du palais.
Pour l’instant, les équipes se concentrent sur la stabilisation des structures endommagées afin d’éviter de nouveaux effondrements. « Nous avons besoin d’une situation plus stable pour entamer le processus de restauration », précise-t-il. Les premières estimations évoquent un coût d’environ 1,7 million de dollars, une somme qui pourrait augmenter après une évaluation complète. Ali Omid Ali souligne que les réparations pourraient s’étaler sur deux ans ou plus, selon l’ampleur des travaux nécessaires.
Cette situation illustre le paradoxe auquel font face les autorités iraniennes : comment engager des travaux de grande envergure alors que la menace d’une reprise des hostilités plane toujours ? La trêve en vigueur depuis le 8 avril a permis de limiter les bombardements dans les grands centres urbains, mais des affrontements sporadiques persistent dans les zones côtières et le Golfe. Les tractations diplomatiques en cours n’ont pas encore abouti à une solution durable, laissant planer un climat d’incertitude.
Cinq sites Unesco endommagés, et des centaines de lieux culturels à restaurer
Le Palais du Golestan n’est pas le seul monument touché. Selon Hassan Fartousi, directeur de la Commission nationale iranienne pour l’Unesco, au moins cinq sites classés au patrimoine mondial ont subi des dommages. Parmi eux figurent le palais Chehel Sotoun à Ispahan, célèbre pour son art du jardin persan, la mosquée Jameh, réputée pour son dôme et sa céramique, ainsi que les vestiges préhistoriques de la vallée de Khorramabad, à l’est du pays.
Plus largement, 140 lieux d’importance culturelle et historique à travers l’Iran ont été affectés par la guerre, selon Hassan Fartousi. La liste inclut des joyaux comme le palais de Marbre de Téhéran, le musée Teymourtash ou encore le complexe du palais de Saadabad, ancienne résidence royale située dans les hauteurs verdoyantes du nord de la capitale. « L’ombre de la guerre plane encore dans le ciel de l’Iran, et dans cette situation, nous ne pouvons pas très bien planifier la restauration », déplore-t-il.
L’ampleur des dégâts soulève une question cruciale : ces sites pourront-ils retrouver leur authenticité originelle ? « Même si nous menons la restauration avec nos grands artistes et les spécialistes de la restauration, où sera l’authenticité ? » s’interroge Hassan Fartousi. Pour ce responsable, les sites du patrimoine culturel incarnent « le concept même d’authenticité », et leur préservation est un enjeu bien au-delà de leur valeur historique ou touristique.
Un financement incertain, alors que l’Unesco et Téhéran négocient
Le principal obstacle reste financier. Le gouvernement iranien n’a pas encore annoncé de budget pour la restauration des sites endommagés, alors qu’il doit déjà faire face aux conséquences économiques de la guerre et d’un blocus américain ayant perturbé les exportations. « Malheureusement, l’Unesco et d’autres organisations internationales disposent de budgets limités », souligne Hassan Fartousi, tout en précisant que des négociations sont en cours pour obtenir un soutien extérieur.
Malgré ces difficultés, la valeur de ces sites reste « inestimable ». « Il n’y a pas de prix pour la préservation de notre histoire et de notre culture », insiste-t-il. Pourtant, sans un engagement financier clair, tant de la part des autorités iraniennes que des instances internationales, les travaux risquent de prendre des années, voire de ne jamais aboutir. La restauration du Palais du Golestan, par exemple, pourrait s’étaler sur plusieurs années, en fonction des fonds disponibles et de la stabilité politique.
Pour l’heure, les équipes se contentent de stabiliser les structures pour éviter de nouveaux dégâts. Mais le temps presse : chaque semaine de retard dans les travaux augmente le risque que les dommages deviennent irréversibles. « Nous devons agir vite, mais sans prendre de risques inutiles », résume Ali Omid Ali.
Par ailleurs, la communauté internationale pourrait jouer un rôle clé. L’Unesco et d’autres organisations ont déjà exprimé leur volonté d’apporter un soutien technique et financier, mais l’ampleur des besoins reste un défi de taille. Les discussions en cours devraient préciser les modalités de cette aide, notamment en fonction des priorités identifiées par les experts iraniens.
Quoi qu’il en soit, la restauration des sites endommagés en Iran s’annonce comme un chantier de longue haleine, bien au-delà des simples réparations matérielles. Elle pose une question fondamentale : dans un pays encore sous tension, comment préserver un héritage culturel menacé par les conflits ? La réponse dépendra autant des décisions politiques que des moyens alloués.
Les équipes iraniens doivent d’abord stabiliser les structures endommagées pour éviter de nouveaux effondrements. De plus, la fragile trêve en vigueur depuis le 8 avril ne garantit pas une sécurité suffisante pour engager des travaux de grande envergure. « Nous avons besoin d’une situation plus stable pour entamer le processus de restauration », explique Ali Omid Ali, responsable du département d’ingénierie technique du Palais du Golestan.