D’après une version quasi définitive de son rapport, à laquelle Le Monde – Politique a eu accès, le Conseil d’orientation des retraites (COR) alerte sur une dégradation significative du solde des régimes de retraite. Le déficit pourrait atteindre 2,4 % du PIB en 2070, soit un point de plus que dans les dernières projections publiées.

Ce qu'il faut retenir

  • Le déficit des régimes de retraite pourrait atteindre 2,4 % du PIB en 2070, contre 1,4 % dans les précédentes estimations.
  • Cette dégradation s’inscrit dans un contexte de vieillissement démographique et de pression accrue sur les comptes sociaux.
  • Le rapport, encore en cours de finalisation, repose sur des projections économiques et démographiques actualisées.
  • Les scénarios envisagés par le COR intègrent des hypothèses de croissance et d’emploi précises.

Un déséquilibre structurel confirmé par les projections

Les nouvelles simulations du COR, qui seront officiellement présentées dans les prochaines semaines, confirment une tendance déjà observée : le système de retraites resterait déficitaire sur le long terme. Ce creusement du déficit, estimé à 1 point de PIB supplémentaire, s’explique principalement par l’évolution démographique. Avec l’allongement de l’espérance de vie et le départ à la retraite des générations du baby-boom, le ratio cotisants/retraités se dégrade inévitablement.

Les experts du COR ont revu à la hausse leurs hypothèses de dépenses, notamment en raison de l’indexation des pensions sur l’inflation. Côté recettes, la croissance économique et l’emploi jouent un rôle clé : une stagnation prolongée du marché du travail aggraverait mécaniquement le déséquilibre.

Des hypothèses économiques qui pèsent sur les prévisions

Le rapport s’appuie sur plusieurs scénarios, dont un « central » et un « pessimiste ». Dans le premier, la croissance moyenne du PIB serait de 1,3 % par an entre 2026 et 2070, un rythme jugé insuffisant pour compenser les effets du vieillissement. Le second scénario, plus défavorable, table sur une croissance de seulement 0,9 % par an, ce qui accentuerait encore le déficit.

« Les projections actuelles intègrent une productivité du travail en légère hausse, mais pas suffisamment pour inverser la tendance », a précisé un membre du COR sous couvert d’anonymat. Les experts soulignent aussi le rôle des réformes passées, comme la montée en charge progressive de la durée de cotisation, qui pèse sur les droits à pension des futurs retraités.

Quelles marges de manœuvre pour l’avenir ?

Face à ce constat, le gouvernement dispose de plusieurs leviers : augmenter les cotisations, réduire les pensions, ou encore reculer l’âge légal de départ. Aucune piste n’est officiellement écartée, mais chaque option soulève des débats politiques et sociaux. Le rapport du COR ne tranche pas : il se contente d’éclairer les décideurs sur les scénarios possibles.

Les syndicats, déjà mobilisés sur le sujet, appellent à une refonte globale du système. « Ces chiffres montrent qu’il faut agir maintenant, avant que la situation ne devienne ingérable », a réagi un représentant de la CFDT. Du côté des employeurs, on insiste sur la nécessité de préserver la compétitivité des entreprises, tout en garantissant l’équilibre du système.

Et maintenant ?

Le rapport final du COR doit être publié d’ici la fin du mois de juin 2026. Il servira de base aux discussions entre le gouvernement et les partenaires sociaux sur une éventuelle réforme des retraites. Une concertation pourrait s’ouvrir dès l’automne, avec pour objectif d’adopter des mesures d’ici 2027. Reste à voir si le contexte politique permettra un accord large, ou si la question sera renvoyée aux calendes grecques.

Dans l’immédiat, les projections du COR devraient alimenter les débats parlementaires sur le projet de loi de finances rectificative pour 2026, où la question des retraites pourrait occuper une place centrale.

Le vieillissement démographique reste le principal facteur. Même avec des réformes comme l’allongement de la durée de cotisation, le nombre de retraités continue d’augmenter plus vite que celui des cotisants. Les économies réalisées sur les pensions sont partiellement compensées par la hausse des dépenses liées à l’inflation et à la revalorisation des droits acquis.