Selon Franceinfo - Culture, la Côte d’Azur regorge de symboles de luxe et d’élégance, mais peu incarnent autant l’esprit de la « dolce vita » que le Riva. Ce bateau à moteur, reconnaissable entre tous grâce à son bois d’acajou, sa sellerie en cuir et ses finitions chromées, a marqué l’histoire des années 1960 en naviguant entre Saint-Tropez et Monaco, aux côtés des plus grandes stars du cinéma et de la jet-set internationale.

Ce qu'il faut retenir

  • Le Riva Super Florida, numéro 341, appartenait à Brigitte Bardot dans les années 1960, devenant un symbole de l’époque.
  • Fabriqué à partir d’acajou africain, chaque coque nécessite jusqu’à 600 heures de travail pour sa restauration, avec des finitions à la main.
  • Le modèle Aquarama, équipé d’un moteur emblématique, a été piloté par des stars comme Jean-Paul Belmondo ou Sophia Loren.
  • Carlo Riva, fondateur de la marque dans les années 1950, a transformé ces bateaux de pêche en objets de luxe.
  • Un Riva d’occasion se vend aujourd’hui entre plusieurs centaines de milliers et plus d’un million d’euros.
  • La dernière série de bateaux en bois a été produite dans les années 1990, avant que la marque ne se tourne vers des matériaux modernes.

Une restauration minutieuse pour préserver l’âme d’un mythe

Dans un atelier situé à quelques kilomètres de Cannes, des artisans redonnent vie à ces pièces uniques. Sous une housse protectrice, une coque en acajou attend d’être restaurée. L’acajou, matériau noble et rare, provient d’arbres exceptionnels d’Afrique. « Il faut trouver le bon arbre, dont la taille correspond à celle du bateau », explique Nils Faure, charpentier de marine. Les lames de bois, découpées en tranches de seulement 12 millimètres d’épaisseur, demandent une précision extrême pour reconstituer la structure.

La restauration d’un Riva ne s’improvise pas. « Pour la finition, on utilise un rabot à main, car on ne peut se permettre d’enlever que des copeaux d’un dixième de millimètre à la fois », précise Loïc David, de l’atelier de restauration de bateaux anciens. Chaque détail compte : la fragilité du bois, comparable à celle du verre, exige une patience infinie. « Un minimum de vingt couches de vernis sont appliquées, à la fois pour protéger le bois et sublimer sa teinte », ajoute-t-il. Ces bateaux, numérotés et vernis à la main, sont des œuvres d’art à part entière.

Carlo Riva, l’homme qui a fait rêver le monde

L’histoire de la marque est indissociable de celle de son fondateur, Carlo Riva. Dans les années 1950, ce dernier lance une entreprise spécialisée dans les petits bateaux de pêche. Pourtant, très vite, son design élégant et ses finitions luxueuses séduisent la jet-set internationale. « On a navigué avec ces bateaux, on a vécu avec eux », raconte Silvano Ippolito, grand collectionneur monégasque et propriétaire d’un Aquarama. « C’est la Dolce Vita, c’est exceptionnel. Tous les plus grands acteurs dans le monde entier ont eu ce bateau. »

Parmi les propriétaires illustres, Brigitte Bardot occupe une place particulière. Son Super Florida numéro 341, acquis dans les années 1960, incarne l’esprit insouciant de l’époque. D’autres stars comme Sophia Loren ou Jean-Paul Belmondo ont également possédé des modèles Riva, contribuant à forger la légende de ces embarcations. Même le cinéma s’en est emparé : dans le film Fantomas, le personnage éponyme tente de s’échapper en sautant d’un Riva, preuve de son statut d’icône populaire.

Un héritage qui dépasse le temps et les océans

Si les derniers Riva en bois ont quitté les chantiers navals dans les années 1990, leur aura n’a pas faibli. Aujourd’hui, ces bateaux mythiques s’échangent à des prix stratosphériques. Un modèle d’occasion se négocie entre plusieurs centaines de milliers et plus d’un million d’euros, selon son état et son historique. Pour les passionnés, acquérir un Riva n’est pas seulement un achat, mais une plongée dans l’histoire du luxe à la française.

« À l’époque, des bateaux comme ça, on n’en fabriquera plus jamais », souligne Silvano Ippolito. La marque, désormais propriété du groupe Ferretti, a évolué vers des matériaux modernes, mais reste fidèle à l’esprit d’excellence de ses origines. « C’est une œuvre d’art, il n’y a rien à dire », résume le collectionneur. Pour les amateurs, admirer un Riva, c’est comme contempler une pièce de musée flottante, où chaque courbe et chaque détail racontent une époque révolue.

Et maintenant ?

Si la production des Riva en bois a cessé, la demande pour ces modèles ne faiblit pas. Les collectionneurs et les musées maritimes continuent de rechercher les pièces les plus rares, tandis que les enchères atteignent des records. La prochaine grande vente aux enchères de bateaux anciens, prévue à Monaco en novembre 2026, pourrait ainsi voir s’envoler les prix. Parallèlement, la marque explore de nouveaux horizons avec des modèles hybrides, alliant tradition et innovation technologique.

Autant dire que l’héritage de Carlo Riva, bien que figé dans le temps, reste plus vivant que jamais. Entre patrimoine et modernité, le Riva incarne une forme d’excellence intemporelle, où le luxe se mesure à l’aune du savoir-faire artisanal.

D’après les artisans spécialisés, un minimum de vingt couches de vernis sont nécessaires pour protéger le bois et sublimer sa teinte, chacune appliquée avec une extrême précision.