Le Royaume-Uni compterait moins de 450 000 millionnaires en livres sterling en 2025, selon les dernières estimations de l’Adam Smith Institute. Ce chiffre, inédit depuis la crise financière de 2008, marque une baisse de 7 % sur un an et s’inscrit dans une tendance de reflux entamée depuis 2021.

Ce qu'il faut retenir

  • Le nombre de millionnaires britanniques est tombé à 442 000 en 2025, soit 32 000 de moins qu’en 2024.
  • Cette baisse s’explique notamment par la hausse des taux d’intérêt, une fiscalité jugée plus lourde et la suppression du régime des « non-doms ».
  • L’Adam Smith Institute, think tank libéral, appelle à des réformes fiscales pour inverser la tendance.
  • Les estimations reposent sur des modèles statistiques, le Royaume-Uni ne disposant pas de registre public des patrimoines.
  • Certains experts contestent la méthodologie et soulignent la modestie de l’exode des millionnaires.

Un recul historique après un pic en 2021

Selon le Millionaire Tracker 2026 de l’Adam Smith Institute, relayé par Cryptoast, le Royaume-Uni comptait encore 1,07 million de millionnaires en 2021. Depuis, la courbe s’est inversée, avec une chute régulière chaque année. En 2020, le seuil du million de millionnaires avait été franchi pour la première fois.

Pour définir un millionnaire, l’institut se base sur un patrimoine net d’au moins 1 million de livres sterling (calculé en prix constants de 2025), incluant immobilier, pensions, liquidités et investissements. La méthodologie utilisée applique une distribution de Pareto aux données de l’Office for National Statistics (ONS), ce qui permet de suivre les variations annuelles mais limite la précision des niveaux absolus.

Plusieurs facteurs économiques et fiscaux en cause

Le think tank britannique pointe trois raisons principales à cette baisse. D’abord, la hausse des taux d’intérêt, qui réduit mécaniquement la valeur ajustée à l’inflation des portefeuilles de retraite et de l’immobilier haut de gamme, notamment à Londres. Ensuite, un taux d’épargne des ménages historiquement bas, qui freine la constitution de patrimoines. Enfin, des mesures fiscales défavorables.

Parmi celles-ci, l’abolition du régime des « non-doms » en 2025 a joué un rôle clé. Ce dispositif permettait aux résidents britanniques dont le domicile fiscal était situé à l’étranger d’être exonérés d’impôt sur leurs revenus étrangers. Sa suppression a touché directement une partie des contribuables les plus aisés. L’Adam Smith Institute critique également le niveau élevé de la fiscalité générale et une « culture hostile aux créateurs de richesse » au Royaume-Uni.

« La population de millionnaires a été divisée par deux depuis 2021. Où sont-ils passés, et que signifie leur départ pour l’économie ? »

Adam Smith Institute, juillet 2026

Une méthodologie contestée, des analyses divergentes

Le rapport de l’Adam Smith Institute s’appuie sur des estimations, et non sur des données exhaustives. Le Royaume-Uni ne dispose en effet pas d’un registre public des patrimoines personnels, contraignant les analystes à utiliser des modèles statistiques. L’institut reconnaît lui-même que sa méthode capture mieux les variations annuelles que le niveau absolu.

D’autres sources remettent en cause certaines conclusions. Le Tax Justice Network souligne que les 16 500 millionnaires supposés quitter le pays en 2025 ne représentent que moins de 1 % du total, un chiffre statistiquement marginal. Par ailleurs, des chercheurs pointent des biais dans les données utilisées par des études précédentes, comme celles du cabinet Henley & Partners, accusées de se concentrer sur les centi-millionnaires et de s’appuyer en partie sur des profils LinkedIn.

Un débat fiscal qui dépasse les clivages

Malgré les critiques sur la méthodologie, le débat sur la fiscalité des plus riches reste vif au Royaume-Uni. Une enquête du groupe Patriotic Millionaires révèle que 80 % des millionnaires britanniques se disent favorables à la mise en place d’un impôt sur la fortune. Une position qui contraste avec les recommandations de l’Adam Smith Institute, lequel plaide pour une suppression des droits de succession et une réduction de l’impôt sur les plus-values.

Ce clivage reflète des visions opposées de la politique économique. D’un côté, les partisans d’une fiscalité allégée estiment que cela favorise l’investissement et la croissance. De l’autre, les défenseurs d’une redistribution plus marquée considèrent que les plus aisés doivent contribuer davantage, surtout dans un contexte de tensions budgétaires.

Et maintenant ?

Les prochains mois seront décisifs pour évaluer l’impact réel de ces évolutions. Le gouvernement britannique devrait rendre publiques d’ici la fin de l’année ses projections fiscales pour 2027, incluant d’éventuelles mesures en faveur des patrimoines. Par ailleurs, la publication des données définitives de l’ONS sur les patrimoines des ménages, attendues au premier trimestre 2027, pourrait apporter un éclairage plus précis sur la situation.

Une question reste en suspens : dans quelle mesure cette baisse des millionnaires reflète-t-elle un véritable exode des capitaux, ou simplement une réévaluation des patrimoines sous l’effet de l’inflation et des taux ? Les prochaines publications de l’Adam Smith Institute et des autres organismes spécialisés permettront d’y voir plus clair.

Un « non-dom » (abréviation de « non-domiciled individual ») est une personne résidant au Royaume-Uni mais dont le domicile fiscal principal est situé à l’étranger. Ce statut permettait de ne payer des impôts au Royaume-Uni que sur les revenus rapatriés dans le pays. Sa suppression en 2025 a entraîné une augmentation de la fiscalité pour ces contribuables, souvent des investisseurs ou des cadres internationaux, ce qui a pu les inciter à quitter le pays ou à réduire leurs actifs déclarés.

Le Royaume-Uni ne dispose pas de registre public des patrimoines, contrairement à certains pays comme la France. Les estimations reposent donc sur des modèles statistiques, comme la distribution de Pareto appliquée aux données de l’ONS. Ces modèles sont utiles pour suivre les tendances, mais moins fiables pour donner un chiffre absolu. Par ailleurs, les méthodologies varient : certaines études se concentrent sur les ultra-riches, d’autres incluent des profils moins aisés, ce qui explique les écarts.