Un accord historique a été signé entre la Russie et le Kazakhstan ce jeudi 28 mai 2026, lors d’une visite de Vladimir Poutine au Kazakhstan. Comme le rapporte Le Figaro, les deux pays ont acté les modalités de financement et de coopération pour la construction de la première centrale nucléaire kazakhe, d’un montant de 16,5 milliards de dollars, accordé par Moscou. Ce projet, confié à l’entreprise russe Rosatom, devrait voir le jour au bord du lac Balkash, sur le site d’Ülken, un village symbolique déjà marqué par un précédent avorté en 1984 sous l’ère soviétique.

Ce qu'il faut retenir

  • Un prêt russe de 16,5 milliards de dollars pour financer la première centrale nucléaire du Kazakhstan, selon Le Figaro.
  • Le projet, porté par Rosatom, sera construit au bord du lac Balkash, à Ülken, un site déjà envisagé en 1984.
  • Le référendum kazakh du 6 octobre 2024 avait validé à 71 % le recours au nucléaire civil pour répondre à la crise énergétique.
  • Les présidents Vladimir Poutine et Kassym-Jomart Tokaïev ont qualifié ce partenariat d’« importance stratégique » pour les deux pays.
  • Ce projet s’inscrit dans un contexte de tentative kazakhe de réduire sa dépendance à Moscou, malgré un rapprochement récent.

Un engagement historique entre Moscou et Astana

La signature de cet accord, actée lors d’une visite officielle de Vladimir Poutine au Kazakhstan, marque une étape majeure dans les relations énergétiques entre les deux pays. Selon Le Figaro, le prêt russe de 16,5 milliards de dollars permettra de financer la construction de la première centrale nucléaire kazakhe, confiée à Rosatom, géant russe du nucléaire. Le site retenu, Ülken, est situé au bord du lac Balkash, une zone déjà marquée par l’histoire soviétique : en 1984, l’Union soviétique y avait tenté de construire une centrale, avant d’abandonner le projet. Aujourd’hui, plus de quarante ans plus tard, ce lieu pourrait enfin accueillir une infrastructure nucléaire moderne.

Pour le Kazakhstan, ce partenariat représente une avancée significative. Ancienne république soviétique ayant servi de terrain d’essai nucléaire pendant la guerre froide, le pays avait ensuite fait du désengagement nucléaire une priorité nationale après son indépendance en 1991. Pourtant, face à la dégradation de son mix énergétique et à la hausse de la pollution, le président kazakh Kassym-Jomart Tokaïev a organisé un référendum le 6 octobre 2024, qui a abouti à une approbation massive du recours au nucléaire civil, avec 71 % de voix favorables, comme l’explique le média spécialisé Novastan.

Un projet à forte dimension symbolique et stratégique

Le choix du site d’Ülken n’est pas anodin. Ce village de pêcheurs, situé sur les rives du lac Balkash, avait déjà été envisagé pour un projet nucléaire soviétique en 1984, avant d’être abandonné en raison de contraintes techniques et environnementales. Aujourd’hui, Rosatom mise sur ce lieu pour y implanter une centrale moderne, capable de fournir une électricité à faible émission de carbone et à coût maîtrisé. Selon les termes de l’accord, ce projet s’inscrit dans une logique de coopération scientifique, éducative et technologique entre les deux pays, comme l’a souligné le président kazakh.

De son côté, Vladimir Poutine a salué ce partenariat en le qualifiant de « projet énergétique conjoint clé », insistant sur son rôle dans la sécurité énergétique à long terme du Kazakhstan. Le président russe a également mis en avant les bénéfices attendus pour la population, avec une électricité abordable et peu carbonée, destinée aussi bien aux ménages qu’aux industries locales. Pour Moscou, cette collaboration renforce son influence dans une région où il tente de maintenir son emprise, malgré les tentatives kazakhes de diversification diplomatique.

Un virage nucléaire qui interroge dans un contexte géopolitique tendu

Ce rapprochement énergétique survient alors que le Kazakhstan cherche depuis plusieurs années à s’émanciper de la tutelle russe. Depuis son indépendance en 1991, Astana a multiplié les initiatives pour diversifier ses partenariats, notamment avec l’Union européenne et les États-Unis. En novembre 2024, Kassym-Jomart Tokaïev et le président français Emmanuel Macron avaient signé une déclaration conjointe visant à renforcer leur coopération stratégique. Plus récemment, en février 2025, le Kazakhstan s’est associé au Conseil pour la paix proposé par Donald Trump, marquant une volonté de dialoguer avec Washington malgré les tensions actuelles entre les États-Unis et la Russie.

Pourtant, ce projet nucléaire illustre les limites de cette stratégie d’équilibrisme. Malgré les efforts kazakhs pour élargir ses alliances, la dépendance économique et énergétique envers Moscou reste une réalité. Le prêt russe, bien que vital pour concrétiser le projet, rappelle que le Kazakhstan ne peut se passer totalement de son voisin. Par ailleurs, la construction d’une centrale nucléaire en Asie centrale, région historiquement marquée par les essais nucléaires soviétiques, soulève des questions environnementales et sanitaires, un sujet que les autorités kazakhes ont tenté de désamorcer en organisant le référendum de 2024.

« Cet accord est d’importance stratégique pour le Kazakhstan. Il devrait renforcer la coopération scientifique, éducative et technologique, tout en soutenant le développement des industries connexes et du secteur énergétique. » — Kassym-Jomart Tokaïev, président du Kazakhstan.

« La construction de cette centrale nucléaire, avec la participation de Rosatom, représente un projet énergétique conjoint clé entre nos deux pays. Elle contribuera à la sécurité énergétique à long terme du Kazakhstan et fournira une électricité abordable et à faible émission carbone. » — Vladimir Poutine, président de la Russie.

Et maintenant ?

La prochaine étape consistera à finaliser les détails techniques et financiers du projet, avant le lancement officiel des travaux, prévu dans les mois à venir. Selon les estimations, la centrale devrait entrer en service d’ici 2032, sous réserve de l’obtention des autorisations environnementales et de la validation des plans par Rosatom. Pour Astana, ce calendrier dépendra également de la stabilité des relations avec Moscou, dans un contexte international marqué par les tensions autour de l’Ukraine et les incertitudes géopolitiques en Asie centrale. Bref, si le projet est lancé, son aboutissement dépendra autant des choix énergétiques kazakhs que des équilibres diplomatiques régionaux.

Un héritage soviétique qui pèse sur les choix énergétiques kazakhs

Le Kazakhstan porte les stigmates de son passé nucléaire soviétique. Pendant la guerre froide, le pays a servi de site d’essais pour plus de 450 explosions nucléaires, principalement dans la région de Semipalatinsk, contaminant durablement une partie de son territoire et affectant la santé de plusieurs générations. Après son indépendance en 1991, le pays a adhéré au Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires et fermé définitivement le polygone de Semipalatinsk en 1991, avant d’obtenir le statut d’État non nucléaire en 2009. Pourtant, face à la dégradation de son parc énergétique et à la hausse de la demande en électricité, Astana a dû reconsidérer sa position, comme l’explique le média The Astana Times.

Le référendum de 2024 a donc marqué un tournant, autorisant le gouvernement à explorer la voie du nucléaire civil. Le projet d’Ülken, s’il aboutit, permettrait au Kazakhstan de réduire sa dépendance aux énergies fossiles et de diversifier son mix énergétique. Reste à savoir si ce choix, longtemps controversé, sera accepté par la population et si les garanties de sécurité environnementale seront suffisantes pour éviter une nouvelle crise sanitaire.

Le site d’Ülken, au bord du lac Balkash, a été retenu pour des raisons historiques et géographiques. Déjà envisagé en 1984 par l’Union soviétique, ce lieu dispose d’une infrastructure adaptée et d’une proximité avec des ressources en eau, essentielles pour le refroidissement d’une centrale. De plus, sa localisation permet une intégration dans le réseau électrique kazakh, tout en évitant les zones densément peuplées.

Les risques incluent une possible contamination des sols et des eaux du lac Balkash, déjà fragilisé par des décennies d’essais nucléaires soviétiques. Rosatom affirme utiliser des technologies modernes pour limiter ces impacts, mais des associations locales, comme Novastan, restent sceptiques. Une étude d’impact environnemental approfondie sera nécessaire avant le début des travaux.