Roskomnadzor, le régulateur russe des télécommunications, a lancé une vaste offensive contre les réseaux privés virtuels (VPN) en amont des élections législatives de septembre. Selon Euronews FR, plusieurs fournisseurs majeurs ont signalé des pannes de connexion dès le 4 août, imputées à des blocages ciblés par les autorités. Une opération d’ampleur sans précédent, qui s’inscrit dans la stratégie de contrôle accru d’Internet observée depuis le début de la guerre en Ukraine.

Ce qu'il faut retenir

  • Plus de 20 services VPN populaires, dont VPN Generator, VPN Legend, GaMMa VPN et LTVPN, ont été partiellement ou totalement paralysés par les blocages.
  • Le blocage a visé directement les adresses IP des hébergeurs hébergeant ces services, selon des sources spécialisées.
  • Le ministère du Numérique russe a discuté, la veille du blocage, de mesures renforcées pour contrôler les VPN « légitimes », considérés comme des outils de contournement des censures.
  • Cette offensive s’inscrit dans un mouvement plus large de restriction d’Internet, incluant la création de « listes blanches » de sites autorisés et l’obligation pour les opérateurs de transmettre les données IP de leurs abonnés.
  • Les élections législatives russes auront lieu en septembre, dans un contexte de baisse de popularité pour le parti au pouvoir, « Russie unie ».

Un blocage massif et méthodique des services VPN

La panne a touché plus de vingt services VPN parmi les plus utilisés en Russie, selon les calculs du média Exploit et les constats de l’Agence.News. Parmi les outils bloqués figurent VPN Generator, VPN Legend, GaMMa VPN, LTVPN, ABS et FoxyBot. Plusieurs de ces services ont tenté de contourner les restrictions en activant des serveurs de secours, mais sans succès total à ce stade. L’ampleur de l’attaque, la plus importante de ces dernières années selon les observateurs, reste difficile à évaluer avec précision, Roskomnadzor n’ayant pour l’heure formulé aucun commentaire.

D’après des médias spécialisés, les restrictions ont été mises en œuvre en ciblant l’infrastructure sous-jacente : les adresses IP des hébergeurs hébergeant ces services VPN ont été ajoutées à une liste noire. Mikhaïl Klimarev, président de la « Société pour la protection d’Internet », a expliqué dans un entretien à la presse russe que les autorités, avec l’aide de sociétés informatiques, ont identifié « plusieurs dizaines de systèmes autonomes (AS) où se regroupent les VPN » avant de bloquer tous les préfixes associés à ces réseaux.

Un contrôle renforcé des VPN avant les élections

La veille du blocage, le 3 août, le ministère russe du Numérique a organisé une réunion avec les hébergeurs pour discuter de mesures visant à renforcer le contrôle des VPN qualifiés de « légitimes ». Selon le ministère, certains services « camouflés » utilisés pour contourner les blocages ont été intégrés par erreur à la « liste blanche » des outils autorisés. En réponse, les autorités ont décidé d’intensifier les vérifications des adresses IP de tous les services VPN autorisés, une mesure qui s’ajoute à une série d’initiatives restrictives lancées depuis le printemps.

Depuis l’invasion à grande échelle de l’Ukraine en 2022, les autorités russes ont systématiquement renforcé la censure et le contrôle d’Internet. Plusieurs médias indépendants et sites d’information ont été interdits et bloqués, tout comme des plateformes comme Instagram, Facebook et Twitter. Telegram, bien que toujours accessible, fonctionne sous de strictes restrictions. Les utilisateurs sont encouragés à migrer vers « Max », une application de messagerie nationale surnommée « la messagerie des services secrets » en raison de son intégration étroite avec les structures de l’État et de son code source fermé.

Un Internet de plus en plus restreint et surveillé

L’utilisation des VPN s’est généralisée en Russie pour accéder à des informations et des réseaux sociaux étrangers, malgré les blocages. Au printemps, les connexions mobiles ont régulièrement été coupées dans tout le pays, avec l’introduction de « listes blanches » de sites autorisés pendant ces interruptions. En mai, Roskomnadzor a en outre exigé des opérateurs de télécommunications, sous peine d’amendes, qu’ils transmettent les données sur les adresses IP de leurs abonnés. Officiellement présentée comme une mesure de « lutte contre les menaces pesant sur la sécurité du segment russe d’Internet et contre les cyberattaques », cette obligation sert avant tout à traquer l’usage des VPN. Selon certaines sources, Roskomnadzor aurait même acheté massivement des comptes premium dans des services VPN pour faciliter cette surveillance.

« Roskomnadzor a assez rapidement pu constituer une base d’adresses IP utilisées par les services VPN les plus populaires. Ils ont accumulé, accumulé – et à l’approche des élections, ils ont frappé. »

— Leonid Volkov, responsable des projets politiques du « Fonds de lutte contre la corruption », sur Telegram

Selon Volkov, cette attaque s’inscrit dans une stratégie électorale plus large. « Ce qui a permis à Roskomnadzor de rendre cette nouvelle attaque efficace, c’est un stratagème technique apparu récemment : lorsque des sites et applications russes (banques, "Ozon", mais aussi Wildberries) ne s’ouvraient pas avec un VPN activé et obligeaient les utilisateurs à le désactiver pour y accéder, ils enregistraient les adresses IP utilisées par les internautes avec un VPN actif », explique-t-il. Pour éviter de nouveaux blocages, Volkov recommande aux utilisateurs d’avoir deux appareils : l’un pour les applications autorisées, l’autre pour accéder aux services interdits.

Un contexte politique tendu avant les élections

Les élections à la Douma d’État, prévues pour septembre 2026, interviennent dans un climat de tensions politiques et sociales. Les indices de popularité du parti au pouvoir, « Russie unie », ainsi que ceux du président Vladimir Poutine, sont en baisse. Cette érosion s’explique notamment par les frappes ukrainiennes de plus en plus fréquentes sur le territoire russe, les rumeurs persistantes sur une nouvelle mobilisation dans l’armée, les pénuries de carburant et les coupures régulières d’Internet. Face à cette situation, le Kremlin a même revu à la baisse ses objectifs pour « Russie unie », passant de 55 % à 45 % des voix, un chiffre jugé plus « crédible » par les observateurs.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines pourraient voir une intensification des restrictions avant le scrutin, avec des blocages supplémentaires de VPN ou des mesures de surveillance renforcées. Les observateurs s’attendent à ce que Roskomnadzor maintienne la pression sur les outils de contournement, tandis que les utilisateurs pourraient multiplier les contournements techniques pour accéder à l’information. Les élections, qui auront lieu du 17 au 19 septembre, seront un test pour le pouvoir en place, alors que l’opposition reste sous haute surveillance.

Si cette offensive contre les VPN vise clairement à limiter l’accès à des sources d’information indépendantes, elle illustre aussi la détermination des autorités à contrôler l’espace numérique avant un scrutin où le parti au pouvoir cherche à éviter toute surprise électorale.