Alors que l'échec du Système de combat aérien du futur (Scaf), abandonné en juin 2026, laisse la France et ses partenaires européens sans avion de sixième génération, le motoriste Safran a fait le choix de recentrer ses efforts sur le projet français. Selon BFM Business, cette décision s'impose en raison de l'impossibilité de développer simultanément plusieurs types de moteurs pour les futurs chasseurs, faute de ressources suffisantes.
Ce qu'il faut retenir
- L'abandon du Scaf en juin 2026 a été provoqué par des divergences industrielles irréconciliables entre Dassault (France) et Airbus (représentant l'Allemagne et l'Espagne).
- Safran, qui collaborait avec l'allemand MTU sur le moteur du Scaf, ne pourra pas financer deux projets moteurs distincts et privilégiera donc la feuille de route française.
- Les financements pour le développement du moteur s'interrompront dès septembre 2026, tandis que la France poursuit seule le développement de son avion de nouvelle génération.
- Safran se concentrera à court terme sur l'amélioration du moteur M88 du Rafale, avec le programme M88 T-REX visant à accroître sa poussée.
Interrogé lors d'une conférence téléphonique, le directeur général de Safran, Olivier Andriès, a confirmé cette stratégie : « Nous n'avons les ressources que pour développer un moteur d'avion de combat. Et nous allons évidemment prioriser la feuille de route française. » L'entreprise, qui développait en parallèle le moteur du Scaf avec l'allemand MTU, se retrouve désormais dans l'obligation de choisir entre les deux projets, faute de moyens suffisants. « Nous n'aurons pas les ressources engineering pour faire deux moteurs différents », a-t-il souligné. Une question reste en suspens : les spécifications techniques côté français et allemand resteront-elles identiques malgré la séparation des chemins ? « C'est une question ouverte », a reconnu Olivier Andriès.
Dès septembre 2026, les financements alloués au développement du moteur du Scaf seront suspendus. Ce choix reflète la priorité accordée par la France à son programme national de chasseur de nouvelle génération. Alors que l'Allemagne et l'Espagne n'ont pas encore précisé leurs intentions, Paris mise sur une autonomie industrielle dans ce domaine stratégique. « La France a depuis décidé de poursuivre seule le développement de son avion de nouvelle génération », rappelle BFM Business.
Un recentrage stratégique sur le Rafale et son moteur
En attendant les arbitrages définitifs sur le futur avion de combat européen, Safran recentre ses investissements sur l'amélioration du moteur du Rafale, un appareil de cinquième génération en service dans plusieurs armées. Baptisé M88 T-REX, ce programme vise à moderniser le moteur actuel, le M88, en optimisant ses « parties chaudes » — les composants exposés aux températures les plus élevées. « À court terme, nous allons lancer le développement du programme T-REX dans le cadre de l'évolution du Rafale », a indiqué Olivier Andriès. L'objectif est d'accroître significativement la poussée du moteur, afin d'améliorer les performances de l'appareil sans recourir à un nouveau développement complet.
Ce choix s'inscrit dans une logique de continuité pour Safran, qui reste le fournisseur exclusif des moteurs du Rafale. Le motoriste, déjà engagé dans des projets de modernisation pour les forces françaises, confirme ainsi son rôle central dans la souveraineté industrielle de la France. « Nous allons nous concentrer sur ce que nous savons faire de mieux : accompagner l'évolution du Rafale », a-t-il ajouté. Cette stratégie permet également de maintenir l'emploi et les compétences au sein de l'entreprise, alors que l'incertitude plane sur l'avenir des programmes européens de défense.
L'échec du Scaf : des divergences industrielles et des enjeux politiques
L'abandon du Scaf en juin 2026 marque un tournant dans la coopération européenne en matière d'armement. Le projet, lancé pour succéder au Rafale, devait aboutir à un avion de sixième génération développé en partenariat avec l'Allemagne et l'Espagne. Pourtant, les désaccords entre Dassault, porteur du projet français, et Airbus, représentant les intérêts allemands et espagnols, se sont révélés insurmontables. Ces divergences portaient notamment sur la répartition des rôles industriels, les spécifications techniques et le financement du programme. « Le projet a été abandonné en raison des divergences industrielles irréconciliables », précise BFM Business.
Alors que la France affiche sa volonté d'autonomie, l'Allemagne et l'Espagne doivent désormais clarifier leur position. Berlin et Madrid pourraient soit rejoindre un autre projet européen — comme le GCAP (Global Combat Air Programme), porté par le Royaume-Uni, l'Italie et le Japon — soit développer leurs propres solutions nationales. En attendant, Safran se trouve au cœur d'une situation complexe, où les impératifs industriels priment sur les ambitions européennes. « Est-ce que les spécifications côté français et côté allemand vont rester les mêmes ? (...) C'est une question ouverte », a reconnu Olivier Andriès.
Pour Safran, l'enjeu est double : maintenir son avance technologique sur le marché des moteurs d'avions de combat, tout en évitant une fragmentation des investissements qui affaiblirait sa compétitivité face à des concurrents comme les États-Unis ou la Chine. « Nous n'avons pas les moyens de nous disperser », a résumé Olivier Andriès, confirmant ainsi la priorité accordée au Rafale et à la souveraineté française.
Après l'abandon du Scaf, l'Allemagne et l'Espagne pourraient se tourner vers le programme GCAP (Global Combat Air Programme), porté par le Royaume-Uni, l'Italie et le Japon. Ce projet vise à développer un avion de sixième génération d'ici 2035. La France, de son côté, poursuit son programme national, tandis que d'autres pays européens comme la Suède (avec le Gripen) ou l'Italie (avec le F-35 américain) restent des acteurs majeurs sur le marché des avions de combat.
Le moteur M88 T-REX, en améliorant la poussée et les performances du M88 actuel, permettra au Rafale de rester compétitif face aux avions de cinquième génération comme l'Eurofighter ou le F/A-18 Super Hornet. Cependant, il ne pourra pas égaler les capacités des chasseurs de sixième génération, qui intègreront des technologies de furtivité, d'intelligence artificielle et de connectivité avancée. Pour Safran, l'objectif est de maintenir le Rafale comme une référence sur le marché des avions multirôles jusqu'à l'entrée en service d'une nouvelle génération d'appareils.