Depuis cinq ans, l’inflation a sérieusement érodé le pouvoir d’achat des Européens, et les salaires réels peinent à rattraper leur niveau de 2021. En Italie, ils reculent même de **6 %**, tandis qu’en Espagne, la baisse atteint **2 %**. La France, elle, enregistre une stagnation à **+0,1 %**, selon les dernières données de l’OCDE, rapportées par BFM Business. Ces chiffres, arrêtés à la fin du premier trimestre 2026, ne prennent pas encore en compte la flambée des prix de l’énergie du deuxième trimestre, liée à la guerre au Moyen-Orient. Une pression supplémentaire qui risque d’aggraver encore la situation.

Ce qu'il faut retenir

  • En **Italie**, les salaires réels ont chuté de **6,1 %** depuis 2021, le pire recul de l’UE, avec une baisse de **40,8 %** pour les **10 % des salariés les moins bien payés**. BFM Business souligne que ce recul s’explique en partie par l’augmentation du travail à temps partiel.
  • En **Espagne**, malgré une croissance économique robuste et des hausses du salaire minimum, les salaires réels ont reculé de **2 %** depuis 2021, un chiffre que l’OCDE ne prévoit pas s’améliorer rapidement.
  • En **France**, les salaires réels n’ont progressé que de **0,1 %** en cinq ans, et l’OCDE anticipe une nouvelle chute en 2026, en raison de la hausse des prix de l’énergie.
  • Seuls certains pays d’Europe centrale, comme la **Hongrie** (+30 %) ou la **Pologne** (+16,5 %), affichent une amélioration significative des salaires réels, grâce à des revalorisations du salaire minimum et un contexte de pénurie de main-d’œuvre.
  • L’OCDE note un **ralentissement marqué des gains de productivité** en Europe, avec une croissance annuelle moyenne de **1 %** entre 2019 et 2025, contre **2 %** entre 1995 et 2019. Ce ralentissement complique l’intégration des jeunes sur le marché du travail.

L’inflation de 2022 a creusé un fossé durable

La vague d’inflation de 2022 a profondément marqué le pouvoir d’achat des Européens. Dans la plupart des pays de la zone euro, les salaires n’ont pas augmenté suffisamment pour compenser la hausse des prix enregistrée depuis cinq ans. Résultat : les salaires réels, une fois l’inflation prise en compte, restent inférieurs à leur niveau de 2021. À la fin du premier trimestre 2026, l’écart moyen s’établissait à **-1,8 %** pour l’ensemble de la zone euro, selon les chiffres de l’OCDE. BFM Business précise que ces données, arrêtées fin mars, n’intègrent pas encore la flambée des prix de l’énergie du deuxième trimestre, elle-même alimentée par la guerre au Moyen-Orient. Autant dire que la situation pourrait encore se dégrader.

L’Italie et l’Espagne en première ligne

L’Italie paie le prix fort de la stagnation de sa productivité et de sa croissance. Le pays, seul pays développé à voir ses salaires réels reculer depuis le début des années 1990, affiche un recul de **6,1 %** de ses salaires réels depuis 2021. Pire encore, l’OCDE anticipe une nouvelle baisse de **0,9 %** en 2026. Ce décrochage s’explique notamment par la hausse du travail à temps partiel, qui touche particulièrement les bas salaires. Le Bureau parlementaire du budget italien note ainsi une baisse de **40,8 %** pour le **10e centile** (les 10 % des salariés les moins bien payés), tandis que le **90e centile** (les 10 % les mieux payés) a enregistré une hausse de **3,3 %**. Résultat : les jeunes quittent massivement le pays, accélérant le vieillissement de la population et la chute de la natalité.

En Espagne, malgré une croissance économique solide et des hausses du salaire minimum décidées par le gouvernement socialiste de **Pedro Sanchez**, les salaires réels ont reculé de **2 %** depuis 2021. L’OCDE ne prévoit pas d’amélioration rapide. Miguel Cardoso, économiste en chef pour l’Espagne chez **BBVA Research**, explique ce phénomène par la spécialisation du pays dans des activités de services à faible productivité, comme le tourisme. Un secteur qui ne crée que des emplois saisonniers, précaires et mal payés. Les salariés de ce secteur gagnent en moyenne **400 euros de moins** que le salaire brut moyen (1 818 euros contre 2 273 euros), selon le dernier rapport du syndicat **CC OO**.

La France et l’Allemagne : une stagnation inquiétante

En France, les salaires réels n’ont progressé que de **0,1 %** depuis 2021, et l’OCDE anticipe une nouvelle chute en 2026, en raison de la hausse des prix de l’énergie. Le pays reste donc à la traîne, malgré un taux de chômage historiquement bas et une croissance économique stable. En Allemagne, la situation n’est guère meilleure : les salaires réels n’ont progressé que de **0,9 %** en cinq ans. Une stagnation qui s’explique en partie par un ralentissement des gains de productivité, un phénomène observé dans toute la zone euro.

Selon l’OCDE, la croissance annuelle moyenne de la productivité est passée de **2 %** entre 1995 et 2019 à seulement **1 %** entre 2019 et 2025. Un ralentissement particulièrement marqué dans la zone euro, où les gains de productivité étaient déjà faibles avant la pandémie. Ce contexte complique l’intégration des jeunes sur le marché du travail et limite la capacité des États à améliorer le pouvoir d’achat.

« Le ralentissement récent de la croissance de la productivité est particulièrement marqué dans la zone euro, où les gains de productivité de long terme (1995-2019) étaient déjà relativement faibles. »

— OCDE, BFM Business

L’Europe centrale et orientale tire son épingle du jeu

Contrairement à la France, l’Allemagne, l’Italie ou l’Espagne, certains pays d’Europe centrale et orientale enregistrent une amélioration significative de leurs salaires réels. En Hongrie, par exemple, les salaires réels ont bondi de près de **30 %** depuis 2021, dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre et de revalorisation du salaire minimum. En Pologne, la progression atteint **16,5 %**. Ces pays, qui ne font pas partie de la zone euro, bénéficient d’un contexte économique différent, marqué par des salaires de départ plus bas et une demande accrue de main-d’œuvre.

Cette divergence entre l’Europe de l’Ouest et l’Europe de l’Est illustre les déséquilibres économiques persistants au sein de l’Union européenne. Alors que les pays du Sud et de l’Ouest peinent à retrouver leur pouvoir d’achat d’avant 2021, les pays d’Europe centrale profitent d’un rattrapage économique et d’une dynamique de plein emploi.

Et maintenant ?

Les perspectives pour 2026 restent incertaines. L’OCDE anticipe une nouvelle dégradation des salaires réels en Italie (-0,9 %) et en France, en raison de la hausse des prix de l’énergie. En Espagne, malgré une croissance économique robuste, les salariés ne profitent pas pleinement de la reprise. Quant à l’Europe centrale, elle pourrait continuer à tirer son épingle du jeu, mais la question de la convergence économique reste entière. Les prochains trimestres seront déterminants pour évaluer l’impact réel de la flambée des prix de l’énergie sur le pouvoir d’achat des Européens.

L’un des enjeux majeurs pour les gouvernements européens sera de relancer la productivité, un levier essentiel pour améliorer durablement le pouvoir d’achat. Reste à savoir si les réformes structurelles mises en place ces dernières années porteront leurs fruits à moyen terme.

La croissance économique ne se traduit pas automatiquement par une hausse des salaires réels, car elle dépend de nombreux facteurs, comme la productivité, l’inflation ou les politiques salariales. En Europe, l’inflation de 2022 a fortement érodé le pouvoir d’achat, tandis que la productivité a ralenti, limitant la capacité des entreprises à augmenter les salaires. Résultat : même avec une croissance économique, les salariés voient leur pouvoir d’achat stagner ou reculer.

Une stagnation prolongée des salaires réels peut entraîner une précarisation accrue des travailleurs, une baisse de la consommation et une augmentation des inégalités. Elle peut aussi favoriser l’exode des jeunes vers des pays où les salaires sont plus attractifs, comme on l’observe en Italie. Enfin, elle risque de peser sur la croissance économique à long terme, en limitant la demande intérieure.