Certaines patientes repartent avec une ordonnance d’anxiolytiques ou un simple conseil à se reposer, tandis que leurs symptômes, parfois graves, n’ont pas été pris au sérieux. Selon le Figaro, à l’occasion de la Journée mondiale de la santé de la femme, plusieurs témoignages illustrent la tendance persistante des professionnels de santé à minorer ou à attribuer au stress les symptômes décrits par les femmes.

Ce qu'il faut retenir

  • 40 % des femmes déclarent avoir déjà eu le sentiment que leurs symptômes n’étaient pas écoutés par leur médecin, selon un sondage Ipsos pour la Fondation Agir pour le Cœur des Femmes.
  • Ce chiffre atteint 60 % chez les moins de 30 ans, révélant une tendance particulièrement marquée chez les jeunes femmes.
  • Les maladies cardiovasculaires représentent l’un des domaines où cette sous-estimation des symptômes est la plus flagrante.
  • La parole médicale des femmes reste filtrée par des biais persistants, malgré les avancées en matière de médecine.

Les récits recueillis par la Fondation Agir pour le Cœur des Femmes mettent en lumière des situations où des femmes, essoufflées, pâles ou incapables de tenir debout, se voient prescrire des traitements non adaptés à leur état réel. Certaines insistent pour obtenir un diagnostic précis, tandis que d’autres, découragées, renoncent à poursuivre leurs démarches médicales. Dans le pire des cas, ces retards de prise en charge peuvent s’avérer dramatiques, comme en témoigne le cas de la mère de Samra, dont l’état n’a pas été pris au sérieux à temps.

Les biais de genre dans le diagnostic médical ne se limitent pas à une perception erronée des symptômes. Ils s’inscrivent dans un contexte plus large où les maladies cardiovasculaires, par exemple, sont souvent associées aux hommes, alors qu’elles constituent la première cause de mortalité chez les femmes en France. « Les femmes souffrant d’infarctus sont plus susceptibles d’être diagnostiquées à tort avec de l’anxiété ou un trouble panique, ce qui retarde leur prise en charge », explique la Fondation Agir pour le Cœur des Femmes dans un communiqué.

Un phénomène documenté par les statistiques

Le sondage Ipsos, réalisé pour la Fondation Agir pour le Cœur des Femmes, apporte des éléments chiffrés sur cette problématique. Selon cette étude, 40 % des femmes interrogées ont déjà eu le sentiment que leurs symptômes n’étaient pas pris au sérieux par leur médecin. Parmi les moins de 30 ans, cette proportion grimpe à 60 %, signe que le problème est particulièrement aigu chez les jeunes patientes. Ces chiffres révèlent une tendance préoccupante, alors que la médecine moderne insiste sur l’importance d’une écoute attentive et d’un diagnostic précis, indépendamment du genre du patient.

Les maladies cardiovasculaires illustrent parfaitement cette sous-estimation. « Les femmes présentant des douleurs thoraciques ou une fatigue intense sont plus souvent renvoyées chez elles avec un diagnostic de stress ou de fatigue passagère », souligne un cardiologue cité par la Fondation. Pourtant, les symptômes féminins dans ce domaine peuvent être tout aussi graves que ceux des hommes, et leur prise en charge doit être adaptée en conséquence.

Les causes d’une écoute inégale

Plusieurs facteurs expliquent cette tendance à minimiser les symptômes féminins. Tout d’abord, les stéréotypes de genre jouent un rôle central. Les professionnels de santé, comme l’ensemble de la société, peuvent inconsciemment associer certains symptômes à des causes psychologiques plutôt que physiques, en particulier chez les femmes. Cette tendance est d’autant plus marquée que les maladies cardiovasculaires, par exemple, sont traditionnellement perçues comme des affections masculines.

Ensuite, la formation des médecins peut manquer de nuances sur les spécificités des symptômes féminins. « Les études médicales accordent encore trop peu de place à la différence des manifestations cliniques entre hommes et femmes », explique une experte en santé publique. Cette lacune se traduit par des diagnostics erronés ou tardifs, avec des conséquences potentiellement graves pour les patientes.

Enfin, les femmes elles-mêmes peuvent hésiter à insister sur leurs symptômes par crainte d’être perçues comme « dramatiques » ou « anxieuses ». Cette retenue, souvent inconsciente, aggrave encore la situation, car elle retarde la recherche d’un avis médical adapté.

Et maintenant ?

Face à l’ampleur de ce phénomène, plusieurs initiatives visent à améliorer la prise en charge des femmes. La Fondation Agir pour le Cœur des Femmes a lancé une campagne de sensibilisation pour former les professionnels de santé à mieux reconnaître les symptômes féminins. Par ailleurs, des associations militent pour une intégration plus poussée des différences de genre dans les programmes de formation médicale. Une meilleure écoute des patientes et une reconnaissance accrue des biais inconscients pourraient permettre de réduire les retards de diagnostic dans les années à venir.

La Journée mondiale de la santé de la femme, qui s’est tenue le 28 mai 2026, a été l’occasion de mettre en lumière ces enjeux. Des événements organisés en France et à l’international visaient à sensibiliser le public et les professionnels de santé à ces disparités. Des associations et des institutions médicales appellent désormais à une réflexion collective pour garantir une prise en charge équitable, quel que soit le genre du patient.

En attendant, les femmes concernées sont encouragées à consigner précisément leurs symptômes et à demander un second avis si nécessaire. Les professionnels de santé, de leur côté, sont invités à adopter une posture d’écoute attentive, sans préjugés, pour éviter que d’autres histoires tragiques ne s’ajoutent à celles déjà recensées.

Les maladies cardiovasculaires figurent parmi les plus touchées par ce phénomène. Les symptômes féminins, comme les douleurs thoraciques ou une fatigue intense, sont souvent attribués à tort au stress ou à l’anxiété, retardant ainsi un diagnostic précis. D’autres affections, comme certaines formes de migraines ou de douleurs chroniques, peuvent également être sous-estimées chez les femmes.

Il est recommandé de consigner précisément ses symptômes, leur fréquence et leur intensité, et de demander un second avis médical. Certaines associations, comme Agir pour le Cœur des Femmes, proposent des ressources et des conseils pour aider les patientes à obtenir une prise en charge adaptée.