Pour sa troisième visite internationale depuis son élection en 2023, l’archevêque de Cantorbéry Sarah Mullally, première femme à occuper ce poste dans l’histoire de l’Église anglicane, a choisi de se rendre en Afrique, où vivent les trois quarts des quelque 85 millions d’anglicans dans le monde. Selon RFI, cette tournée de dix jours, qui s’est tenue au Ghana puis au Cameroun, s’inscrit dans une volonté de « prendre en compte les perspectives africaines », un défi majeur pour une institution encore divisée sur des questions sociétales comme l’ordination des femmes ou l’inclusion des personnes LGBTQIA+.

Ce qu'il faut retenir

  • Sarah Mullally est la première femme archevêque de Cantorbéry, élue en 2023 — une première dans les 1 400 ans d’histoire de l’Église anglicane.
  • Les trois quarts des 85 millions d’anglicans vivent en Afrique, où sa visite visait à renforcer les liens avec ces communautés.
  • Son engagement en faveur de l’inclusion des femmes et des personnes LGBTQIA+ suscite des tensions, notamment en Afrique, où certains fidèles rejettent ces orientations.
  • La tournée a duré dix jours, avec des étapes au Ghana et au Cameroun, deux pays où l’Église anglicane compte des fidèles nombreux.
  • Jack Macdonald, chanoine et professeur de théologie anglicane à l’université de Leuven (Belgique), a été invité à commenter cette visite dans l’émission « Afrique Midi » sur RFI.

Une tournée africaine pour une Église en mutation

Sarah Mullally a effectué sa première visite officielle en Afrique depuis son entrée en fonction, un choix stratégique pour une Église anglicane dont la majorité des fidèles résident désormais sur le continent. Comme l’a expliqué RFI, cette tournée s’inscrit dans une démarche de « recentrage sur les réalités africaines », alors que les tensions persistent entre les provinces anglicanes d’Afrique et la direction de l’Église au Royaume-Uni. Les questions liées à l’ordination des femmes et à l’accueil des personnes LGBTQIA+ y occupent une place centrale, alimentant des débats parfois vifs.

Selon des observateurs, cette visite visait également à consolider les relations entre l’archevêché de Cantorbéry et les Églises locales, tout en réaffirmant l’autorité de Mullally dans un contexte où certaines communautés africaines contestent son leadership. « L’Afrique est aujourd’hui le cœur de l’anglicanisme, et il est essentiel que les décisions soient prises en tenant compte de ses spécificités », a rappelé un responsable anglican cité par RFI.

Des tensions persistantes sur l’inclusion

La nomination de Sarah Mullally en 2023 avait déjà suscité des remous dans certaines franges de l’Église, notamment en Afrique et en Asie, où des évêques ont exprimé leur désaccord avec sa vision progressiste. En 2003, l’ordination de Gene Robinson, un évêque ouvertement gay aux États-Unis, avait provoqué une crise majeure, conduisant à des scissions au sein de la communion anglicane. Depuis, les débats sur l’inclusion des personnes LGBTQIA+ n’ont cessé de diviser les fidèles, avec des positions souvent tranchées selon les régions.

Au Ghana et au Cameroun, où les communautés anglicanes sont parmi les plus dynamiques du continent, ces questions sont particulièrement sensibles. « Certaines églises locales refusent catégoriquement les orientations défendues par l’archevêché de Cantorbéry, notamment sur l’ordination des femmes et l’accueil des personnes LGBTQIA+ », a souligné Jack Macdonald, invité de l’émission « Afrique Midi » sur RFI. Ces divergences illustrent les défis auxquels est confrontée une institution dont l’unité est de plus en plus mise à l’épreuve.

Un dialogue nécessaire, mais des résistances persistantes

Lors de sa tournée, Sarah Mullally a multiplié les rencontres avec les fidèles et les responsables locaux, insistant sur la nécessité de « trouver un équilibre entre tradition et modernité ». Dans un discours prononcé au Ghana, elle a rappelé que « l’Église doit être un lieu d’accueil pour tous, quelles que soient les différences ». Pourtant, cette volonté d’ouverture se heurte à des résistances tenaces, notamment dans des pays où l’influence des Églises conservatrices reste forte.

En Afrique, où l’anglicanisme s’est souvent structuré autour de valeurs traditionalistes, l’adhésion aux principes défendus par Mullally est loin d’être acquise. « Les églises africaines sont très attachées à une lecture littérale de la Bible, ce qui rend difficile l’acceptation de certaines évolutions sociétales », a expliqué Macdonald. Pour autant, des voix s’élèvent pour défendre une vision plus inclusive, reflétant une jeunesse de plus en plus ouverte aux questions de droits humains.

Et maintenant ?

La tournée de Sarah Mullally au Ghana et au Cameroun pourrait marquer le début d’un dialogue plus approfondi entre l’archevêché de Cantorbéry et les communautés africaines, même si les divergences persistent. Les prochains mois seront déterminants : une réunion des primats anglicans est prévue en 2027, où ces questions pourraient être à nouveau au cœur des débats. Dans l’immédiat, l’enjeu pour Mullally sera de convaincre les fidèles africains de la nécessité d’une Église plus unie, malgré des visions parfois irréconciliables.

Cette visite rappelle que l’anglicanisme, héritier d’une histoire complexe, doit aujourd’hui composer avec une géographie religieuse en pleine mutation. Entre tradition et modernité, entre Afrique et Occident, l’équilibre reste à trouver — une tâche d’autant plus ardue que les attentes des fidèles divergent profondément.

Parce que l’Afrique concentre aujourd’hui les trois quarts des 85 millions d’anglicans dans le monde, ce qui en fait un terrain stratégique pour renforcer l’unité de l’Église. Selon RFI, Sarah Mullally a voulu y promouvoir une vision plus inclusive, notamment sur les questions de genre et d’orientation sexuelle, malgré des résistances locales.