Depuis près d’un mois, une opération d’archéologie sous-marine menée au large des îles de Lérins, à proximité de Cannes, mobilise une équipe de plongeurs scientifiques. Leur mission : sauver de la destruction une épave de navire marchand datant du IIe siècle avant notre ère, chargée d’amphores de vin. Découverte en 2017, cette relique antique, nommée Fort Royal 1, gît par 20 mètres de profondeur et fait l’objet de pillages répétés depuis des années. Selon Franceinfo - Culture, les archéologues ont entamé une course contre la montre pour préserver ce patrimoine maritime exceptionnel.
Ce qu'il faut retenir
- Une épave grecque du IIe siècle av. J.-C., découverte en 2017 au nord de l’île Sainte-Marguerite, près de Cannes.
- Le navire transportait des amphores contenant du vin produit entre Rome et Naples, comme en attestent des traces chimiques détectées à l’intérieur.
- L’épave, déjà victime de pillages, est aujourd’hui protégée par une équipe de quinze archéologues plongeurs qui relèvent les artefacts jour et nuit.
- Une pompe à eau en bois, remontée récemment, pourrait être la plus ancienne connue au monde.
- Les objets extraits, dont une quarantaine d’amphores, devraient être exposés dans un musée de Cannes dans les années à venir.
Une découverte menacée par les pilleurs
Cachée dans les eaux turquoise de la Méditerranée, à quelques encablures des yachts de milliardaires ancrés au large de Cannes, l’épave du Fort Royal 1 est un vestige précieux de l’Antiquité. « Pour les archéologues, c’est un peu le rêve de fouiller une épave aussi belle », confie Aymen Cherif Sliman, spécialiste en architecture navale, lors d’une plongée en juin 2026. « Elle est très ancienne et très bien conservée. Celle-ci, c’est notre petit bébé. » Pourtant, cette découverte est aussi une course contre la montre. Depuis sa localisation en 2017, l’épave a subi des pillages organisés, réduisant une partie de sa cargaison en lambeaux.
À bord de l’Alfred Merlin, navire scientifique affrété pour l’occasion, les chercheurs s’affairent à récupérer les derniers artefacts intacts. Franca Cibecchini, responsable des fouilles pour le Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (DRASSM), supervise les opérations. « Nous avons remonté une quarantaine d’amphores », explique-t-elle. « Elles sont protégées par des tissus mouillés en attendant d’être scannées et photographiées. » Les analyses ont révélé la présence de résidus de vin, produit il y a plus de deux mille ans entre Rome et Naples. « Le vin a disparu, mais les traces chimiques, elles, sont toujours là », précise-t-elle.
Une pompe à eau vieille de 2 200 ans
Parmi les découvertes les plus remarquables figure un fragment de bois remonté il y a quelques jours. Pierre Poveda, chercheur au CNRS, en détaille l’importance : « Nous avons trouvé une pièce avec un évidement semi-circulaire qui devait servir de logement à un piston, peut-être en bois ou en cuir. Cet élément permettait d’aspirer l’eau infiltrée dans la cale et de la rejeter à l’extérieur. Il s’agit très probablement de la plus ancienne pompe à eau connue au monde. »
Chaque artefact, des amphores aux morceaux de coque, est méticuleusement mesuré, photographié et scanné en trois dimensions. Ces données permettront aux chercheurs de reconstituer l’histoire du navire et de son voyage. « Nous savons que le Fort Royal 1 était un bateau de commerce », indique Franca Cibecchini. « Mais son parcours exact et les circonstances de son naufrage restent encore à élucider. »
Un patrimoine sauvé in extremis
L’intervention des archéologues s’inscrit dans le cadre d’un plan de sauvegarde lancé par le ministère de la Culture. « Sans cette mission, le site aurait pu être entièrement pillé et détruit », souligne un communiqué du ministère. Depuis 2026, une surveillance accrue a été mise en place pour éviter de nouveaux vols. « Nous travaillons sous haute pression, car chaque minute compte », confie un membre de l’équipe, sous couvert d’anonymat.
Le contexte géographique n’aide pas : les îles de Lérins, fréquentées par des touristes fortunés, attirent aussi les plongeurs clandestins. « Entre les yachts et les bateaux de pêche, il est difficile de contrôler l’accès à la zone », explique un gardien du parc marin. Les autorités locales ont renforcé les patrouilles maritimes, mais la menace des pilleurs persiste. « Autant dire que sans cette opération, une partie de notre histoire aurait disparu à jamais », ajoute le chercheur.
Cette opération met en lumière les défis de l’archéologie sous-marine, entre préservation du patrimoine et lutte contre le pillage. « Chaque épave est une capsule temporelle », rappelle Franca Cibecchini. « Si nous ne les protégeons pas maintenant, elles seront perdues pour les générations futures. »
Le Fort Royal 1 est un navire marchand grec du IIe siècle av. J.-C., période peu documentée en Méditerranée. Sa cargaison d’amphores de vin, son état de conservation et la découverte d’une pompe à eau unique en font un témoignage exceptionnel des techniques de navigation et du commerce antique. Selon les experts, cette épave pourrait apporter des éclairages inédits sur les routes maritimes de l’époque.