Le projet de Système de combat aérien du futur (SCAF), estimé à 100 milliards d’euros, reste bloqué à l’étape de maquette en raison de divergences persistantes entre Dassault Aviation et Airbus. Selon Capital, les médiateurs franco-allemands chargés de trouver une issue à ce conflit ont obtenu un nouveau délai de dix jours, jusqu’au 28 avril 2026, pour rendre leurs conclusions. Cette annonce a été relayée par la ministre des Armées, Catherine Vautrin, auprès de BFM Business.

Ce qu'il faut retenir

  • Un projet évalué à 100 milliards d’euros et toujours au stade de maquette en raison de désaccords persistants entre Dassault Aviation et Airbus.
  • Les médiateurs franco-allemands ont obtenu un délai supplémentaire jusqu’au 28 avril 2026 pour aboutir à un compromis.
  • Dassault Aviation revendique le leadership du projet, tandis qu’Airbus défend une gestion partagée, refusant toute cogestion.
  • Le projet, lancé en 2017 par l’ex-chancelière allemande Angela Merkel et Emmanuel Macron, vise à remplacer les Rafale et Eurofighter.
  • Un sommet franco-allemand à Chypre les 23 et 24 avril pourrait relancer les discussions entre Friedrich Merz et Emmanuel Macron.

Des divergences persistantes entre la France et ses partenaires européens

Le SCAF, symbole de la coopération européenne en matière de défense, accumule les retards en raison de tensions entre Dassault Aviation, porteur du projet pour la France, et Airbus, représentant l’Allemagne et l’Espagne. Les désaccords portent notamment sur la gouvernance du programme et la répartition des rôles industriels. Eric Trappier, PDG de Dassault Aviation, a réaffirmé début avril son opposition à une « cogestion » du projet, insistant pour que la France en obtienne le leadership. « Ce projet industriel ambitieux ne doit pas être partagé », a-t-il déclaré, selon les éléments rapportés par Capital.

Côté allemand, le chancelier Friedrich Merz avait affiché en mars sa détermination à sauver le SCAF, malgré les tensions. Un échange avec le président français est prévu lors du sommet de l’Union européenne à Chypre les 23 et 24 avril prochains. Emmanuel Macron avait, pour sa part, chargé des personnalités françaises et allemandes de trouver une issue aux blocages dès le 19 avril, sans que les contours d’un compromis n’aient été rendus publics à ce stade.

Un projet stratégique pour l’Europe de la défense

Lancé en 2017 sous l’impulsion de l’ex-chancelière allemande Angela Merkel et d’Emmanuel Macron, avant l’adhésion de l’Espagne, le SCAF doit permettre à terme de remplacer les Rafale français et les Eurofighter allemands et espagnols. Son abandon hypothétique serait perçu comme un revers majeur pour la coopération européenne en matière de défense, alors que les tensions géopolitiques avec la Russie et les incertitudes sur la politique américaine en matière de sécurité alimentent les débats sur l’autonomie stratégique du continent.

Pour l’instant, le projet reste à l’étape de maquette, un retard qui s’ajoute à une série de reports. En 2025, des observateurs avaient déjà pointé du doigt les risques de voir Airbus se tourner vers des solutions nationales si les négociations n’avançaient pas. En mars 2026, le groupe allemand a ainsi évoqué la possibilité de développer son propre avion de combat, une annonce qui a fait réagir les acteurs français et relancé les spéculations sur l’avenir du SCAF.

Les médiateurs franco-allemands à la recherche d’une solution sous haute tension

La situation a poussé les médiateurs, désignés pour réconcilier les parties, à demander un délai supplémentaire jusqu’au 28 avril. Cette prolongation intervient après des mois de blocages récurrents, malgré les efforts diplomatiques. Catherine Vautrin, ministre des Armées, a confirmé cette demande lors d’une intervention sur BFM Business, soulignant l’urgence de trouver une issue avant l’expiration du nouveau délai.

Le projet, qui cristallise les ambitions industrielles et stratégiques de la France et de l’Allemagne, est scruté de près par les autres États membres de l’Union européenne. Un échec du SCAF pourrait en effet inciter d’autres pays à privilégier des partenariats bilatéraux ou à développer leurs propres programmes, affaiblissant encore davantage l’industrie européenne de défense face à la concurrence américaine et chinoise.

Et maintenant ?

Si les médiateurs franco-allemands ne parviennent pas à un compromis d’ici au 28 avril, le risque d’un abandon ou d’une refonte du projet SCAF pourrait se préciser. Un sommet franco-allemand à Chypre, prévu les 23 et 24 avril, pourrait offrir une dernière occasion pour relancer les négociations avant une décision politique majeure. La pression reste forte : abandonner le SCAF signifierait non seulement un échec industriel, mais aussi une remise en cause de la coopération européenne en matière de défense, un domaine déjà fragilisé par les divergences transatlantiques.

En cas de succès, le SCAF pourrait enfin entrer dans une phase de développement concret, avec des retombées économiques et technologiques majeures pour les industries aéronautiques française, allemande et espagnole. En revanche, un échec ouvrirait la voie à des scénarios alternatifs, comme la relance d’un programme national ou une coopération élargie avec d’autres partenaires européens, voire extra-européens.

Les réactions des acteurs industriels et politiques

Du côté de Dassault Aviation, Eric Trappier a multiplié les prises de position pour défendre le leadership français. « Nous ne sommes pas rigides, mais nous refusons que ce projet soit partagé », a-t-il affirmé début avril, rappelant que le groupe considère le SCAF comme une priorité stratégique. Pour Airbus, en revanche, une gestion partagée semble incontournable, au regard des investissements et des expertises apportées par les différents partenaires.

Politiquement, le sujet s’invite dans les discussions européennes. La question de l’autonomie stratégique de l’Europe, déjà au cœur des débats entre Paris et Berlin, pourrait prendre une nouvelle dimension si le SCAF venait à capoter. Les prochains jours seront donc décisifs pour savoir si les deux pays parviendront à dépasser leurs divergences ou si le projet, déjà retardé de plusieurs années, devra être repensé, voire abandonné.

Le principal point de tension oppose Dassault Aviation, qui revendique le leadership du projet pour la France, et Airbus, qui défend une gestion partagée avec l’Allemagne et l’Espagne. Pour Dassault, une cogestion équivaudrait à une dilution de son rôle industriel, tandis qu’Airbus insiste sur la nécessité d’une collaboration équilibrée pour garantir la viabilité économique et technique du programme.

Un échec du SCAF affaiblirait la coopération européenne en matière de défense, déjà fragilisée par les divergences entre États membres. Il pourrait inciter d’autres pays à développer leurs propres avions de combat ou à se tourner vers des partenariats extra-européens, comme les États-Unis ou la Turquie. Enfin, cela remettrait en cause l’autonomie stratégique de l’Europe face aux tensions géopolitiques actuelles.