En avril 2026, Emmanuel Grégoire, fraîchement élu maire de Paris, présentait un « plan d’action contre les violences faites aux enfants » après la révélation d’abus dans les structures périscolaires. Pourtant, selon Le Figaro, les recommandations clés de ce plan figuraient déjà dans un rapport de l’inspection générale de la mairie de Paris… daté de 2015.

Ce qu'il faut retenir

  • 50 recommandations formulées en 2015 par l’inspection générale de la mairie de Paris, jamais appliquées pendant dix ans.
  • Cinq mesures phares ignorées : création d’une cellule d’alerte, interdiction des espaces isolés, signalement systématique des sanctions disciplinaires, protocole avec la justice, accompagnement psychologique et juridique des familles.
  • La réforme des rythmes scolaires de 2013 avait pourtant servi de déclencheur à ce rapport.
  • 13 gardes à vue levées et trois personnes présentées à un juge dans le cadre de l’enquête sur les abus dans le périscolaire.
  • Un rapport qui souligne l’absence de procédures pour prévenir, signaler et sanctionner les infractions sexuelles sur mineurs.

Un rapport de 2015 resté lettre morte

En 2013, la réforme des rythmes scolaires a conduit la mairie de Paris à commanditer un rapport sur la prévention des violences dans les structures périscolaires. L’inspection générale de la ville a rendu ses conclusions en 2015, listant 50 recommandations pour améliorer la sécurité des enfants. Pourtant, pendant une décennie, aucune de ces mesures n’a été mise en œuvre.

Parmi les propositions figuraient des mesures concrètes : nommer un référent « risque d’infractions sexuelles », créer une cellule d’alerte dans chaque direction opérationnelle, ou encore rendre visibles les sanctions disciplinaires dans les dossiers des agents pour éviter de nouveaux recrutements. « Faire figurer au dossier de l’agent la sanction disciplinaire » et la rendre « visible » était une priorité, autant pour prévenir les récidives que pour protéger les enfants.

Des mesures de prévention ignorées malgré des alertes répétées

Le rapport de 2015 pointait également l’absence de protocoles clairs pour signaler les infractions sexuelles. Il recommandait notamment de mettre en place un protocole avec le parquet et la brigade de protection des mineurs, ainsi que d’accompagner psychologiquement les familles et de leur proposer une assistance juridique. Autant de mesures qui auraient pu éviter la multiplication des cas d’abus dans les années suivantes.

L’inspection générale insistait aussi sur l’aménagement des locaux : « prohiber les espaces isolés et les recoins susceptibles de faciliter des infractions sexuelles sur mineurs ». Une recommandation qui, si elle avait été suivie, aurait pu limiter les risques dans les structures périscolaires.

L’affaire du périscolaire relance le débat sur la protection des enfants

En mai 2026, l’affaire des abus dans le périscolaire parisien a éclaté au grand jour, avec la présentation à un juge de trois personnes et la levée de 13 gardes à vue. Selon Le Figaro, ces faits ont révélé l’ampleur des lacunes dans la prévention et la gestion des signalements. Une enquête interne a montré que les procédures mises en place après le rapport de 2015 étaient soit inexistantes, soit inefficaces.

Les familles, de leur côté, expriment une défiance croissante. Une enquête récente révélait que 86 % des parents craignaient désormais des abus sexuels sur leurs enfants à l’école ou dans les activités périscolaires. Un chiffre qui illustre l’urgence d’agir, alors que le nouveau plan d’Emmanuel Grégoire ne fait que reprendre, en partie, les mesures oubliées depuis 2015.

Un système qui a failli à plusieurs niveaux

Le rapport de 2015 n’était pas une simple alerte isolée. Il s’inscrivait dans un contexte où les dérives dans les structures périscolaires étaient déjà documentées. Pourtant, malgré les signalements et les recommandations, rien n’a changé. Les raisons de cet échec sont multiples : manque de moyens, rotation des responsables, ou encore sous-estimation des risques. Le Figaro souligne que certaines des mesures proposées en 2015 auraient pu être appliquées rapidement, comme la création de cellules d’alerte ou la formation des équipes.

D’autres propositions, comme l’aménagement des locaux, nécessitaient des investissements plus lourds. Mais même dans ce cas, les retards accumulés ont empêché toute amélioration concrète. Aujourd’hui, les familles et les associations demandent des comptes. Comment une ville comme Paris a-t-elle pu laisser persister des risques aussi graves pendant une décennie ?

Et maintenant ?

Avec l’élection d’Emmanuel Grégoire en 2026, la mairie de Paris promet de renforcer les mesures de protection. Un nouveau protocole avec le parquet et la brigade de protection des mineurs devrait être finalisé d’ici la rentrée 2026. Les familles, elles, réclament des audits indépendants pour évaluer l’application des recommandations. Reste à savoir si ces initiatives suffiront à rétablir la confiance dans les structures périscolaires.

Cette affaire soulève une question plus large : dans quelle mesure les institutions publiques intègrent-elles les leçons du passé ? Les rapports d’inspection, aussi exhaustifs soient-ils, restent lettre morte si aucune action concrète ne suit. À Paris, comme ailleurs, la protection des enfants passe avant tout par des mesures appliquées sans délai.

Le rapport de 2015 proposait : 1) la nomination d’un référent « risque d’infractions sexuelles », 2) la création d’une cellule d’alerte dans chaque direction opérationnelle, 3) la visibilité des sanctions disciplinaires dans les dossiers des agents, 4) l’accompagnement psychologique et juridique des familles, 5) l’interdiction des espaces isolés dans les locaux périscolaires.