Schneider Electric, groupe industriel français historique, s'impose aujourd'hui comme un pilier stratégique de l'infrastructure numérique mondiale, notamment dans le secteur de l'intelligence artificielle. Selon Cryptoast, l'entreprise ne se limite plus à la gestion de l'énergie ou aux automatismes industriels, mais devient un fournisseur incontournable des data centers qui alimentent les modèles d'IA. À l'heure où les marchés financiers s'interrogent sur la valorisation des acteurs de la tech, l'action Schneider Electric (ticker SU), cotée sur Euronext Paris et intégrée au CAC 40, suscite un intérêt croissant. Son cours, proche de ses plus hauts historiques à 265,60 € (données du 28 juillet 2026), reflète-t-elle une opportunité d'investissement ou une survalorisation ?
Ce qu'il faut retenir
- Leader mondial de la gestion de l'énergie et des automatismes industriels, Schneider Electric emploie plus de 150 000 personnes dans plus de 100 pays, avec une capitalisation boursière de 155,53 milliards d'euros.
- L'entreprise fournit l'intégralité de l'architecture électrique et de refroidissement des data centers, représentant 30 % de son chiffre d'affaires en 2025 et le principal moteur de croissance au premier trimestre 2026.
- Schneider Electric a annoncé le rachat de Cognite pour 3,1 milliards de dollars en juin 2026, renforçant son positionnement dans l'IA industrielle via sa filiale AVEVA.
- Le groupe collabore avec des géants comme Nvidia, AMD et Foxconn, et a été retenu par SoftBank pour construire une usine de modules de datacenters à Dunkerque.
- L'action est éligible au PEA, offrant un cadre fiscal avantageux après 5 ans de détention, tout en affichant une performance de +12,49 % sur un an et de +106 % sur cinq ans.
Une entreprise historique en pleine mutation numérique
Fondé au XIXe siècle et basé à Rueil-Malmaison, Schneider Electric s'est longtemps présenté comme un équipementier électrique classique. Pourtant, comme le rapporte Cryptoast, l'entreprise a opéré une mutation stratégique ces dernières années, se positionnant au cœur des infrastructures numériques. Dirigé depuis 2025 par Olivier Blum, le groupe a fait de l'électrification, de la numérisation et de l'IA les trois piliers de sa stratégie « Advancing Energy Tech ». Son activité se structure autour de deux segments majeurs : la gestion de l'énergie (distribution basse et moyenne tension, onduleurs, automatisation des bâtiments) et les automatismes industriels (usines, procédés industriels, logiciels via AVEVA).
Cette transformation s'accompagne d'une présence mondiale, avec des opérations dans plus de 100 pays et une capitalisation boursière qui place Schneider Electric parmi les plus grosses valeurs du CAC 40. Une évolution qui interroge : comment une entreprise traditionnelle a-t-elle pu devenir un acteur clé de la révolution IA ? La réponse réside dans son rôle méconnu mais essentiel.
Le rôle méconnu mais vital de Schneider Electric dans l'écosystème IA
Si les médias mettent souvent en avant les fabricants de puces comme Nvidia ou les machines de lithographie d'ASML, Schneider Electric joue un rôle tout aussi critique, mais bien moins visible : l'alimentation et le refroidissement des data centers. Selon Cryptoast, l'entreprise fournit en effet l'ensemble de l'infrastructure électrique nécessaire au fonctionnement des centres de données, depuis la distribution moyenne et basse tension jusqu'aux solutions de refroidissement liquide, indispensables pour les racks de calcul haute densité utilisés en IA. Autrement dit, Schneider Electric fournit les « pelles et pioches » de la ruée vers l'IA, sans en assumer les risques technologiques liés à la fabrication des puces.
Cette exposition directe au boom des data centers s'est concrétisée en 2025, lorsque cette activité a représenté environ 30 % du chiffre d'affaires du groupe. Au premier trimestre 2026, elle en est devenue le principal moteur de croissance, notamment en Amérique du Nord. Pour renforcer sa position, Schneider Electric a multiplié les initiatives stratégiques : partenariats avec Nvidia et AMD pour des architectures de référence, collaboration avec Foxconn (Hon Hai) pour des datacenters dédiés à l'IA, et rachat de Motivair, spécialiste du refroidissement liquide, afin de couvrir des puissances allant de 105 kW à 2,5 MW par système.
Un pari ambitieux sur l'IA industrielle avec le rachat de Cognite
En juin 2026, Schneider Electric a annoncé l'acquisition de Cognite, une société norvégienne spécialisée dans l'IA industrielle, pour un montant record de 3,1 milliards de dollars. Cette opération, présentée comme la plus importante sortie d'une entreprise logicielle de l'histoire de la Norvège, vise à accélérer le virage de Schneider vers l'automatisation des usines et des sites industriels. Cognite, dont le chiffre d'affaires a dépassé 170 millions de dollars en 2025 avec 800 salariés, sera intégrée à AVEVA, la filiale logicielle du groupe, au sein de la division automatismes industriels.
Pourtant, le marché a réagi avec prudence : le jour de l'annonce, l'action Schneider Electric a chuté de 2,4 %, les investisseurs s'interrogeant sur le prix payé pour l'acquisition et sur les délais nécessaires pour que cette opération génère de la valeur. Comme le souligne Cryptoast, le pari de Cognite reste à prouver, d'autant que l'intégration à AVEVA comporte des risques d'exécution classiques pour une opération de cette envergure.
Les atouts de Schneider Electric pour les investisseurs
Malgré les incertitudes entourant le rachat de Cognite, Schneider Electric présente plusieurs arguments de poids pour les investisseurs à long terme. Premier point fort : son exposition directe au boom des data centers, un secteur en pleine expansion avec l'essor de l'IA. Contrairement aux fabricants de puces, qui dépendent d'une seule technologie, Schneider fournit des infrastructures essentielles, ce qui limite les risques spécifiques liés à l'évolution des processeurs.
Deuxième atout : un modèle diversifié et de plus en plus récurrent. Entre gestion de l'énergie et automatismes industriels, le groupe dispose d'un équilibre géographique et sectoriel, tandis que la montée en puissance du logiciel (via AVEVA puis Cognite) pousse vers davantage de revenus récurrents, généralement mieux valorisés par les marchés. Troisième point : des partenariats et acquisitions stratégiques de premier plan, comme ceux noués avec Nvidia, AMD ou Foxconn, ainsi que la collaboration avec SoftBank pour des datacenters en France. Enfin, Schneider Electric offre un programme de retour à l'actionnaire généreux, combinant dividendes réguliers et rachat d'actions jusqu'à 3,5 milliards d'euros d'ici 2030, tout en restant éligible au PEA, un avantage fiscal non négligeable pour les investisseurs français.
Les risques et limites à considérer
À un cours proche de son record historique (265,60 €, contre un plus haut à 293,70 € en 2026), l'action Schneider Electric intègre déjà une prime de qualité importante. Toute déception sur les résultats ou une baisse de la dynamique du secteur des data centers pourrait entraîner une correction du cours. Autre point de vigilance : l'acquisition de Cognite, dont la réussite dépendra de l'intégration réussie avec AVEVA et de la capacité à générer de la valeur à moyen terme. Les investisseurs doivent également prendre en compte les incertitudes macroéconomiques et géopolitiques, la direction ayant elle-même signalé que le deuxième trimestre 2026 pourrait être perturbé par les tensions au Moyen-Orient ou la pression des taux d'intérêt sur les marchés résidentiels chinois et américains.
Enfin, la montée en puissance de l'IA logicielle au sein du groupe ne devrait se concrétiser pleinement qu'à partir de 2027, selon la direction. Cela signifie que la création de valeur liée à cette transition pourrait être différée dans le temps, un élément à intégrer dans toute stratégie d'investissement.
Avec une valorisation élevée mais une exposition claire à un secteur porteur, Schneider Electric incarne un compromis entre stabilité industrielle et exposition à l'innovation. Pour les investisseurs à long terme cherchant une exposition défensive à l'IA, l'action représente un complément cohérent à un portefeuille plus volatil, tandis que ceux en quête d'un point d'entrée plus attractif pourraient attendre un repli ou une clarification sur l'impact du rachat de Cognite. Dans tous les cas, la solidité historique du groupe et son ancrage dans l'économie réelle – loin des promesses parfois éphémères des startups – en font un acteur à suivre de près dans les années à venir.
Schneider Electric se différencie par son positionnement central dans l'infrastructure des data centers, fournissant l'intégralité de l'architecture électrique et de refroidissement nécessaire au fonctionnement des systèmes d'IA. Contrairement à des concurrents généralistes, le groupe mise sur des solutions clés en main, comme les modules de datacenters préfabriqués, et renforce son expertise via des partenariats stratégiques avec des géants technologiques comme Nvidia ou AMD.
L'opération, valorisée à 3,1 milliards de dollars, a suscité des interrogations sur le prix payé et les délais nécessaires pour que l'intégration de Cognite génère de la valeur. Les investisseurs craignent que l'acquisition ne pèse sur les marges à court terme, d'autant que le marché attend des preuves concrètes de synergies entre Cognite et AVEVA, la filiale logicielle de Schneider Electric.