Nommé en 2024 à la tête de Sciences Po Paris, Luis Vassy continue de défendre une ligne de conduite qu’il résume ainsi : « Sciences Po n’est ni de droite ni de gauche ». Invité sur France Inter ce mercredi 3 juin 2026, le directeur de l’établissement parisien a réaffirmé sa vision d’un établissement où « la parole est libre » et où « il y a des débats, mais pas de crise ». Selon Franceinfo - Politique, ces propos interviennent alors que sa gestion, qualifiée de « brutale » par certains étudiants et enseignants, suscite des tensions persistantes au sein de l’institution.

Ce qu'il faut retenir

  • Luis Vassy, directeur de Sciences Po Paris depuis 2024, défend une gouvernance neutre et une liberté d’expression totale au sein de l’établissement.
  • En avril 2026, 76 étudiants ont occupé un amphithéâtre pour protester contre une proposition de loi contre « les formes renouvelées de l’antisémitisme », avant d’être délogés par les forces de l’ordre sur décision de la direction.
  • 145 professeurs ont signé un communiqué dénonçant la répression, tandis que des enseignants ont organisé un « sénat académique » fin mai pour relancer le dialogue.
  • Le ministre de l’Enseignement supérieur, Philippe Baptiste, a apporté son soutien à Luis Vassy, saluant sa politique visant à rétablir une « forme de sérénité » dans les établissements.
  • À Sciences Po Lyon, les cours ont repris dans un contexte de « pressions énormes » depuis le décès de Quentin Deranque, un étudiant dont la mort a accentué les tensions locales.

Une gouvernance contestée : entre liberté académique et méthodes autoritaires

Depuis son arrivée à la tête de Sciences Po Paris, Luis Vassy assume une ligne directrice claire : « Sciences Po ne fait pas de politique ». Sur France Inter ce 3 juin 2026, il a réitéré que l’établissement est « un espace de liberté » où « la parole est libre ». Pourtant, cette posture est régulièrement remise en cause, notamment depuis qu’il a fait intervenir les forces de l’ordre en avril dernier pour évacuer 76 étudiants occupant un amphithéâtre. Ces derniers protestaient contre une proposition de loi portée par le député Yaël Dayan, dite contre « les formes renouvelées de l’antisémitisme ». La proposition, finalement abandonnée, avait cristallisé les tensions.

La direction a justifié son intervention par le refus des étudiants de dialoguer, une décision qui a valu à Luis Vassy des accusations de « répression ». Dans un communiqué, 145 professeurs ont dénoncé cette intervention policière, qualifiant la situation d’« échec ». Vassy lui-même a reconnu que « c’est toujours mauvais que des forces de l’ordre interviennent », mais a souligné que les étudiants avaient « refusé le dialogue », rendant nécessaire l’intervention pour assurer la continuité des cours. « Je ne m’inquiète pas pour moi, mais je m’inquiète pour la salubrité du débat public », a-t-il ajouté, citant les insultes reçues, comme « Vassy génocidaire » ou « Vassy a du sang sur les mains ».

Des tensions qui dépassent les murs de Paris

Les remous ne se limitent pas à la capitale. À Sciences Po Lyon, les étudiants ont repris les cours ce mercredi 3 juin 2026 dans un climat de « pressions énormes », selon les observateurs locaux. Cette tension s’inscrit dans un contexte plus large, marqué par le décès de Quentin Deranque, un étudiant dont la mort en 2025 a profondément marqué la communauté. Les relations entre étudiants et direction y sont particulièrement tendues, avec des appels récurrents à la démission de la direction locale.

Face à ces contestations, Luis Vassy a défendu l’autonomie des établissements d’enseignement supérieur. « Attaquer un directeur d’un établissement d’enseignement supérieur avec une telle virulence, du fait des décisions qu’il prend, c’est objectivement s’en prendre à l’autonomie de ces établissements », a-t-il affirmé. Il a appelé l’ensemble de la communauté à « rester serein », tout en reconnaissant que les débats doivent rester « sains et respectueux ». Ces propos interviennent alors que des enseignants de Sciences Po Paris ont organisé fin mai un « sénat académique » en urgence pour tenter de renouer le dialogue avec la direction.

Le soutien du ministre de l’Enseignement supérieur

Le gouvernement apporte un soutien public à Luis Vassy. Philippe Baptiste, ministre de l’Enseignement supérieur, a réagi quelques instants après les déclarations du directeur de Sciences Po Paris, intervenant sur le « 8h30 franceinfo ». Pour le ministre, l’école « avait besoin de sérénité », et Luis Vassy, en appliquant une politique alignée sur celle du gouvernement, a « restauré une forme de sérénité » dans l’établissement. Baptiste a également rejeté les accusations d’autoritarisme : « Dire que la théorie du blocage ne fait pas partie du syllabus, ce n’est pas de l’autoritarisme », a-t-il déclaré.

Le ministre a par ailleurs rappelé que les débats politiques et l’accueil de personnalités au sein des établissements font partie de la tradition française, « tout en condamnant les violences et les blocages ». « Qu’il y ait des discussions riches, des prises de positions politiques, c’est normal. Par contre, les violences, les blocages, non, je n’y suis pas favorable », a-t-il tranché. Cette position s’inscrit dans une logique plus large de fermeté face aux mouvements étudiants perçus comme des entraves à la continuité pédagogique.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines pourraient voir une intensification des discussions entre la direction de Sciences Po Paris et les représentants étudiants. Un retour à une « sérénité » dépendra largement de la capacité des deux parties à trouver un terrain d’entente, notamment sur la question des méthodes de gestion des conflits. Pour l’instant, Luis Vassy a appelé à la retenue, mais les tensions restent vives, notamment après les incidents d’avril. À Sciences Po Lyon, la situation reste fragile, avec un risque de nouvelle crise si les revendications étudiantes ne sont pas entendues. Le gouvernement, de son côté, semble déterminé à soutenir la direction actuelle, ce qui pourrait encourager une ligne ferme dans les mois à venir.

Reste à voir si ces appels au calme suffiront à apaiser les esprits. Pour l’instant, les déclarations de soutien, aussi bien de la part du ministre que de la direction, laissent peu de place à un revirement immédiat. La question centrale reste celle de la légitimité des méthodes employées pour garantir le fonctionnement normal des établissements, dans un contexte où la liberté académique et la gestion des conflits s’opposent frontalement.

Les étudiants protestaient contre une proposition de loi portée par la députée Yaël Dayan, intitulée contre « les formes renouvelées de l’antisémitisme ». Cette proposition, finalement abandonnée, avait suscité des craintes parmi une partie de la communauté étudiante et enseignante, qui y voyait une mesure potentiellement liberticide ou discriminatoire.

L’intervention a conduit à l’évacuation des 76 étudiants présents, qui ont ensuite été verbalisés. L’opération a provoqué une réaction de 145 professeurs, signataires d’un communiqué dénonçant une « répression » et un « échec » de la direction à gérer le dialogue. La situation a par ailleurs alimenté les tensions au sein de l’établissement, avec des appels à la démission de Luis Vassy et des accusations de méthodes autoritaires.