Selon Euronews FR, la Pologne a dû réduire la production de deux de ses principales centrales à charbon début août en raison d’un niveau d’eau historiquement bas dans la Vistule. Cette situation, liée à la sécheresse persistante qui frappe l’Europe, a contraint le géant énergétique Enea à limiter l’activité de ses sites de Kozienice et Połaniec, privant le réseau électrique polonais de 1,3 GW, soit l’équivalent de la consommation d’un million de foyers.
Ce qu'il faut retenir
- La Pologne a réduit de 1,3 GW sa production d’électricité à partir du charbon début août en raison du niveau critique de la Vistule, selon Euronews FR.
- Le débit de la rivière près de Kozienice est tombé à 135 m³/s le 5 août, contre 80 à 100 m³/s nécessaires au refroidissement des centrales.
- Les centrales à charbon, principales responsables du dérèglement climatique, subissent aujourd’hui les conséquences de leur propre impact environnemental.
- La Pologne dépend encore à 51 % du charbon pour sa production d’électricité, tandis que l’éolien et le solaire ne représentent que 25 % du mix énergétique.
- En Europe, la production hydroélectrique a chuté de près de 50 % en Autriche et en Suisse en juillet, selon Montel.
Des centrales à charbon contraintes de ralentir leur activité
Dès le 4 août, Enea, l’un des principaux acteurs du secteur énergétique polonais, a été contraint de réduire la production de ses centrales à charbon de Kozienice et Połaniec. La cause ? Un niveau d’eau historiquement bas dans la Vistule, la rivière qui alimente leur système de refroidissement. Selon les données recueillies par Euronews FR, le débit de la Vistule près de Kozienice a atteint un seuil critique de 135 mètres cubes par seconde le 5 août, contre 80 à 100 m³/s nécessaires au bon fonctionnement des centrales. « Le système de refroidissement prélève plus de la moitié du débit restant dans de telles conditions », précise l’article.
Cette baisse de production a retiré 1,3 GW du réseau polonais, une puissance suffisante pour alimenter plus d’un million de foyers moyens. Cela représente environ 2 % de la capacité électrique totale du pays. Une mesure exceptionnelle, mais révélatrice de la vulnérabilité d’un système énergétique encore largement dépendant des combustibles fossiles face aux aléas climatiques.
Un projet de centrale à gaz controversé malgré l’impact écologique
Malgré les preuves de plus en plus nombreuses des dommages causés par les centrales à charbon sur l’écosystème de la Vistule – notamment la mort de millions de larves de poissons, dont six espèces protégées –, Enea maintient son projet de construction d’une centrale à gaz de 1,3 GW sur le site de Kozienice. Les experts interrogés par Euronews FR s’alarment : une telle décision ne ferait qu’aggraver la pression sur les ressources en eau et prolongerait la dépendance aux énergies fossiles. « Une centrale à gaz nécessiterait une demande élevée en eau de refroidissement, comme les installations actuelles », rappellent-ils.
Cette situation illustre ce que certains observateurs appellent « le paradoxe de la crise climatique ». Comme l’explique Paweł Pomian, vice-président de l’organisation environnementale polonaise EKO-UNIA : « Les centrales qui alimentent le dérèglement du climat en deviennent de plus en plus les victimes. À mesure que la Vistule s’assèche, un système énergétique construit autour de grandes centrales thermiques perd en résilience. »
La Pologne face à l’urgence de la transition énergétique
Malgré une croissance rapide de son parc solaire – avec plus de 20 GW de capacité ajoutés entre 2020 et 2025 –, la Pologne reste en retard par rapport à la moyenne européenne. Selon le groupe de réflexion Ember, le pays dépend encore du charbon pour 51 % de sa production électrique, contre 25 % pour l’éolien et le solaire combinés. Une dépendance difficile à réduire, alors que l’Union européenne accélère sa transition vers les énergies renouvelables.
« Les centrales à charbon paient aujourd’hui le prix des problèmes qu’elles ont elles-mêmes créés », souligne Kasia Szeniawska, chargée de campagne au sein de l’organisation Beyond Fossil Fuels. « À mesure que les vagues de chaleur et les sécheresses s’intensifient, la vulnérabilité des systèmes énergétiques fondés sur les combustibles fossiles apparaît au grand jour. » Alors que la majorité des pays de l’UE réduisent leur recours au charbon, la Pologne, elle, « non seulement ne parvient pas à en sortir à temps, mais propose en plus de nouvelles centrales à gaz qui ne feront qu’aggraver les problèmes environnementaux », ajoute-t-elle.
La sécheresse frappe aussi les énergies renouvelables en Europe
La canicule qui touche le continent depuis plusieurs semaines n’épargne pas non plus les énergies renouvelables. Selon la société de veille énergétique Montel, les apports d’eau dans les retenues et centrales hydroélectriques au fil de l’eau en Autriche et en Suisse étaient en juillet inférieurs de près de 50 % à la normale. Résultat : la production hydroélectrique de l’Autriche a atteint seulement 51 % de son niveau habituel sur quinze ans, tandis que celle de la Suisse est tombée à 48 %. L’Allemagne (63 %) et la France (68 %) ont également subi des baisses significatives.
Cette situation pourrait contraindre certains pays à compenser la baisse de la production hydroélectrique par des sources plus polluantes, comme le gaz. Pourtant, les conditions météorologiques ont aussi dopé d’autres filières renouvelables : malgré une baisse de 2 % de la production éolienne, le solaire a enregistré une croissance record en 2025, avec une production supérieure de plus de 20 % à celle de l’année précédente. « Cela souligne l’importance de diversifier le bouquet d’énergies renouvelables à l’heure où les phénomènes météorologiques extrêmes, dopés par le climat, se multiplient », analyse Ember.
Pour Paweł Pomian, cette crise devrait servir de « signal d’alarme » pour l’ensemble du continent : « Les technologies comme l’énergie solaire et éolienne, qui nécessitent très peu d’eau, doivent être privilégiées. » Un message qui pourrait peser dans les débats énergétiques des prochains mois, alors que l’UE prépare la révision de ses objectifs climatiques pour 2035.
Les centrales thermiques, qu’elles fonctionnent au charbon ou au gaz, nécessitent d’énormes quantités d’eau pour refroidir leurs turbines. En cas de baisse du débit des rivières, comme c’est le cas avec la Vistule, elles doivent réduire leur activité pour éviter la surchauffe, voire l’arrêt complet. Selon Euronews FR, le système de refroidissement de Kozienice prélève à lui seul 80 à 100 m³/s, soit plus de la moitié du débit actuel de la rivière.