Selon Euronews FR, les débits des centrales hydroélectriques européennes ont atteint des niveaux historiquement bas cet été, sous l’effet d’une sécheresse prolongée qui frappe l’ensemble du continent. Les vagues de chaleur répétées, alimentées par le changement climatique, combinées à des précipitations insuffisantes, ont asséché une grande partie de l’Europe, aggravant les risques d’incendies et menaçant les récoltes. Cette situation critique a des répercussions directes sur le bouquet énergétique européen, où l’hydroélectricité, deuxième source renouvelable de l’Union, voit sa production chuter brutalement.
Ce qu'il faut retenir
- Les apports en eau des centrales hydroélectriques autrichiennes et suisses ont baissé de près de 50 % par rapport à la moyenne en juillet, selon l’analyste Montel.
- La production hydroélectrique en Autriche et en Suisse n’a atteint respectivement que 51 % et 48 % de leur niveau habituel en juillet 2026.
- L’hydroélectricité représente 28 % de l’électricité renouvelable produite dans l’UE au premier trimestre 2026, devant le solaire et les autres sources.
- La Hongrie a dû réduire la puissance de sa centrale nucléaire de Paks en raison du niveau historiquement bas du Danube, une première depuis près de cinquante ans.
- La production d’électricité au gaz dans l’UE a augmenté de 8 % en 2025 en raison de la baisse de l’hydroélectricité, compensant partiellement son déficit.
- Les experts prévoient une amélioration des conditions hydrologiques seulement à partir de septembre 2026, après des semaines de chaleur et de sécheresse persistantes.
Une sécheresse sans précédent qui assoiffe l’Europe
Les régions alpines, traditionnellement riches en ressources hydrauliques, subissent un assèchement record. Selon l’indicateur combiné de sécheresse (CDI), publié à la mi-juillet, des conditions d’alerte persistent dans plusieurs pays, de l’Ukraine à la Serbie, en passant par l’Italie, la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni. « Il nous manque tout simplement un tiers du volume d’eau que nos centrales hydroélectriques traitent habituellement », a déclaré Michael Strugl, directeur général de Verbund, principal énergéticien autrichien. Cette pénurie menace non seulement la production d’électricité, mais aussi les écosystèmes et les activités agricoles, avec des milliards d’euros de récoltes détruits par la chaleur extrême.
La situation est telle que la Hongrie a dû adapter son approvisionnement énergétique. Le niveau historiquement bas du Danube a contraint les autorités à réduire la puissance de la centrale nucléaire de Paks, qui couvre près de la moitié des besoins électriques du pays. Une première depuis près d’un demi-siècle, qui illustre l’ampleur de la crise.
L’hydroélectricité en chute libre, le gaz en hausse
Les chiffres sont sans appel : en Autriche, la production hydroélectrique de juillet 2026 n’a atteint que 51 % de la moyenne des quinze dernières années, tandis que la Suisse a produit seulement 48 % de son niveau habituel. L’Allemagne et la France, bien que moins touchées, affichent respectivement des baisses de 37 % et 32 %. Selon les données de Montel, ces contre-performances s’expliquent par un déficit de précipitations et une hausse des températures, qui ont réduit les débits des fleuves et des réservoirs. L’hydroélectricité, qui représente 28 % de l’électricité renouvelable de l’UE au premier trimestre 2026, voit ainsi son rôle clé dans la transition énergétique compromis.
Face à ce recul, l’Europe a compensé en partie par une augmentation de la production d’électricité au gaz, en hausse de 8 % en 2025 par rapport à 2024, selon le groupe de réflexion Ember. Cette tendance s’explique directement par la baisse de l’hydroélectricité, dont la production a reculé de 12 % sur la même période. Pourtant, ce recours aux énergies fossiles, bien que temporaire, risque d’entraver les objectifs climatiques européens à long terme.
Le solaire, seul gagnant de cette crise
Si la sécheresse a pénalisé l’hydroélectricité et, dans une moindre mesure, l’éolien (-2 % en 2025), elle a paradoxalement boosté la production solaire. En 2025, le solaire a généré plus d’électricité que jamais dans l’UE, avec une progression de plus de 20 %. Cette hausse reflète l’essor des installations photovoltaïques, moins dépendantes des conditions hydrologiques. « Cela souligne la nécessité pour les pays de diversifier leur bouquet d’énergies renouvelables afin de faire face aux phénomènes météo extrêmes liés au climat », a souligné un rapport d’Ember.
Les experts estiment que cette crise pourrait accélérer le déploiement de solutions innovantes, comme l’hybridation des sources d’énergie. Cette approche consiste à combiner plusieurs technologies renouvelables (éolien, solaire, hydroélectricité) sous un même point de connexion au réseau, optimisant ainsi l’utilisation des infrastructures existantes. « En ajoutant de l’éolien ou du solaire au même point de connexion qu’une centrale hydroélectrique, les exploitants peuvent doubler en moyenne leur taux d’utilisation des infrastructures », explique Elisabeth Cremona, responsable des infrastructures énergétiques chez Ember.
La crise actuelle interroge sur la capacité de l’Europe à concilier transition énergétique et adaptation aux aléas climatiques. Les prochaines décisions politiques, notamment sur le déploiement des énergies renouvelables et le renforcement des réseaux, pourraient déterminer si la sécheresse de 2026 restera un accident conjoncturel ou le signe d’un bouleversement durable de l’approvisionnement électrique du continent.
L’hydroélectricité joue un rôle clé dans le bouquet énergétique européen en tant que source renouvelable flexible. Elle agit comme une batterie naturelle, permettant de moduler la production en fonction de la demande et de compenser l’intermittence du solaire et de l’éolien. Au premier trimestre 2026, elle représentait 28 % de l’électricité renouvelable de l’UE, devant le solaire et les autres sources. Sa baisse actuelle force les pays à se tourner vers des énergies fossiles, comme le gaz, moins compatibles avec les objectifs climatiques.
L’hybridation consiste à associer plusieurs technologies renouvelables (éolien, solaire, hydroélectricité) sous un même point de connexion au réseau électrique. Cette méthode permet d’optimiser l’utilisation des infrastructures existantes, en réduisant les coûts et en améliorant la stabilité du réseau. Selon Ember, elle pourrait intégrer 18 % des nouvelles capacités renouvelables prévues d’ici 2030 en Europe sans nécessiter de capacité de réseau supplémentaire.