Depuis le 9 août dernier, la station de ski de Pra Loup, située dans les Alpes-de-Haute-Provence, fait face à une interdiction totale de consommation de l’eau du robinet. Une situation inédite dans la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, selon nos confrères du Figaro, qui touche aussi bien les habitants permanents que les vacanciers en pleine saison estivale.

Ce qu'il faut retenir

  • L’interdiction d’eau potable à Pra Loup dure depuis près de trois semaines, avec un retour à la normale prévu pour la fin de la semaine prochaine.
  • La commune d’Uvernet-Fours est également concernée, touchant environ 12 000 habitants selon les estimations de la préfecture.
  • Les causes de cette crise sont liées à une sécheresse prolongée et à des crues violentes qui ont modifié le lit du cours d’eau local, le Bachelard.
  • Les habitants doivent se contenter d’un pack d’eau par jour pour leurs besoins quotidiens, tandis que les restaurants et hôtels s’adaptent avec des solutions alternatives.
  • Une procédure de reconnaissance de catastrophe naturelle est en cours pour accompagner les communes touchées.

Une station touristique paralysée par la pénurie d’eau

Pra Loup, l’une des stations de ski les plus fréquentées des Alpes-de-Haute-Provence en été, est aujourd’hui à l’arrêt. Depuis près de trois semaines, l’interdiction de consommer l’eau du robinet s’applique à toute la commune d’Uvernet-Fours, qui inclut Pra Loup. La préfecture estimait à 12 000 le nombre d’habitants concernés au moment de l’annonce, un chiffre qui inclut aussi bien les résidents permanents que les touristes présents pour la saison estivale.

La situation est d’autant plus complexe qu’elle coïncide avec le pic touristique du 15 août, moment où la demande en eau est maximale. « On fait tout à l’eau de source, on nettoie même les légumes avec. Comme c’est arrivé en plein pic du 15 août, au début, on était affolés, mais on a pris l’habitude », témoigne la gérante de l’Edouard’s pub, un établissement situé en plein cœur de la station. Face à cette crise, les commerces et hébergements doivent s’adapter rapidement pour garantir des conditions minimales à leurs clients.

Des restrictions strictes et des solutions improvisées

Pour pallier le manque d’eau potable, les autorités locales ont mis en place des distributions de bouteilles et des points de ravitaillement. Les habitants peuvent utiliser l’eau du robinet pour se doucher, mais il leur est strictement interdit de la boire. « Pour les familles avec des nourrissons, c’est particulièrement compliqué, raconte Marion Marchetti, venue en vacances depuis Aubagne avec son compagnon et leurs trois enfants, dont un bébé de quatre mois. J’ai eu peur quand, lors d’une distribution d’eau, on m’a dit de faire attention pour mon bébé et de ne pas le laver avec l’eau du robinet. La douche à la bouteille d’eau, pour un bébé, c’est compliqué ». Dans leur hôtel, la famille a pu bénéficier d’une eau filtrée, une solution providentielle mais qui ne concerne pas tous les établissements.

Patrick Beau, un vacancier originaire de Paris souffrant de problèmes rénaux, a dû réduire drastiquement sa consommation d’eau. « J’ai des problèmes rénaux, j’ai dû me restreindre et boire moins que ce que je devrais », confie-t-il. Autant dire que l’expérience touristique tourne au casse-tête logistique pour ceux qui ne disposent pas de solutions alternatives.

Des causes climatiques exceptionnelles

D’après Mélanie Teyssier, directrice des exploitations de la compagnie des eaux Saur en Provence-Alpes-Côte d’Azur, cette situation est « exceptionnelle (...) jamais observée dans cette ampleur dans la région ». Les épisodes de sécheresse prolongée, combinés à des orages violents et très localisés, ont profondément perturbé l’écosystème hydrique local. « Il y a eu de très grosses crues qui ont modifié le lit du cours d’eau, qui a descendu de plus d’1,50 mètre. Cela a fait baisser les niveaux des nappes, et donc on n’arrivait plus à pomper », explique Stéphane Bertin, chef de secteur pour la Saur.

Pour tenter de stabiliser la situation, une digue provisoire a été construite sur le Bachelard, le cours d’eau qui alimente la commune. Cette infrastructure permet de retenir l’eau et de réalimenter la nappe phréatique, dont le niveau est remonté suffisamment pour permettre un pompage minimal. Un variateur a également été installé pour réguler le débit. Malgré ces mesures, la production d’eau reste insuffisante pour couvrir tous les besoins. « La quantité d’eau produite via les ressources communales n’est toujours pas suffisante pour répondre aux besoins », confirme la préfecture.

Une solidarité locale mise à l’épreuve

Face à cette crise, la commune d’Uvernet-Fours peut compter sur un élan de solidarité remarquable. « Il y a vraiment un élan de solidarité. Tout le monde est solidaire et apporte l’aide qu’il peut », se réjouit Arnaud Gaston, conseiller municipal. Les bénévoles se mobilisent pour organiser les distributions d’eau, tandis que les services de l’État multiplient les mesures d’urgence. Parmi elles, une « procédure d’urgence de reconnaissance de catastrophe naturelle » est en cours pour soutenir financièrement les communes touchées.

Les commerçants, eux aussi, tentent de s’organiser. À l’Edouard’s pub, on utilise désormais uniquement de l’eau de source pour les besoins du restaurant. « On nettoie même les légumes avec », précise la gérante. Une adaptation qui, si elle permet de tenir, reste coûteuse en temps et en ressources pour les professionnels du secteur.

Et maintenant ?

Les autorités locales espèrent un retour à la normale d’ici la fin de la semaine prochaine, une fois que le niveau des nappes aura suffisamment remonté. En attendant, les restrictions restent en vigueur et les distributions d’eau se poursuivent. La procédure de reconnaissance de catastrophe naturelle devrait permettre d’accélérer les aides aux communes, mais son issue reste incertaine à court terme.

Cette crise met en lumière la vulnérabilité des stations touristiques de montagne face aux aléas climatiques, un enjeu qui pourrait se répéter avec l’intensification des épisodes de sécheresse dans les années à venir.

La situation à Pra Loup illustre ainsi les défis auxquels sont confrontées les régions montagneuses, où le tourisme et les ressources hydriques sont étroitement liés. Une chose est sûre : pour les habitants et les vacanciers, l’adaptation reste de mise encore pour quelques jours.

L’interdiction de consommation est due à une baisse drastique du niveau des nappes phréatiques, elle-même causée par une sécheresse prolongée et des crues violentes qui ont modifié le lit du Bachelard, le cours d’eau local. Ces événements ont empêché le pompage d’une eau conforme aux normes sanitaires, selon les explications de la Saur et de la préfecture.