Face à une sécheresse « historique » qui a réduit de **un tiers** la production d’herbe et de fourrage, le gouvernement a autorisé un assouplissement temporaire des règles d’alimentation des vaches laitières pour les producteurs de comté, beaufort et abondance. Trois arrêtés publiés mercredi au Journal officiel officialisent ces dérogations exceptionnelles, alors que les pâturages des Alpes et du Jura, zones géographiques délimitées par les appellations d’origine protégée (AOP), sont sévèrement affectés.
Ce qu'il faut retenir
- Un tiers de moins : au 10 août 2026, la pousse cumulée des prairies permanentes était inférieure de **33 %** à la moyenne 1989-2018, selon le service statistique du ministère de l’Agriculture.
- Trois fromages AOP concernés : comté, beaufort et abondance bénéficient de dérogations temporaires pour adapter l’alimentation de leurs troupeaux.
- Des règles assouplies : réduction de la part d’herbe pâturée, utilisation de fourrage extérieur ou d’aliments complémentaires, selon les cas.
- D’autres fromages pourraient suivre : reblochon, cantal, bleu d’Auvergne ou fourme d’Ambert pourraient obtenir des dérogations similaires, une fois les arrêtés publiés.
- Une situation « très dégradée » : le ministère de l’Agriculture qualifie la sécheresse de « très dégradée » dans la quasi-totalité des régions françaises.
Une sécheresse historique qui bouleverse les pratiques agricoles
Selon nos confrères de BFM Business, cette sécheresse, qualifiée d’historique par l’institut national de l’origine et de la qualité (INAO), a poussé les producteurs de fromages AOP à solliciter des dérogations exceptionnelles. Normalement, ces labels européens imposent aux éleveurs de nourrir leurs vaches principalement avec de l’herbe issue d’une zone géographique précise : le massif du Jura pour le comté, et les Alpes pour le beaufort et l’abondance. Or, l’absence de pluie depuis plusieurs mois a asséché les pâturages, réduisant drastiquement les ressources disponibles.
Pour le comté, l’assouplissement est limité : jusqu’à fin octobre, les éleveurs pourront utiliser du maïs vert provenant en partie de l’extérieur de leur exploitation. Pour le beaufort, la part de foin et d’herbe devant provenir de la zone de production est abaissée, tandis que davantage d’aliments complémentaires peuvent être distribués aux vaches. Enfin, pour l’abondance, les producteurs pourront réduire fortement la part d’herbe pâturée et recourir davantage à du fourrage extérieur.
D’autres fromages AOP pourraient obtenir des dérogations
L’INAO a déjà accordé des modifications temporaires à plusieurs autres fromages AOP, comme le reblochon, le cantal, le bleu d’Auvergne ou la fourme d’Ambert. Ces dérogations, encore en attente d’officialisation par des arrêtés au Journal officiel, s’inscrivent dans la continuité des mesures prises après la sécheresse de 2022. « La sécheresse actuelle est historique, et ses conséquences sur l’agriculture sont lourdes », a souligné un porte-parole de l’INAO.
Ces assouplissements visent à préserver la production fromagère tout en évitant l’effondrement des troupeaux, dans un contexte où les coûts de production et les prix restent incertains. L’agriculture française paye en effet un lourd tribut aux canicules et à la sécheresse estivale, avec des pertes déjà visibles sur d’autres cultures comme les tomates ou les pommes.
Un plan d’urgence attendu pour le 3 septembre
La ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, réunira jeudi les préfets de toute la France par visioconférence pour dresser un état des lieux des pertes subies par le secteur. Cette réunion, prévue avant un déplacement à Paris, doit déboucher sur l’annonce, le 3 septembre, d’un plan d’urgence incluant des mesures ciblées pour soutenir les agriculteurs en difficulté.
« Il est crucial d’agir rapidement pour limiter l’impact de cette crise sur les exploitations », a déclaré une source proche du dossier. Les professionnels attendent notamment des aides financières et des dispositifs pour sécuriser l’approvisionnement en fourrage, alors que les stocks sont au plus bas dans de nombreuses régions.
Un contexte agricole déjà fragilisé
Cette sécheresse s’ajoute à une série de défis pour le monde agricole français : hausse des coûts de production, tensions sur les prix, et incertitudes liées aux politiques environnementales. Selon les dernières données du ministère, la situation fourragère est « très dégradée » dans la quasi-totalité des régions, avec des stocks de foin et d’herbe en dessous des seuils critiques. « On n’avait pas vu une telle sécheresse depuis des décennies », a rappelé un expert agricole.
Les conséquences pourraient se répercuter sur les prix des fromages AOP, dont la production dépend en grande partie des ressources locales. Les consommateurs pourraient ainsi voir leurs habitudes d’achat évoluer, avec un possible report vers des produits moins onéreux ou des alternatives importées.
Les réactions des professionnels en attente
Côté syndicats agricoles, la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL) a salué les mesures d’assouplissement, tout en appelant à des solutions plus structurelles. « Ces dérogations sont nécessaires, mais elles ne suffiront pas à long terme », a déclaré son président. De son côté, la Confédération générale des planteurs de betteraves (CGB) a souligné l’urgence de sécuriser les approvisionnements en eau pour les cultures d’automne.
Quant aux consommateurs, certains commencent déjà à s’interroger sur l’impact de cette crise sur les prix en magasin. « Avec des coûts de production en hausse et des rendements en baisse, il est probable que les étiquettes subissent une pression à la hausse dans les mois à venir », estime un analyste du secteur.
Pour suivre l’évolution de cette situation, nos confrères de BFM Business continueront de couvrir les annonces gouvernementales et les réactions des acteurs du secteur.
Les fromages AOP comme le comté, le beaufort ou l’abondance sont soumis à des règles strictes concernant l’alimentation des vaches, qui doit provenir majoritairement des zones géographiques délimitées par leur label. Avec la sécheresse, ces zones ne produisent plus assez d’herbe ou de fourrage, obligeant les producteurs à recourir à des dérogations pour éviter l’effondrement de leur activité.
Le gouvernement doit présenter un plan d’urgence le 3 septembre, incluant des mesures de soutien aux agriculteurs. Par ailleurs, d’autres fromages AOP pourraient bénéficier d’assouplissements similaires dans les prochaines semaines, une fois leurs dérogations officialisées. Enfin, la situation météo des prochains mois sera déterminante pour évaluer si ces mesures suffisent.