Le secteur des semi-conducteurs, pilier de l’innovation technologique et moteur de la transformation numérique, montre des signes de fragilité selon l’économiste Christopher Dembik, invité le 3 juillet 2026 dans l’émission Tout pour investir, la masterclass sur BFM Business. Après des années d’une croissance fulgurante portée par l’intelligence artificielle et la demande en puces électroniques, plusieurs indicateurs laissent entrevoir un possible retournement de tendance, ou du moins un ralentissement marqué. Autant dire que la question n’est plus de savoir si les semi-conducteurs continueront à progresser, mais à quel rythme et pour combien de temps.
Ce qu'il faut retenir
- Christopher Dembik, économiste et intervenant régulier dans l’émission de BFM Business, a analysé les signaux faibles du marché des semi-conducteurs lors de son intervention du 3 juillet 2026.
- L’intelligence artificielle reste un moteur essentiel de la demande, mais des signes de saturation apparaissent chez certains grands acteurs comme NVIDIA, TSMC et ASML.
- Les marges bénéficiaires des fabricants de puces pourraient se resserrer en raison de la hausse des coûts de production et de la concurrence accrue, notamment en provenance d’Asie.
- La Banque du Japon, qui a relevé ses taux de 25 points de base en juin 2026, pourrait impacter la liquidité mondiale et freiner les investissements dans les infrastructures technologiques.
- Le Vietnam émerge comme un complément stratégique au marché chinois, avec une performance boursière élevée dans les semi-conducteurs, selon l’analyse de Dembik.
Un secteur sous tension malgré des fondamentaux solides
Les semi-conducteurs ont longtemps été considérés comme un placement d’avenir, tirés par l’essor de l’IA et des nouvelles technologies. Pourtant, lors de son passage dans l’émission de BFM Business, Christopher Dembik a souligné que « les signaux de ralentissement ne peuvent plus être ignorés ». Plusieurs éléments expliquent cette prudence : d’abord, la concentration extrême du marché, dominé par quelques géants comme NVIDIA, dont la valorisation repose presque exclusivement sur les espoirs liés à l’IA. Ensuite, la hausse des coûts de production, notamment en raison de la complexité croissante des puces et des investissements colossaux nécessaires pour maintenir l’innovation.
Autre point d’attention : la politique monétaire. La décision de la Banque du Japon de relever ses taux en juin 2026, bien que modeste (+25 points de base), pourrait avoir des répercussions sur le financement des projets technologiques à l’échelle mondiale. « Cette hausse des taux intervient dans un contexte où les liquidités se raréfient », a précisé Dembik, rappelant que les investisseurs pourraient privilégier des actifs moins risqués dans les mois à venir.
L’Asie, nouveau centre de gravité de la production de puces
Si les États-Unis et l’Europe restent des acteurs clés dans la conception des semi-conducteurs, la production manufacturière s’est largement déplacée vers l’Asie. Le Vietnam, en particulier, gagne en importance comme alternative à la Chine, souvent perçue comme un risque géopolitique. « Le Vietnam offre une stabilité relative et des coûts compétitifs », a expliqué Dembik, ajoutant que ce pays pourrait capter une partie des investissements autrefois dirigés vers la Chine ou Taïwan.
Cette diversification géographique s’accompagne cependant de défis logistiques et technologiques. Les usines de semi-conducteurs nécessitent des infrastructures hautement spécialisées, ainsi qu’une main-d’œuvre qualifiée, deux ressources encore limitées dans des pays comme le Vietnam. « Il ne s’agit pas seulement de délocaliser, mais de construire des écosystèmes industriels complets », a-t-il souligné. Par ailleurs, la dépendance aux chaînes d’approvisionnement asiatiques expose les entreprises occidentales à des risques de rupture, comme cela a été observé lors de la pandémie de Covid-19.
Les géants du secteur face à leurs limites
Parmi les acteurs majeurs du marché, TSMC (Taïwan), Samsung (Corée du Sud) et ASML (Pays-Bas) occupent une place centrale. Pourtant, même ces entreprises montrent des signes de vulnérabilité. TSMC, par exemple, a récemment annoncé un ralentissement de ses investissements dans les nouvelles usines, en raison de coûts d’équipement prohibitifs. De son côté, ASML, fournisseur clé des machines de lithographie nécessaires à la fabrication des puces les plus avancées, voit sa croissance menacée par les restrictions américaines sur les exportations vers la Chine.
« La guerre technologique entre les États-Unis et la Chine joue un rôle de plus en plus déterminant », a déclaré Dembik. Ces tensions limitent l’accès à certains marchés et augmentent les coûts de conformité pour les entreprises opérant à l’international. Bref, le modèle de croissance linéaire qui a prévalu jusqu’à présent pourrait bien être remis en cause dans les années à venir.
L’impact sur les investisseurs et les stratégies à adopter
Face à cette incertitude, les investisseurs s’interrogent sur la meilleure façon de positionner leurs portefeuilles. Christopher Dembik a évoqué plusieurs pistes, sans pour autant trancher en faveur d’une stratégie unique. D’abord, la diversification sectorielle : plutôt que de miser uniquement sur les valeurs technologiques, il recommande de surveiller des secteurs moins cycliques, comme l’énergie ou les infrastructures.
Ensuite, l’analyse des fondamentaux devient cruciale. Les entreprises capables de maintenir des marges stables, malgré un environnement macroéconomique difficile, pourraient offrir une meilleure résilience. Enfin, la gestion du risque géopolitique doit être intégrée dans toute stratégie d’investissement. « Les semi-conducteurs ne sont plus un placement « sûr » à long terme », a-t-il averti, invitant les épargnants à la prudence.
En conclusion, le marché des semi-conducteurs traverse une période charnière. Si les fondamentaux à long terme restent solides, les défis actuels – hausse des coûts, tensions géopolitiques, saturation de la demande en IA – invitent à une réévaluation des perspectives. Comme le rappelle Christopher Dembik, « il est temps de distinguer les opportunités réelles des bulles spéculatives ».
Selon l’analyse de Christopher Dembik, le Vietnam présente plusieurs atouts : une stabilité politique relative par rapport à d’autres pays asiatiques, des coûts de production compétitifs, et une main-d’œuvre en formation pour les industries high-tech. De plus, il bénéficie des délocalisations en cours depuis la Chine, où les tensions géopolitiques et les coûts élevés poussent certaines entreprises à chercher des alternatives.
Les principaux risques identifiés sont : la hausse des coûts de production, la raréfaction des liquidités due aux politiques monétaires restrictives (comme celle de la Banque du Japon), les tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine qui limitent l’accès à certains marchés, et enfin la saturation potentielle de la demande en puces pour l’IA, dont la croissance pourrait ralentir.