Le Sénat a convoqué Reporterre le 20 mai dernier dans le cadre d’une mission d’information intitulée « Les zones grises de l’information en ligne ». Une audition qui, selon Reporterre, a rapidement suscité des interrogations sur les motivations réelles de cette démarche.

Ce qu'il faut retenir

  • Le Sénat a auditionné Reporterre le 20 mai 2026 dans le cadre d’une mission sur « les zones grises de l’information en ligne »
  • L’intitulé de la mission, reçu deux mois plus tôt, a immédiatement éveillé la méfiance du média indépendant
  • Reporterre s’interroge sur le ciblage des médias indépendants alors que quelques industriels détiennent la majorité de la presse française
  • L’audition s’inscrit dans un contexte où la concentration des médias soulève des questions sur la pluralité de l’information

Une convocation aux relents politiques

Reporterre a reçu sa convocation pour cette mission sénatoriale deux mois avant l’audition, soit en mars 2026. Dès réception du document, le média indépendant a exprimé des réserves quant à l’objectif réel de cette démarche. L’intitulé même de la mission, « Les zones grises de l’information en ligne », a de quoi interroger : pourquoi cette focalisation sur les médias en ligne, et plus particulièrement sur ceux qui échappent aux grands groupes industriels ?

D’après Reporterre, cette audition s’inscrit dans un débat plus large sur la régulation des contenus en ligne et la lutte contre la désinformation. Pourtant, pour le média, l’accent mis sur les acteurs indépendants semble disproportionné au regard de la concentration médiatique entre les mains d’une poignée d’industriels.

L’omerta sur les grands groupes de presse

Reporterre rappelle que quelques familles industrielles possèdent aujourd’hui l’essentiel de la presse française. Cette concentration soulève des questions sur la diversité des voix et l’indépendance éditoriale des médias. Pourtant, la mission sénatoriale n’a pas convoqué les représentants de ces grands groupes pour évoquer leur rôle dans le paysage médiatique.

« Pourquoi ne pas interroger ceux qui détiennent l’essentiel de l’information en France ? », s’interroge Amélie Mougey, éditorialiste de Reporterre. Autant dire que la mission sénatoriale, en ciblant uniquement les médias indépendants, donne l’impression d’un déséquilibre dans l’approche adoptée. Pour Reporterre, cette sélection relève davantage d’une logique politique que d’une volonté sincère de régulation.

Un éditorial qui dénonce un double discours

Dans un éditorial publié après l’audition, Reporterre dénonce un double discours. D’un côté, les institutions publiques affichent leur volonté de défendre la liberté de la presse. De l’autre, elles contribuent à marginaliser les médias qui, justement, incarnent cette indépendance.

« On nous demande de rendre des comptes sur notre fonctionnement, alors que les véritables enjeux de concentration médiatique ne sont même pas évoqués », précise le média. Pour Reporterre, cette audition illustre une tendance plus large : celle d’une instrumentalisation des débats sur l’information pour mieux contrôler les voix dissidentes.

« Pourquoi se focaliser sur les médias indépendants alors qu’une poignée d’industriels possède la majorité de la presse ? »
— Amélie Mougey, éditorialiste de Reporterre

Et maintenant ?

La mission d’information du Sénat doit rendre ses conclusions d’ici la fin de l’année 2026. Reste à savoir si ces travaux déboucheront sur des propositions concrètes pour réguler l’information en ligne ou, au contraire, s’ils serviront à renforcer le contrôle des médias indépendants. Une chose est sûre : le débat sur la concentration médiatique et la pluralité de l’information ne fait que commencer.

Cette audition sénatoriale soulève une question de fond : dans une démocratie, la liberté de la presse peut-elle être garantie lorsque quelques acteurs détiennent l’essentiel des moyens de diffusion ? La réponse, pour Reporterre, passe nécessairement par une remise en cause de cette concentration, bien plus que par des auditions ciblées sur les médias alternatifs.

Selon Reporterre, quelques familles industrielles, dont celles de Vincent Bolloré, Patrick Drahi et les frères Dassault, possèdent une part majoritaire des titres de presse en France, incluant des quotidiens nationaux et régionaux, ainsi que des chaînes de télévision et des radios.