Selon Le Figaro, sept États du nord-est des États-Unis, tous dirigés par des gouverneurs démocrates, ont saisi la justice fédérale pour contester un accord financier conclu fin mars entre TotalEnergies et l’administration de Donald Trump. Cet arrangement prévoit que l’État américain rembourse près d’un milliard de dollars au géant français de l’énergie, en échange de l’abandon de projets d’éoliennes en mer initialement prévus sur la façade Atlantique.

Ce qu'il faut retenir

  • Un accord signé fin mars 2026 entre un membre du gouvernement Trump et Patrick Pouyanné, PDG de TotalEnergies, prévoit un remboursement de 928 millions de dollars à l’entreprise.
  • Les sept États contestent cette entente, la qualifiant d’« illégale » et de « détournement » des fonds publics.
  • TotalEnergies avait obtenu en 2022 deux concessions pour des parcs éoliens au large de New York et de la Caroline du Nord, avant de suspendre les projets après l’élection de Donald Trump fin 2024.
  • L’argent sera versé à TotalEnergies une fois que l’entreprise aura prouvé avoir réinvesti la même somme dans les énergies fossiles (pétrole et gaz) entre novembre 2025 et septembre 2026.
  • Les gouverneurs démocrates dénoncent une manœuvre visant à favoriser les énergies fossiles au détriment des énergies renouvelables et de l’indépendance énergétique américaine.

Un accord présenté comme « gagnant-gagnant » par ses signataires

Fin mars 2026, un représentant du gouvernement de Donald Trump et Patrick Pouyanné, PDG de TotalEnergies, ont officialisé un compromis présenté comme mutuellement avantageux. L’État américain s’engageait à verser près d’un milliard de dollars au groupe français en compensation de l’abandon de deux projets d’éoliennes en mer, situés au large de New York et de la Caroline du Nord. Ces concessions, acquises par TotalEnergies en 2022 pour un montant de 928 millions de dollars en redevances, avaient été mises en pause après la victoire de Donald Trump à l’élection présidentielle de fin 2024.

Ce revirement s’inscrit dans la politique énergétique de l’administration Trump, marquée par un rejet affiché des énergies renouvelables, en particulier de l’éolien offshore. « J’ai choisi d’être pragmatique en négociant avec l’exécutif plutôt que de le poursuivre en justice, comme l’ont fait d’autres entreprises européennes », avait alors justifié Patrick Pouyanné. Le patron du groupe avait évoqué une stratégie d’innovation et d’adaptation aux nouvelles réalités politiques américaines.

Les États démocrates dénoncent un « scandale » et une atteinte à l’intérêt public

Les sept États fédérés concernés — du Maine au New Jersey — ont déposé mardi un recours devant la justice fédérale pour faire annuler cet accord. Menés par l’État de New York, ils estiment que cette transaction est « manifestement illégale » et qu’elle constitue un détournement de fonds publics. Dans un communiqué commun, les autorités de New York, dirigées par la gouverneure Kathy Hochul et la procureure générale Letitia James, ont vivement critiqué l’opération.

« Après avoir subi plusieurs défaites devant les tribunaux, ce gouvernement a concocté un accord bidon visant à verser à une entreprise énergétique étrangère des centaines de millions de dollars provenant des contribuables pour qu’elle abandonne l’éolien en mer et investisse plutôt dans le pétrole et le gaz », a dénoncé Letitia James, citée par Le Figaro.

Kathy Hochul, pour sa part, a fustigé un « détournement scandaleux de l’argent des contribuables », qui, selon elle, prive l’État de moyens nécessaires pour répondre à ses besoins énergétiques, créer des emplois et renforcer l’indépendance énergétique des États-Unis tout en réduisant les émissions de gaz à effet de serre.

Un conflit aux enjeux économiques et environnementaux

TotalEnergies avait acquis en 2022 deux concessions pour des parcs éoliens offshore, l’un au large de New York et l’autre au large de la Caroline du Nord, pour un coût total de 928 millions de dollars en redevances. Ces projets, initialement portés par le gouvernement démocrate de l’époque, avaient été suspendus après l’arrivée au pouvoir de Donald Trump, connu pour son climatoscepticisme et son opposition aux éoliennes en mer. Le président américain a maintes fois critiqué ces infrastructures, les qualifiant de coûteuses et inefficaces.

L’accord signé en mars 2026 prévoit que TotalEnergies ne touchera les fonds publics qu’à une condition : justifier avoir réinvesti la somme équivalente (928 millions de dollars) dans des projets d’énergies « conventionnelles » — c’est-à-dire principalement du pétrole et du gaz — aux États-Unis entre le 18 novembre 2025 et le 30 septembre 2026. Cette clause a suscité une vive polémique, les détracteurs y voyant une subvention déguisée aux énergies fossiles au détriment des énergies renouvelables.

Les répercussions politiques et énergétiques de ce bras de fer

Cette affaire illustre les tensions persistantes entre les États démocrates du nord-est, favorables aux énergies vertes, et l’administration fédérale, résolument tournée vers les hydrocarbures. Les gouverneurs démocrates accusent Washington de saboter les efforts de transition énergétique à l’échelle locale, alors que plusieurs États de la région se sont fixés des objectifs ambitieux de réduction des émissions de CO₂.

Pour TotalEnergies, cet accord représente une opportunité de sécuriser ses investissements dans un contexte politique incertain. Le groupe français, présent depuis des décennies sur le marché américain, mise sur une stratégie d’équilibre entre ses activités traditionnelles (pétrole et gaz) et le développement des énergies renouvelables, bien que ces dernières soient aujourd’hui en perte de vitesse sous l’administration Trump.

Et maintenant ?

La procédure judiciaire lancée par les sept États pourrait s’étendre sur plusieurs mois, voire années, selon les observateurs. Une audience préliminaire est attendue dans les prochaines semaines, et les parties devront s’expliquer sur la légalité de l’accord. Dans l’intervalle, TotalEnergies devra présenter des preuves de ses investissements dans les énergies fossiles pour pouvoir prétendre au versement des fonds. Si la justice donne raison aux États plaignants, l’administration Trump et TotalEnergies pourraient être contraints de renégocier ou d’abandonner cet arrangement.

Quant à l’avenir des projets éoliens en mer sur la côte Est, il reste incertain. Leur reprise dépendra largement du résultat des prochaines élections présidentielles américaines et de l’évolution des politiques énergétiques fédérales. Pour l’heure, les parcs initialement attribués à TotalEnergies restent à l’arrêt, et aucun nouveau calendrier n’a été annoncé.

Les sept États concernés sont le Maine, le New Hampshire, le Vermont, le Connecticut, le Rhode Island, l’État de New York et le New Jersey. Tous sont dirigés par des gouverneurs démocrates et forment une coalition menée par l’État de New York.

L’accord prévoit un remboursement de 928 millions de dollars à TotalEnergies, une somme équivalente à celle que l’entreprise avait versée en redevances pour obtenir les concessions des parcs éoliens en mer.