La plateforme de e-commerce chinoise Shein vient d’être frappée par une amende administrative record de 22,4 millions d’euros, infligée par la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF). Selon Le Figaro, cette sanction s’inscrit dans le cadre d’un contrôle renforcé des pratiques des géants du commerce en ligne, notamment depuis les scandales révélés fin 2025, dont la mise en vente de poupées à caractère pédopornographique sur le site.

Cette décision intervient quelques semaines après une victoire judiciaire de Shein contre le gouvernement français, mais les autorités françaises ont choisi de ne pas relâcher la pression. Le ministre du Commerce, Serge Papin, a d’ailleurs rappelé dans un communiqué : « Depuis la découverte des poupées à caractère pédopornographique sur Shein, nous avons décidé de ne pas laisser ces plateformes tranquilles et nous continuerons jusqu’à ce qu’elles changent totalement leurs pratiques, ou désertent le marché. »

Ce qu'il faut retenir

  • Amende totale de 22,4 millions d’euros : 16,7 millions pour ISSL (gestion du site) et 5,7 millions pour ISEL (ventes des produits).
  • Deux manquements sanctionnés : absence d’informations clés dans les mails de confirmation de commande et politique de retour floue.
  • Shein conteste la sanction, la qualifiant de « disproportionnée » et estimant que les pratiques incriminées ont été corrigées.
  • Contexte aggravant : cette amende s’ajoute à une précédente sanction de 40 millions d’euros en juillet 2025 pour pratiques trompeuses.
  • Autres géants dans le viseur : Temu a écopé d’une amende de 200 millions d’euros de la Commission européenne début juin 2026.

Une sanction administrative ciblant deux entités du groupe Shein

La DGCCRF a infligé une double sanction à Shein, touchant deux entités distinctes du groupe. D’un côté, ISSL, l’entreprise qui gère le site internet, se voit imposer une amende de 16,7 millions d’euros pour manquement à l’obligation d’informer les consommateurs sur des éléments essentiels : nom du vendeur, prix du produit ou délais de livraison, et ce dès la confirmation des commandes par e-mail.

De l’autre, ISEL, la société responsable des ventes des produits Shein, écopé d’une amende de 5,7 millions d’euros pour des manquements concernant la politique de retour. La DGCCRF reproche à Shein d’avoir rendu la distinction entre le droit de rétractation légal de 15 jours et une politique commerciale plus avantageuse de 45 jours peu claire pour les consommateurs. Par ailleurs, l’autorité a également pointé l’absence temporaire de fiches informant sur l’impact environnemental des produits, bien que ce problème ait été résolu rapidement.

Shein rejette les accusations et évoque des corrections techniques

Shein a réagi vivement à cette sanction, la qualifiant de « manifestement disproportionnée et discriminatoire ». Dans un communiqué, un porte-parole de l’entreprise a souligné que « rien ne justifie, au regard des faits établis, des sanctions d’une telle ampleur ». Selon la plateforme, les manquements relevés étaient de nature technique, sans impact réel sur les consommateurs, et avaient déjà été corrigés avant même la notification de la sanction.

Le groupe chinois conteste notamment l’argument selon lequel les informations manquantes n’étaient pas accessibles : « Les consommateurs disposaient de toutes ces informations sur leur compte client accessible sur le site internet », a-t-il rappelé. Par ailleurs, Shein s’étonne que la DGCCRF n’ait pas signalé ces manquements plus tôt, alors que l’autorité était au courant de ces pratiques depuis plus d’un an.

« Ce que nous sanctionnons, ce ne sont pas des erreurs mais un modèle : celui des plateformes de e-commerce qui font l’économie de la conformité à nos règles et de la protection du consommateur, alors que nos commerçants, eux, jouent le jeu. »

Serge Papin, ministre du Commerce, cité par Le Figaro

Un contexte réglementaire de plus en plus strict pour les géants du e-commerce

Cette sanction s’inscrit dans un mouvement plus large de durcissement des contrôles envers les plateformes de e-commerce, notamment celles issues de pays tiers. En juillet 2025, Shein avait déjà accepté de payer une amende de 40 millions d’euros pour des pratiques commerciales trompeuses, après une enquête de la DGCCRF. Début juin 2026, un autre géant chinois, Temu, a été condamné à une amende de 200 millions d’euros par la Commission européenne pour non-respect de ses obligations en matière de limitation de la vente de produits illégaux.

Selon des sources proches du ministère du Commerce, ces sanctions visent à mettre un terme à un « modèle économique » qui « fait l’économie d’une exigence de qualité et de transparence », alimentant une « consommation jetable ». Les autorités françaises et européennes cherchent ainsi à aligner ces plateformes sur les mêmes règles que les commerçants traditionnels, en matière de protection des consommateurs et de conformité réglementaire.

Et maintenant ?

Shein a annoncé son intention de contester cette amende devant les tribunaux, ce qui pourrait entraîner un contentieux prolongé. De son côté, la DGCCRF a indiqué que ses contrôles sur les plateformes de e-commerce se poursuivraient, avec une attention particulière portée aux pratiques de retour, à la transparence des prix et à la lutte contre les produits illégaux. Une prochaine échéance pourrait intervenir d’ici la fin de l’année 2026, avec la publication d’un rapport sur l’efficacité des sanctions imposées aux géants du commerce en ligne.

Cette affaire rappelle que les régulateurs européens et français ne comptent pas relâcher leur surveillance sur les acteurs du e-commerce, surtout ceux dont les pratiques commerciales sont perçues comme agressives ou opaques. Pour les consommateurs, ces sanctions pourraient, à terme, se traduire par une meilleure information et une protection renforcée, même si les plateformes concernées continuent de contester les décisions administratives.

Shein avait déjà été condamné à une amende de 40 millions d’euros en juillet 2025 pour pratiques commerciales trompeuses. La nouvelle sanction de 22,4 millions d’euros concerne des manquements distincts : absence d’informations dans les mails de confirmation de commande et politique de retour floue, selon la DGCCRF.

Shein a annoncé qu’il allait contester cette amende devant les tribunaux. Par ailleurs, le groupe indique avoir déjà corrigé les pratiques incriminées, ce qui pourrait être pris en compte lors d’éventuelles procédures judiciaires.