À l’heure où l’intelligence artificielle et les data centers consomment toujours plus d’énergie, une équipe de chercheurs à Singapour propose une solution radicalement différente : un centre de données intégrant des neurones humains. Ce projet, révélé par Journal du Geek, repose sur un prototype de rack serveur biologique développé en collaboration avec des institutions singapouriennes et une start-up australienne.

Ce qu'il faut retenir

  • Un prototype de rack serveur biologique utilisant 20 unités CL1, des ordinateurs basés sur des neurones humains cultivés à partir de cellules souches.
  • Le système a été dévoilé le 6 août 2026 à Singapour devant plus de 80 experts académiques et industriels.
  • Cette technologie pourrait réduire la consommation énergétique des data centers, dont la demande électrique a augmenté de 17 % en 2025 selon l’Agence internationale de l’énergie.
  • Les applications envisagées couvrent l’efficacité énergétique, la recherche médicale sur les maladies neurologiques et le développement de systèmes d’IA plus adaptatifs.

Un rack serveur inédit intégrant des cellules vivantes

Le prototype, installé au NUS Life Sciences Institute de Singapour, marque une première mondiale. Il combine 20 unités CL1, développées par la start-up australienne Cortical Labs, avec un système de microélectrodes permettant aux neurones humains de communiquer avec du matériel informatique classique. Chaque unité CL1 fonctionne grâce à des cellules souches différenciées en neurones, formant ainsi un ordinateur biologique commercial capable d’exécuter du code.

Selon le professeur Rickie Patani, neuroscientifique à la Yong Loo Lin School of Medicine de l’Université nationale de Singapour (NUS), ce système représente le premier rack serveur biologiquement intégré fonctionnant de manière autonome. « Il s’agit du premier rack serveur biologiquement intégré exploité de façon indépendante dans le monde », a-t-il déclaré. L’objectif ? Offrir une alternative plus économe en énergie que le silicium tout en ouvrant de nouvelles pistes pour comprendre les mécanismes d’apprentissage et d’adaptation biologiques.

Une réponse à l’explosion de la consommation énergétique des data centers

Les centres de données classiques sont aujourd’hui pointés du doigt pour leur consommation électrique massive. En 2025, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) a enregistré une hausse de 17 % de leur demande énergétique, une tendance exacerbée par le développement de l’IA et du traitement de données. Le calcul biologique, basé sur des neurones vivants, pourrait réduire cette empreinte carbone de manière significative — une hypothèse que les chercheurs s’attachent désormais à valider à plus grande échelle.

Pour DayOne, l’entreprise singapourienne spécialisée dans les infrastructures numériques et partenaire du projet, l’enjeu est double : évaluer la viabilité technique du système et identifier des applications concrètes au-delà du laboratoire. « Nous explorons comment cette infrastructure pourrait évoluer vers des usages industriels », a indiqué un porte-parole de DayOne. À terme, l’objectif est de transposer cette technologie dans des environnements réels, si les tests s’avèrent concluants.

Des applications multiples, de la médecine à l’intelligence artificielle

Au-delà de l’énergie, ce projet pourrait révolutionner plusieurs domaines. À Singapour, le NUS Medicine, dirigé par le professeur Patani, sera responsable de la culture et de l’entretien des neurones, une tâche exigeante nécessitant une expertise en biologie cellulaire. Les applications médicales potentielles incluent l’étude des maladies neurodégénératives (comme Alzheimer ou Parkinson) et l’accélération de la découverte de nouveaux médicaments grâce à des simulations plus proches de la biologie humaine.

Cortical Labs, de son côté, mise sur les avantages des systèmes neuronaux vivants pour l’IA. Selon Hon Weng Chong, fondateur et PDG de la start-up, ces neurones pourraient traiter des données limitées avec une grande efficacité. « Ils peuvent apprendre avec peu d’informations et s’adapter à des conditions changeantes », a-t-il expliqué. Une capacité particulièrement utile dans des contextes où les données disponibles sont rares ou incomplètes.

Et maintenant ?

Le prototype singapourien ouvre la voie à une nouvelle génération d’infrastructures informatiques, mais son déploiement à grande échelle reste conditionné par plusieurs étapes clés. D’abord, la validation de l’efficacité énergétique et de la stabilité des neurones sur le long terme. Ensuite, l’adaptation des processus industriels pour intégrer ce type de technologie dans les data centers existants. Les promoteurs du projet visent une période de test prolongée, sans échéance précise pour l’instant, tout en collaborant avec des acteurs académiques et privés pour affiner les protocoles.

Ce projet soulève également des questions éthiques et réglementaires, notamment sur l’utilisation de cellules humaines dans des applications technologiques. Les chercheurs de NUS assurent que les neurones proviennent de cellules souches, évitant ainsi tout recours à des tissus issus de dons, mais le débat sur l’encadrement de telles innovations est loin d’être clos.

Une chose est sûre : avec l’essor de l’IA et la crise énergétique qui s’annonce, cette approche biologique pourrait bien représenter une piste sérieuse pour concilier performance informatique et durabilité.

Les promoteurs du projet estiment que les unités CL1 pourraient fonctionner avec une fraction de l’énergie nécessaire aux serveurs traditionnels, mais ce chiffre reste à confirmer lors des prochaines phases de test. Aucune donnée précise n’a encore été publiée sur l’efficacité énergétique réelle du système.

Les neurones sont cultivés à partir de cellules souches, et non de tissus prélevés sur des donneurs. Cette méthode permet d’éviter les questions éthiques liées à l’utilisation de cellules humaines issues de dons, comme l’a précisé l’équipe de NUS Medicine.