Le 3 janvier 2026, l’armée américaine lançait l’opération Absolute Resolve à Caracas, aboutissant à la capture de l’ex-président vénézuélien Nicolas Maduro, alors accusé de narcoterrorisme par Washington. Six mois plus tard, le Venezuela, dirigé par la présidente par intérim Delcy Rodriguez, s’est engagé dans une transformation radicale sous la pression des États-Unis, entre libéralisation économique et ajustements politiques. Pourtant, la population subit toujours les conséquences d’une crise économique persistante et d’un double séisme dévastateur, selon BMF - International.
Ce qu'il faut retenir
- Tutelle américaine : Le Venezuela est désormais considéré comme un protectorat de facto des États-Unis, avec une souveraineté largement déléguée à Washington.
- Réformes économiques : Réouverture au secteur privé dans les hydrocarbures, assouplissement de l’embargo et retour d’entreprises étrangères comme Chevron ou Maurel & Prom.
- Crise humanitaire : Plus de 2 295 morts et 11 000 blessés après les séismes d’avril 2026, aggravant une économie déjà exsangue.
- Libération partielle des opposants : Une loi d’amnistie a libéré 8 700 détenus politiques, mais 450 prisonniers restent détenus selon les ONG.
- Dialogue politique sous influence américaine : Le retour de Dinorah Figuera, présidente de l’Assemblée nationale, relance des discussions pour une transition démocratique.
- Pauvreté record : 68,5 % des ménages vivent sous le seuil de pauvreté, avec une inflation à 475 % en 2025.
Un virage à 180 degrés sous pression américaine
Depuis la capture de Nicolas Maduro, le Venezuela a rompu avec des décennies d’hostilité envers Washington. Delcy Rodriguez, ancienne proche du président déchu, a pris les rênes du pays et engagé des réformes majeures, allant jusqu’à restaurer les relations diplomatiques rompues en 2019. Le retour de la ligne aérienne Miami-Caracas et la réintroduction du réseau social X (ex-Twitter) d’Elon Musk symbolisent ce rapprochement. « Le pays est aujourd’hui largement sous tutelle états-unienne. La formule de protectorat correspond assez bien à la réalité actuelle », analyse Thomas Posado, maître de conférence en civilisation latino-américaine à l’université de Rouen, cité par BMF - International.
Cette transition s’accompagne d’un renouvellement profond des élites au pouvoir. Plus de la moitié des ministres, l’intégralité du haut commandement militaire et une partie du cabinet présidentiel ont été remplacés depuis janvier. « Delcy Rodriguez a délégué une grande partie de sa souveraineté à Washington, tout en gardant le contrôle politique des affaires intérieures », poursuit Posado. Une évolution qui contraste avec le parcours de Delcy Rodriguez elle-même : fille d’un guérillero torturé et assassiné sous le régime précédent, elle s’était construite politiquement aux côtés de Hugo Chávez et de Maduro, avant de se réconcilier avec celui qui a bombardé Caracas.
Libéralisation économique et retour des investisseurs étrangers
L’un des objectifs affichés par les États-Unis était de reprendre le contrôle des ressources pétrolières vénézuéliennes, premières au monde en réserves. Moins d’un mois après la chute de Maduro, l’Assemblée nationale vénézuélienne a adopté une loi ouvrant le secteur des hydrocarbures au privé, suivie d’un assouplissement de l’embargo américain en février 2026. Les entreprises Chevron (États-Unis) et Maurel & Prom (France) ont déjà repris ou augmenté leur production, tandis que des licences d’exploitation ont été accordées à BP, Shell, Repsol, Eni et General Electric pour le gaz et les mines.
Pourtant, le secteur reste fragile. La production pétrolière stagne autour d’un million de barils par jour, loin des trois millions enregistrés il y a vingt ans. Les années de sous-investissement, les sanctions passées et le manque d’entretien des infrastructures freinent toute reprise ambitieuse. « Si la situation paraît stable pour le moment, les entreprises pétrolières ont besoin d’une vision à long terme avant d’investir. Or, personne ne sait ce que fera un prochain gouvernement ou ce qu’il adviendra une fois Donald Trump quitté le pouvoir », tempère Thomas Posado. Le géant ExxonMobil, exproprié à deux reprises par Caracas, a d’ailleurs indiqué vouloir « évaluer la situation » avant de revenir.
Une libéralisation politique sous haute surveillance
Sous la pression de Donald Trump, qui avait promis de « faire sortir » les opposants de prison, Delcy Rodriguez a promulgué en février 2026 une loi d’amnistie ciblant les détenus politiques. Selon les chiffres officiels, 8 700 personnes ont été libérées cette année. Pourtant, les ONG comme Foro Penal contestent ce bilan, estimant que 450 prisonniers politiques restent incarcérés. La loi, jugée sélective par les défenseurs des droits humains, ne couvre que 13 périodes de manifestations et exclut les présidences de Chávez et de Maduro.
Malgré un léger relâchement des restrictions — « il y a plus de tolérance à l’égard des manifestations » —, le régime conserve une main de fer. En mai 2026, les autorités ont reconnu la mort en détention de Víctor Hugo Quero Navas, disparu depuis décembre 2024. Foro Penal recense au moins 20 morts parmi les prisonniers politiques depuis 2014. « Le pouvoir vénézuélien gagne du temps en donnant des gages aux États-Unis, mais il continue à garder la main sur qui sera libéré ou non », souligne Thomas Posado.
Une économie exsangue et une population au bord de l’effondrement
Avant même les séismes d’avril 2026 — qui ont fait 2 295 morts et 11 000 blessés —, le Venezuela luttait pour se relever après des années de crise. L’inflation a atteint 475 % en 2025, la plus élevée au monde, et 68,5 % des ménages vivent sous le seuil de pauvreté. Selon l’enquête Encovi, un foyer sur trois peine à couvrir ses besoins alimentaires. En avril 2026, Delcy Rodriguez a annoncé une hausse du « revenu minimum intégral » à 240 dollars par mois, une mesure jugée dérisoire par une partie de la population : 1 500 manifestants sont descendus dans les rues de Caracas le 1er-Mai pour protester.
Les services publics restent défaillants : seuls 10 % des foyers échappent aux coupures d’électricité, 19 % bénéficient d’un accès quotidien à l’eau, et moins de la moitié des élèves se rendent régulièrement en classe. « Le pays va avoir beaucoup de mal à se relever de cette catastrophe naturelle après vingt ans de gestion chaviste qui l’avait ruiné », estime Laurence Debray, historienne franco-vénézuélienne, citée par BMF - International. L’économie vénézuélienne a subi une récession de 80 % de son PIB entre 2014 et 2022, accompagnée d’un épisode d’hyperinflation.
Dialogue politique : entre avancées et incertitudes
Dans ce contexte, le retour de Dinorah Figuera, présidente de l’Assemblée nationale élue en 2015 et exilée en Espagne depuis 2018, relance l’espoir d’une transition démocratique. Revenue au Venezuela à la mi-juin 2026, elle a rencontré Jorge Rodriguez, président du Parlement et frère de Delcy Rodriguez, pour discuter d’un « programme servant de feuille de route ». Les États-Unis ont salué cette initiative, la qualifiant de « pas vers une transition démocratique ».
Dinorah Figuera a évoqué la nécessité d’une autorité électorale « digne de confiance » et a appelé à l’inclusion des Vénézuéliens de l’étranger dans le processus. En revanche, Maria Corina Machado, prix Nobel de la paix et figure de l’opposition, reste empêchée de rentrer au pays malgré sa candidature annoncée aux prochaines élections. Donald Trump lui-même, malgré un rapprochement idéologique avec elle, refuse de la voir prendre les rênes du Venezuela. « Elle s’est aussi rapprochée de dirigeants aux politiques dures contre les immigrés vénézuéliens, comme le président chilien d’extrême droite José Antonio Kast », note Thomas Posado.
La question centrale reste celle de la légitimité : le dialogue engagé avec Dinorah Figuera et les promesses de transparence électorale suffiront-ils à convaincre la communauté internationale et la population vénézuélienne ? Ou bien le pays s’enfoncera-t-il dans une tutelle américaine permanente, au mépris des aspirations démocratiques de ses citoyens ?
Nicolas Maduro était visé par des accusations de narcoterrorisme portées par les autorités américaines. Washington le considérait comme une menace pour la stabilité régionale et cherchait à reprendre le contrôle des ressources pétrolières du Venezuela, premier pays au monde en réserves d’or noir.
La production s’élève à environ un million de barils par jour, un niveau bien inférieur aux trois millions enregistrés il y a vingt ans. Malgré l’assouplissement de l’embargo et les réformes légales, les investissements étrangers restent limités en raison de l’instabilité politique et des infrastructures défaillantes.