Phalempin (Nord), le 1er juin 2026 — À 41 ans, Smitha Berthelot a décidé de porter haut et fort un prénom qui lui a été imposé il y a plus de quarante ans. Formatrice dans le secteur médico-social, elle a choisi de renouer avec ses racines indiennes en se faisant désormais appeler Smitha, abandonnant le prénom d’Hélène qui lui avait été attribué lors de son adoption à l’âge de 16 mois. Une démarche personnelle, mais aussi une volonté de réaffirmer une partie de son identité souvent éclipsée, comme le rapporte Le Monde.

Ce qu'il faut retenir

  • Smitha Berthelot, 41 ans, a été adoptée à l’âge de 16 mois sous le prénom d’Hélène avant de choisir de porter son prénom d’origine, Smitha.
  • Formatrice dans le secteur médico-social, elle exerce à Phalempin (Nord) où elle anime des formations pour les professionnels du soin.
  • Son parcours illustre les enjeux liés à l’identité et à la transmission des origines, un thème de plus en plus discuté dans les débats sur l’adoption internationale.
  • Son choix s’inscrit dans une démarche personnelle de réappropriation de ses racines, après une prise de conscience progressive.

Un prénom, un héritage à réaffirmer

Le prénom, souvent perçu comme un simple identifiant, porte en lui des histoires, des traumatismes et des choix de vie. Pour Smitha Berthelot, il représente bien plus. Adoptée en France dans les années 1980, elle a grandi sous le prénom d’Hélène, sans jamais vraiment se reconnaître dans cette identité imposée. Ce n’est que récemment, après des années de réflexion, qu’elle a pris la décision de se réapproprier son prénom d’origine. « Un matin, je me suis dit : je veux me marier sous le prénom Smitha, je veux remettre l’Inde dans mon identité », explique-t-elle à Le Monde.

Ce changement, bien que symbolique, s’accompagne d’une remise en question plus large sur la manière dont les adoptés internationaux perçoivent leurs origines. Pour Smitha Berthelot, il s’agit avant tout de concilier deux parties d’elle-même : l’enfant adopté en France et la femme indienne par ses origines. Une démarche qui, si elle reste personnelle, résonne avec les discussions actuelles sur la transmission des cultures et des identités.

Un parcours professionnel dédié au care

Au-delà de son engagement identitaire, Smitha Berthelot est une professionnelle reconnue dans son domaine. Installée à Phalempin, dans le Nord, elle travaille depuis plusieurs années comme formatrice dans le secteur médico-social. Son métier l’amène à accompagner des professionnels de santé et du social dans l’acquisition de compétences essentielles pour leur pratique quotidienne. Une mission qui, pour elle, prend tout son sens dans une société où le care et l’écoute occupent une place centrale.

Son parcours illustre aussi la diversité des profils qui animent ce secteur, souvent marqué par des vocations tardives ou des reconversions professionnelles. Pour Smitha Berthelot, l’adoption de son prénom indien s’inscrit dans une logique de cohérence entre sa vie personnelle et sa vie professionnelle. Une démarche qui pourrait inspirer d’autres personnes en quête d’authenticité.

L’adoption internationale, un sujet sensible

Le cas de Smitha Berthelot rappelle les défis auxquels sont confrontés les adoptés internationaux, notamment ceux originaires d’Asie. L’adoption dans les années 1980 était souvent marquée par des pratiques opaques, où les enfants étaient arrachés à leur culture d’origine sans toujours en avoir conscience. Aujourd’hui, les débats sur l’adoption internationale ont évolué, avec une prise de conscience accrue des enjeux liés à la préservation de l’identité culturelle.

Des associations, comme l’Association des adoptés et adoptants (ADA), militent pour une meilleure transmission des origines aux enfants adoptés. Leur travail vise à sensibiliser les familles et les institutions sur l’importance de ne pas effacer les racines des adoptés. Pour Smitha Berthelot, son choix de porter son prénom indien s’inscrit dans cette dynamique, même si elle reconnaît que son parcours reste une affaire personnelle.

Et maintenant ?

Si Smitha Berthelot a déjà entamé les démarches pour officialiser son prénom, la question des implications légales et sociales reste entière. En France, changer de prénom est une procédure encadrée, qui nécessite notamment l’accord d’un juge. Pour l’instant, elle utilise déjà Smitha dans sa vie quotidienne, mais une reconnaissance officielle pourrait renforcer son engagement.

Son histoire pourrait aussi alimenter les discussions autour des politiques publiques en matière d’adoption internationale, notamment sur la question de la transmission des origines. Une thématique qui, selon les observateurs, pourrait prendre de l’ampleur dans les années à venir.

Smitha Berthelot incarne ainsi une génération d’adoptés qui, des décennies plus tard, cherchent à réconcilier les différentes facettes de leur identité. Une quête qui, pour elle, passe avant tout par un prénom.

En France, le changement de prénom est encadré par la loi. Il est possible de faire une demande auprès de l’état civil, qui sera ensuite transmise à un juge aux affaires familiales. Ce dernier évalue la demande en fonction de plusieurs critères, dont la motivation du demandeur. Une procédure simplifiée existe pour les majeurs, mais elle reste soumise à l’appréciation du juge.