Les quatre principaux syndicats de la SNCF ont annoncé, ce lundi, une grève unitaire de 24 heures prévue pour ce mercredi 10 juin. Une mobilisation qui n’avait plus eu lieu depuis fin 2024 et qui marque le premier grand conflit social sous la présidence de Jean Castex, en poste depuis novembre 2025. Dans leur appel commun, la CGT Cheminots, l’Unsa Ferroviaire, Sud Rail et la CFDT Cheminots dénoncent une mise en concurrence des réseaux ferroviaires qui « dysfonctionne » et réclament de nouvelles hausses de salaires, selon BFM Business.

Ce qu'il faut retenir

  • Une grève unitaire de 24 heures est prévue à la SNCF ce mercredi 10 juin, la première depuis fin 2024.
  • Les syndicats dénoncent une concurrence sur les rails jugée dysfonctionnelle et réclament un moratoire sur les réorganisations.
  • Ils exigent également de nouvelles hausses de salaires pour compenser l’inflation depuis le début du conflit au Moyen-Orient en février 2026.
  • La direction de la SNCF évoque un « dialogue social constructif » et rappelle avoir déjà versé une prime de 1 450 euros à tous les cheminots en 2026.
  • Depuis le début de l’année, 13 suicides de salariés ont été recensés, un chiffre sans précédent selon les syndicats.
  • La SNCF a enregistré un bénéfice net de 1,8 milliard d’euros en 2025, contre des pertes pour Deutsche Bahn et de petits profits pour Trenitalia et Renfe.

Un mouvement social inédit depuis deux ans

Les syndicats de la SNCF n’avaient plus appelé à une grève unitaire depuis fin 2024. Ce mercredi 10 juin, le trafic ferroviaire devrait être fortement perturbé dans l’ensemble du pays. Les quatre organisations représentatives du groupe public, qui rassemblent l’essentiel des salariés, ont justifié leur mobilisation par une « concurrence qui dysfonctionne » sur les rails français. Dans leur communiqué, elles dénoncent également les réorganisations et les filialisations en cours, qu’elles jugent génératrices d’« urgences sanitaires et sociales » pour les cheminots.

Parmi leurs revendications figure en bonne place une revalorisation salariale. Les syndicats estiment que les hausses accordées pour 2026 ne suffisent pas à compenser l’inflation, alimentée depuis l’éclatement de la guerre au Moyen-Orient fin février. Les prévisions de trafic pour mercredi seront publiées d’ici la veille par SNCF Voyageurs, mais les organisations syndicales n’ont pas communiqué d’estimations sur l’ampleur de la mobilisation.

La question de l’unité des cheminots au cœur des débats

« D’abord, nous demandons que les cheminots du groupe public unifié (GPU) et ceux qui sont affectés dans les filiales nouvellement créées aient les mêmes droits », a déclaré Thierry Nier, secrétaire général de la CGT Cheminots et premier syndicat de la SNCF, dans un entretien à l’AFP. Il ajoute : « À son arrivée en novembre 2025, Jean Castex a dit devant l’Assemblée et le Sénat qu’il serait le président d’un groupe unifié, du coup nous lui disons ‘chiche’ ».

Cette référence à la promesse présidentielle illustre l’enjeu central du mouvement : la préservation des droits sociaux dans un contexte de restructuration accélérée. Depuis plusieurs mois, la SNCF multiplie les filialisations pour répondre aux appels d’offres lancés par les régions pour exploiter de nouveaux réseaux de trains régionaux. Des filiales locales sont créées, certaines remportant les marchés, d’autres non. Les agents y sont transférés avec la promesse de conserver leurs avantages sociaux pendant quinze mois, un dispositif surnommé le « sac à dos social ».

Un « sac à dos social » qui se vide rapidement

Selon Fabien Villedieu, porte-parole de Sud Rail, ce dispositif est largement insuffisant. « Les accords tombent au bout de 15 mois », souligne-t-il. « Un salarié de Poitou-Charentes aura des conditions très différentes d’un autre dans le Sud, selon qu’il travaille pour la SNCF ou une filiale ». Pour lui, ces filialisations visent avant tout à « comprimer les coûts et remporter les appels d’offre ». Il évoque même une pression accrue sur les salariés, comparant leur situation à celle de « citrons pressés ».

Les syndicats pointent également une hausse de 20 % des accidents du travail en 2025, un indicateur qu’ils lient aux réorganisations en cours. « Les réorganisations broient certains de nos collègues », a commenté Fabrice Charrière, d’Unsa Ferroviaire, sans pour autant instrumentaliser la détresse des familles. « On constate un mal-être général, notamment dans l’encadrement, avec un sentiment de perte de sens au travail ».

La direction de la SNCF défend son bilan social

Face aux critiques, la direction de la SNCF assure mener un « dialogue social constructif et très nourri depuis plusieurs mois ». Elle met en avant le nombre record d’accords signés avec les syndicats ces derniers temps. Concernant les salaires, la direction rappelle avoir versé une prime exceptionnelle de 1 450 euros à l’ensemble des 150 000 salariés du groupe en 2026. Aucun employé n’est payé en dessous du Smic majoré de 10 %, précise-t-elle. Ces arguments n’ont cependant pas convaincu les syndicats, qui dénoncent un écart croissant entre les résultats financiers du groupe et la situation sociale des cheminots.

Le bénéfice net de la SNCF s’est élevé à 1,8 milliard d’euros en 2025, un résultat contrastant avec les pertes de plus de 2 milliards enregistrées par Deutsche Bahn la même année. Trenitalia et Renfe, pour leur part, affichaient de petits bénéfices. Les syndicats estiment que la manne financière devrait être mieux partagée, notamment via une revalorisation salariale significative.

Le climat social marqué par une hausse des suicides

Un chiffre interpelle particulièrement les organisations syndicales : depuis le début de l’année, 13 suicides de salariés de la SNCF ont été recensés. Un nombre « jamais vu de mémoire de cheminots », selon les syndicats. Si ceux-ci refusent d’établir un lien direct entre ces drames et les réorganisations, ils soulignent un « malaise global » au sein de l’entreprise. « Nous savons que ces actes ne sont bien sûr pas dus à une seule et unique cause », a précisé Fabrice Charrière, d’Unsa Ferroviaire. « Mais le contexte actuel aggrave une situation déjà tendue ».

Des revendications précises et un mouvement limité dans le temps

Les syndicats réclament non seulement un moratoire sur les réorganisations et filialisations, mais aussi une revalorisation salariale immédiate. Ils soulignent que les hausses obtenues pour 2026 ne couvrent pas l’inflation, elle-même alimentée par le conflit au Moyen-Orient depuis février 2026. Leur mouvement, qualifié de « carré » par ses initiateurs, est limité à 24 heures non renouvelables, une stratégie visant à maximiser l’impact sans s’engager dans un conflit prolongé.

La grève prévue ce mercredi 10 juin s’annonce donc comme un test pour la nouvelle direction de la SNCF, dirigée par Jean Castex depuis moins d’un an. Les syndicats, bien que conscients des échecs relatifs des mouvements passés, affichent une certaine confiance dans l’unité de leur appel et la durée limitée du mouvement.

Et maintenant ?

Les prochaines heures seront déterminantes pour évaluer l’ampleur de la mobilisation. Si les syndicats ne communiquent pas d’estimations précises, la direction de la SNCF publiera d’ici mardi les prévisions de trafic pour mercredi. Une faible participation pourrait affaiblir leur position, tandis qu’un mouvement massif renforcerait leurs revendications. La question du partage de la valeur et de la préservation des droits sociaux devrait rester au cœur des négociations dans les semaines à venir.

Dans ce contexte, la capacité de la direction à concilier performance économique et équité sociale sera scrutée de près. Les prochaines annonces de la SNCF, notamment sur d’éventuelles nouvelles mesures sociales, pourraient influencer l’issue de ce conflit.

Les syndicats estiment que la mise en concurrence des réseaux ferroviaires en France « dysfonctionne », générant des urgences sanitaires et sociales pour les cheminots. Ils pointent notamment les filialisations successives et les réorganisations, qui créent des conditions de travail inégales entre les salariés du groupe public unifié et ceux des filiales, avec des avantages sociaux menacés après quinze mois.

Le « sac à dos social » est un dispositif permettant aux cheminots transférés dans des filiales locales de conserver leurs avantages sociaux pendant quinze mois. Les syndicats critiquent ce mécanisme, soulignant que les accords sociaux s’arrêtent après cette période, entraînant des conditions de travail très différentes selon les régions et les employeurs.