Avec un chiffre d’affaires en hausse de 2 % sur un an et un bénéfice net atteignant 1,176 milliard d’euros, la SNCF signe son meilleur résultat semestriel jamais enregistré pour la période. Ces performances, détaillées par BFM Business, surviennent dans un environnement marqué par une croissance économique atone, une inflation persistante et des aléas climatiques majeurs.

Ce qu'il faut retenir

  • Un bénéfice net semestriel record à 1,176 milliard d’euros, en progression de 24 % par rapport à 2025.
  • Un chiffre d’affaires total de 21,9 milliards d’euros, soit une hausse de 2 % sur un an.
  • Une marge opérationnelle en progression de 0,6 point à 17,4 %.
  • Une dette nette réduite de 700 millions d’euros, passant à 23,6 milliards d’euros.
  • La filiale SNCF Voyageurs affiche une croissance de 3,3 % de la fréquentation des TGV, avec plus de 83,4 millions de voyageurs transportés.
  • Les aléas climatiques et le déraillement d’un train en Espagne ont coûté environ 100 millions d’euros de chiffre d’affaires.

Des résultats exceptionnels dans un contexte complexe

Malgré un environnement économique peu porteur – marqué par une croissance française faible, une consommation atone et une reprise de l’inflation –, la SNCF parvient à dégager un résultat historique. Laurent Trevisani, directeur général délégué du groupe, qualifie ces performances de « plutôt très satisfaisantes compte tenu du contexte difficile ». Il souligne notamment l’impact des aléas climatiques, avec des tempêtes hivernales et des canicules précoces en mai et juin, ainsi que le déraillement d’un train en Espagne, qui ont engendré une perte estimée à 100 millions d’euros de chiffre d’affaires, dont 70 millions imputables aux intempéries.

Jean Castex, président du groupe, met en avant la pertinence de la stratégie adoptée, l’engagement des équipes et l’amélioration continue de la compétitivité. Il évoque également le respect des engagements pris envers l’État. « Ces résultats témoignent à la fois de la pertinence de notre stratégie, de l’engagement de nos équipes, d’une amélioration continue de notre compétitivité et du respect des engagements pris vis-à-vis de l’État », déclare-t-il.

SNCF Voyageurs : la locomotive du groupe

La filiale commerciale SNCF Voyageurs, considérée comme la « vache à lait » du groupe, confirme son statut en affichant un chiffre d’affaires en hausse de 1,3 %, soit 10,6 milliards d’euros. Son EBITDA atteint 1,4 milliard d’euros, avec une marge de 13,3 % contre 12 % au premier semestre 2025. La fréquentation des TGV progresse de 3,3 %, avec 83,4 millions de voyageurs transportés en France et en Europe, un record selon le groupe. Le chiffre d’affaires associé à cette activité s’élève à 5 milliards d’euros, en hausse de 3,1 % sur un an.

Cette croissance est principalement tirée par le marché des loisirs, une demande dynamique et un renforcement de l’offre, notamment pour les jeunes et pendant les vacances scolaires. Le groupe met également en avant ses ventes flash à prix cassés pour stimuler la fréquentation. Cependant, malgré cette hausse du trafic, la croissance des revenus reste modérée, ce qui pourrait s’expliquer par une politique de prix modérés face à la concurrence accrue, notamment celle de Trenitalia. Laurent Trevisani précise : « Il n’y a pas eu d’action forte de baisses des prix, mais il y a eu une modération des prix car nous voulons que le TGV s’adresse à tous. Il y a aussi la montée en puissance de Ouigo, qui fait baisser le panier moyen ».

Des disparités entre les activités du groupe

Si SNCF Voyageurs et Keolis (transports urbains) enregistrent des performances positives, avec une croissance de 5,2 % pour Keolis à 3,7 milliards d’euros de revenus, d’autres activités peinent à suivre. Les Intercités subissent une baisse de fréquentation de 3,8 %, principalement en raison des suppressions de trains lors des vagues de canicule et des tempêtes hivernales. Côté logistique, Geodis voit ses revenus diminuer de 1,4 % à 5,3 milliards d’euros, pénalisée par le contexte géopolitique et le ralentissement du fret maritime. Malgré cela, la profitabilité est préservée à 10 %, soit 534 millions d’euros.

A contrario, Rail Logistics Europe, qui englobe notamment Hupacfreight, affiche une hausse de chiffre d’affaires de 3,9 % à 950 millions d’euros, avec une profitabilité en progression à 12,5 %. Du côté de SNCF Réseau, la hausse des péages perçus grâce à l’augmentation du trafic permet un chiffre d’affaires en hausse de 3,2 % à 4,2 milliards d’euros, avec un EBITDA en progression de 4,5 % sur un an. Ces résultats permettent d’intensifier les investissements dans le réseau, qui ont atteint 4,9 milliards d’euros (toutes sources confondues), dont 95 % sont consacrés aux activités ferroviaires en France.

Un modèle de financement unique au monde

Un élément clé de la stratégie de la SNCF réside dans le financement de son réseau. Les bénéfices de ses filiales, en premier lieu ceux de SNCF Voyageurs, sont largement mis à contribution pour alimenter le fonds de concours dédié à SNCF Réseau. Face à l’état dégradé du réseau, l’État et la SNCF estiment nécessaire de mobiliser 1,5 milliard d’euros supplémentaires par an à partir de 2028, portant le total à 4,5 milliards d’euros. En attendant les retombées des concessions autoroutières prévues à partir de 2032, le projet de contrat de performance entre l’État et la SNCF – encore en cours de validation – prévoit une augmentation de cette contribution à 14,8 milliards d’euros pour la période 2024-2033, soit une hausse de 59 %. En 2025, 1,6 milliard d’euros a déjà été reversé.

Ce modèle, unique au monde, suscite la critique des syndicats. Ceux-ci dénoncent une situation injuste, soulignant que SNCF Voyageurs est doublement pénalisée : d’une part par le paiement des péages, les plus élevés d’Europe, et d’autre part par la contribution de ses bénéfices, alors que ses concurrents ne supportent que les péages, parfois avec des rabais.

Et maintenant ?

Pour la suite de l’année 2026, la SNCF reste prudente. Si traditionnellement le second semestre est plus performant que le premier, les incendies qui frappent le sud-ouest cet été devraient impacter le chiffre d’affaires. Le groupe n’a pas souhaité faire de prévisions, mais l’arrivée des premiers TGV M, attendue dans les mois à venir, pourrait permettre d’augmenter les capacités et de répondre à une demande parfois insatisfaite. Reste à savoir si cette hausse de l’offre suffira à compenser les aléas climatiques et économiques persistants.

Les syndicats, eux, appellent à une redistribution plus équitable des bénéfices, tandis que la direction insiste sur la nécessité de financer la modernisation du réseau pour garantir la qualité du service à long terme.

Ce modèle unique s’explique par les besoins colossaux de modernisation du réseau français, estimés à 4,5 milliards d’euros par an à partir de 2028. Contrairement à ses concurrents européens, la SNCF reverse une partie de ses bénéfices pour combler ce déficit de financement, en attendant que les concessions autoroutières ne génèrent des revenus supplémentaires à partir de 2032.