« Le nucléaire, le rattrapage très fort sur le renouvelable, c’est l’une des raisons pour lesquelles les entreprises, notamment industrielles, viennent en France. » Cette analyse, livrée par Marc Lhermitte, associé chez EY Consulting, résume l’un des enjeux majeurs de la neuvième édition du sommet Choose France, qui se tient ce 1er juin 2026 au Château de Versailles, selon Franceinfo - Politique.

Ce qu'il faut retenir

  • La France mise sur son mix énergétique décarboné (nucléaire et renouvelables) pour attirer les investissements industriels étrangers, notamment japonais.
  • SoftBank, géant japonais de la tech, signe un accord majeur avec l’État français lors de ce sommet, symbolisant un intérêt croissant pour l’Europe.
  • La compétitivité française a progressé grâce à des réformes structurelles lancées il y a une dizaine d’années, notamment le CICE et la loi Travail.
  • Moins de 1 % des entreprises exportatrices représentent 35 % des exportations industrielles françaises, soulignant leur importance stratégique.
  • La France se positionne comme un hub européen pour les secteurs de l’IA, de l’énergie, de l’agroalimentaire et de la santé.

Un sommet devenu incontournable pour l’attractivité française

Pour Marc Lhermitte, associé chez EY Consulting et invité de la Matinale de Franceinfo, le sommet Choose France s’est imposé comme un rendez-vous annuel « incontournable » pour les chefs d’entreprise du monde entier. « On a toutes les raisons, 364 jours par an, de montrer les mauvaises nouvelles. Ce Choose France est devenu un moment pour la France de montrer son attractivité », a-t-il déclaré ce matin, en marge d’une édition placée sous le signe des annonces record et des partenariats stratégiques. Selon lui, cette grand-messe de la compétitivité française, qui se déroule au Château de Versailles, permet à la France de « se montrer sous son meilleur jour » dans une compétition européenne extrêmement vive avec l’Allemagne, le Royaume-Uni ou encore l’Italie.

SoftBank et l’IA : un symbole du tournant énergétique et technologique

Parmi les annonces phares de cette édition figure la signature d’un accord entre l’État français et SoftBank, le géant japonais des télécommunications et de l’intelligence artificielle, reçu ce matin par Emmanuel Macron à l’Élysée. Ce partenariat illustre une tendance de fond : l’intérêt croissant des entreprises asiatiques pour l’Europe, et plus particulièrement pour la France, désormais perçue comme un territoire propice aux investissements dans les secteurs high-tech et énergétiques. « C’est une des entreprises qui avait, au premier jour de l’exécutif Trump, plutôt misé sur les États-Unis et qui, là, est en train de regarder l’Europe, et c’est une chance pour nous de regarder la France », a analysé Marc Lhermitte.

L’énergie décarbonée, nouveau levier de compétitivité

L’un des arguments décisifs avancés par Marc Lhermitte pour expliquer l’attractivité retrouvée de la France repose sur son mix énergétique. « Le nucléaire, le rattrapage très fort sur le renouvelable, c’est l’une des raisons pour lesquelles les entreprises, notamment industrielles, viennent en France », a-t-il souligné. Cette affirmation prend tout son sens dans un contexte où la crise énergétique de 2022, marquée par l’arrêt partiel des centrales nucléaires et la dépendance au gaz russe, a révélé les faiblesses du système français. Depuis, des efforts significatifs ont été consentis pour relancer la filière nucléaire et développer les énergies renouvelables, transformant ce secteur en atout majeur pour séduire les investisseurs étrangers.

Une compétitivité retrouvée grâce à des réformes structurelles

Le retournement opéré par la France ces dernières années est selon Marc Lhermitte le résultat d’une prise de conscience : celle d’une perte de compétitivité criante autour de 2015-2026. « On a pris conscience que la France était devenue très peu compétitive, c’est-à-dire trop chère, pour dire les choses simplement », a-t-il résumé. Une image écornée par les 35 heures, les revirements fiscaux incessants et un environnement réglementaire instable. Pour y remédier, le gouvernement a engagé une série de réformes, parmi lesquelles le CICE (Crédit d’Impôt pour la Compétitivité et l’Emploi) et les lois Travail, qui ont permis d’amorcer un redressement. « Avec, au cours du premier mandat d’Emmanuel Macron, une accélération assez forte, une priorité faite à cette France internationale », a précisé l’expert d’EY Consulting.

L’export industriel : un enjeu vital pour l’économie française

Au-delà des investissements étrangers, Marc Lhermitte rappelle l’importance des grands groupes français dans le commerce extérieur. « Il faut savoir que ces entreprises-là, c’est un tout petit nombre d’entreprises, moins de 1 %, elles représentent 35 % de nos exportations industrielles », a-t-il souligné. Ce constat explique pourquoi l’État et les territoires déploient des efforts constants pour faciliter l’implantation de ces acteurs clés, non seulement lors des sommets comme Choose France, mais tout au long de l’année. « Les Français, les territoires, l’État, bien sûr, savent à peu près faire les choses, pas seulement à Versailles, mais aussi toute l’année, pour faciliter la vie de ces projets », a-t-il ajouté.

La France face à une concurrence européenne acharnée

Si la France mise sur ses atouts pour séduire les investisseurs, elle évolue dans un environnement où la compétition est « extrêmement vive », pour reprendre les termes de Marc Lhermitte. L’Allemagne, le Royaume-Uni et l’Italie rivalisent pour attirer les mêmes projets, notamment dans les secteurs porteurs de l’IA, de l’énergie, de l’agroalimentaire et de la santé. « Les Anglais, les Allemands sont très forts aussi, les Italiens sont très forts. Mais en France, on sait attraper ces gros sujets, ces gros projets », a-t-il souligné. Cette capacité à capter des investissements d’envergure repose sur une combinaison de facteurs : un écosystème industriel solide, une main-d’œuvre qualifiée et un soutien public actif.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines seront déterminantes pour évaluer la concrétisation des annonces faites lors de ce sommet. Le partenariat avec SoftBank, qui porte sur des infrastructures liées à l’IA, devrait donner lieu à des investissements concrets d’ici la fin de l’année. Par ailleurs, la France devra maintenir sa dynamique en matière d’énergie décarbonée, un secteur où la concurrence avec ses voisins européens reste féroce. Enfin, les réformes structurelles engagées ces dernières années devront être consolidées pour éviter un retour en arrière et garantir une attractivité durable.

Un modèle économique à pérenniser

Pour Marc Lhermitte, l’enjeu dépasse le cadre des simples annonces. Il s’agit de « montrer parfois des choses un peu étincelantes, un peu exceptionnelles » pour capter l’attention des investisseurs internationaux. Mais cette stratégie doit s’accompagner d’actions concrètes et continues. « Les annonces, ça fait partie du jeu, ça fait partie de la compétition qui est quand même extrêmement vive, intense entre la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne, d’autres pays européens », a-t-il rappelé. Dans un contexte où les investissements se font plus rares, la France doit prouver qu’elle est capable de transformer ses atouts en résultats tangibles, bien au-delà des effets d’annonce.

Alors que la neuvième édition du sommet Choose France s’achève, une question reste en suspens : la France parviendra-t-elle à maintenir cette dynamique d’attractivité dans la durée, ou ces annonces resteront-elles des coups d’éclat sans lendemain ?

Selon Marc Lhermitte, associé chez EY Consulting, ce revirement s’explique principalement par l’attractivité du mix énergétique français, combinant nucléaire et énergies renouvelables décarbonées, ainsi que par la capacité de la France à « attraper les gros projets » dans des secteurs clés comme l’IA et l’énergie. « C’est une des entreprises qui avait misé sur les États-Unis et qui regarde désormais l’Europe, et c’est une chance pour nous de regarder la France », a-t-il précisé.