Selon RFI, l’Afrique du Sud célèbre ce dimanche 9 août 2026 les soixante-dix ans de la marche des femmes de Pretoria, un événement symbolique qui a marqué l’histoire du pays en 1956. Ce jour-là, plus de 20 000 Sud-Africaines, issues de toutes les communautés, s’étaient rassemblées devant les bureaux du Premier ministre pour dénoncer les lois de l’apartheid, et plus particulièrement le laissez-passer intérieur, qui restreignait strictement les déplacements des populations noires.

Ce qu'il faut retenir

  • Plus de 20 000 femmes de toutes origines avaient manifesté le 9 août 1956 à Pretoria pour protester contre les lois d'apartheid.
  • Le laissez-passer intérieur, principal objet de leur colère, encadrait les déplacements des Noirs et renforçait leur oppression sous le régime ségrégationniste.
  • Le mois d’août est désormais reconnu en Afrique du Sud comme le « mois des femmes » en hommage à cette mobilisation historique.
  • Malgré les avancées législatives, les femmes noires restent parmi les groupes les plus vulnérables de la société sud-africaine en 2026.

Depuis 1956, cette journée a été institutionnalisée. En Afrique du Sud, le mois d’août est désormais dédié à la célébration des droits des femmes, rappellent les organisateurs. Pourtant, soixante-dix ans plus tard, le bilan des luttes menées pour l’égalité apparaît contrasté, selon RFI. Si des progrès incontestables ont été accomplis sur le plan juridique et politique, les inégalités structurelles persistent, et les femmes noires figurent toujours parmi les populations les plus exposées aux violences, à la pauvreté et à la précarité.

La marche de Pretoria, organisée sous l’égide de la Fédération des femmes sud-africaines (FEDSAW), avait pour objectif de protester contre l’obligation pour les femmes noires de porter un laissez-passer pour circuler dans les zones réservées aux Blancs. À l’époque, ces restrictions étaient au cœur de la politique d’apartheid, visant à contrôler les mouvements de la population noire et à maintenir une hiérarchie raciale. Les manifestantes avaient chanté une chanson devenue emblématique : « Wathinta abafazi, wathinta imbokodo ! » (« Vous touchez aux femmes, vous touchez au rocher ! »).

Soixante-dix ans après ce soulèvement pacifique, la société sud-africaine reste marquée par les séquelles de l’apartheid. Selon les dernières données disponibles, les femmes noires affichent les taux de chômage les plus élevés du pays, et sont surreprésentées dans les emplois précaires. Les violences basées sur le genre, notamment les féminicides, restent également un fléau national, comme l’a rappelé l’ONG Gender Links dans son dernier rapport publié en juillet 2026. « Les femmes noires paient le prix le plus lourd de ces inégalités historiques », a souligné une militante des droits des femmes, qui a requis l’anonymat.

Des avancées légales, mais des réalités sociales toujours difficiles

Sur le plan juridique, l’Afrique du Sud a fait des pas de géant. Dès 1994, avec l’avènement de la démocratie, le pays a inscrit dans sa Constitution de 1996 l’égalité entre les sexes. Des lois ont été adoptées pour lutter contre les discriminations et promouvoir l’accès des femmes aux postes de responsabilité. Pourtant, ces textes peinent à se traduire dans les faits. Selon une étude menée par l’Université du Cap en 2025, seulement 32 % des postes de direction dans le secteur privé sont occupés par des femmes, et à peine 15 % de ces postes le sont par des femmes noires.

« Les lois existent, mais leur application reste inégale », a expliqué une chercheuse en sciences politiques interrogée par RFI. « Les mentalités changent lentement, et les structures de pouvoir, encore largement dominées par des hommes blancs ou noirs issus de l’élite, freinent les progrès. » Pour tenter de corriger ces disparités, le gouvernement sud-africain a mis en place en 2020 un plan national pour l’égalité des genres, prévoyant notamment des quotas dans les entreprises publiques et parapubliques. Les résultats de cette politique devraient être évalués d’ici la fin de l’année 2026.

Une commémoration sous tension

Cette année, les célébrations du 9 août 2026 se déroulent dans un contexte de tensions sociales accrues. Le pays fait face à une crise économique persistante, avec un taux de chômage officiel à 33 % en 2026, et des inégalités territoriales qui rappellent les disparités de l’apartheid. Dans les townships, où vivent majoritairement les populations noires, l’accès à l’eau potable, à l’électricité et aux soins reste précaire pour de nombreuses femmes.

Des rassemblements sont prévus aujourd’hui dans plusieurs villes, dont Johannesburg et Le Cap. Des associations féministes, comme Women and Men Against Gender-Based Violence (WMAGBV), appellent à une mobilisation pour exiger des mesures concrètes. « Nous ne voulons plus de discours, mais des actes », a déclaré la porte-parole du mouvement lors d’une conférence de presse organisée la semaine dernière. « Soixante-dix ans après, il est temps que l’Afrique du Sud honore enfin ses promesses. »

Et maintenant ?

Plusieurs échéances pourraient marquer les prochains mois sur la question de l’égalité des genres en Afrique du Sud. Le gouvernement doit rendre publics, d’ici la fin de l’année, les résultats de son plan national pour l’égalité des genres, avec des indicateurs précis sur l’accès des femmes noires aux postes clés. Par ailleurs, le Parlement examine actuellement un projet de loi visant à renforcer la lutte contre les violences domestiques, qui pourrait être adopté d’ici décembre 2026. Enfin, les élections locales prévues en 2027 devraient donner lieu à un débat sur la représentation des femmes dans les instances politiques, alors que le pays cherche à combler un retard persistant en matière de parité.

Alors que l’Afrique du Sud commémore aujourd’hui un chapitre fondateur de son histoire, le défi reste entier : transformer les symboles en actions, et les droits théoriques en réalités tangibles pour les millions de femmes noires qui, encore en 2026, subissent au quotidien les conséquences d’un système inégalitaire.

Les manifestantes exigeaient l’abolition du laissez-passer intérieur, une pièce d’identité obligatoire pour les Noirs leur interdisant de circuler librement dans les zones réservées aux Blancs. Elles protestaient également contre l’ensemble des lois ségrégationnistes de l’apartheid, qui maintenaient les femmes noires dans une situation de subordination juridique et sociale.