D'après BFM Bourse, SpaceX, le géant spatial et technologique d’Elon Musk, a publié mardi 5 août ses premiers résultats trimestriels en tant que société cotée en Bourse. Des chiffres globalement solides, mais qui n’ont pas suffi à rassurer les marchés : l’action du groupe a chuté de 9,9 % dès l’ouverture des échanges à Wall Street ce mercredi.
L’entreprise, connue pour ses fusées réutilisables, sa constellation de satellites Starlink et ses ambitions dans l’intelligence artificielle (IA), affiche des performances financières en forte progression. Pourtant, la défiance des investisseurs persiste, principalement en raison de l’ampleur inédite de ses dépenses d’investissement dans l’IA, jugées trop élevées par rapport aux revenus générés.
Ce qu'il faut retenir
- SpaceX enregistre une hausse de 92 % de ses revenus trimestriels, atteignant 7,8 milliards de dollars.
- La division Starlink affiche une croissance de 65 %, générant 4,3 milliards de dollars.
- Les dépenses d’investissement dans l’IA ont explosé, passant de 750 millions à 15,83 milliards de dollars en un an.
- L’action chute de 9,9 % à l’ouverture, malgré des résultats supérieurs aux attentes des analystes.
- Le flottant de SpaceX, inférieur à 5 % du capital, pourrait s’élargir de près de 50 % jeudi avec l’expiration d’un premier lockup.
- La capitalisation boursière du groupe a perdu 50 % depuis ses plus hauts historiques, atteignant environ 1 500 milliards de dollars.
Des résultats exceptionnels, mais un marché sceptique
Les comptes du deuxième trimestre 2026 de SpaceX dépassent largement les prévisions des analystes. Le groupe a engrangé 7,8 milliards de dollars de revenus, en hausse de 92 % sur un an. Chaque segment affiche une progression remarquable : la division lanceurs atteint 962 millions de dollars (+29 %), Starlink culmine à 4,3 milliards de dollars (+65 %), tandis que les activités liées à l’IA bondissent de plus de trois fois, à 2,56 milliards de dollars.
L’Ebitda ajusté a été multiplié par près de trois, s’élevant à 3,5 milliards de dollars. La perte opérationnelle a été réduite de plus de six fois, passant à 143 millions de dollars, tandis que la perte nette a été divisée par deux, à 541 millions de dollars. Selon le consensus compilé par S&P Global, les analystes tablaient sur 6,86 milliards de dollars de revenus et une perte opérationnelle de 1,62 milliard. Les résultats ont donc été jugés « tout à fait honorables » par de nombreux observateurs, dont Stephen Innes (Spi AM), pour qui « les résultats de chacun des trois principaux segments ont dépassé nos prévisions pour tous les indicateurs clés ».
Des ambitions dans l’IA qui inquiètent les marchés
Malgré ces chiffres flatteurs, les investisseurs n’ont pas tardé à sanctionner l’action. Dès l’ouverture des marchés, SpaceX perdait 9,9 %, effaçant en partie les gains enregistrés depuis son entrée en Bourse le 12 juin 2026. La raison ? Une explosion des dépenses d’investissement (capex) dans l’IA, passées de 750 millions à 15,83 milliards de dollars en un an, soit une multiplication par 21. Pour Deutsche Bank, ces chiffres « restent en travers de la gorge des opérateurs de marché ».
Les analystes de Morningstar soulignent que « les investissements massifs dans l’IA l’emportent sur les revenus générés par la société dans ce domaine ». John Plassard (Cité Gestion) évoque même « un prix à payer colossal » pour financer cette hyper-croissance. Le marché, déjà méfiant après les sanctions infligées à Alphabet, Meta ou Tesla pour des hausses de capex similaires, n’a pas montré plus de patience cette fois-ci. Lors de la conférence avec les analystes, Elon Musk a pourtant assuré que « le rythme des avancées en matière d’IA s’accélérerait considérablement » à l’avenir.
Un manque de visibilité sur les perspectives futures
Autre source de tension : l’absence de feuille de route détaillée dans les communiqués de SpaceX. Stephen Innes (Spi AM) regrette que « les investisseurs ne disposent toujours pas d’informations suffisamment claires concernant la cadence des lancements de Starship, les missions pour les lanceurs, les futures dépenses d’investissement et le calendrier des retours sur investissement liés au développement de l’IA ». John Plassard abonde dans ce sens, estimant que « le point faible de la publication est l’absence de perspectives détaillées sur les revenus futurs, les coûts et le niveau de capex ».
Pour lui, « SpaceX a prouvé qu’elle pouvait croître à une vitesse exceptionnelle ; elle doit maintenant démontrer que son empire spatial et technologique peut devenir une machine à cash, et pas seulement la plus spectaculaire machine à investir de la planète ». Une pression d’autant plus forte que le flottant de l’entreprise reste extrêmement faible, inférieur à 5 % du capital total, soit 629 millions d’actions en circulation.
Un risque de volatilité accru avec l’expiration d’un lockup
Un autre facteur d’incertitude pèse sur le titre : l’expiration d’un premier lockup, prévue jeudi 6 août. Ces clauses, courantes lors des introductions en Bourse, interdisent aux actionnaires majeurs de vendre leurs titres pendant une période déterminée. Avec près de 46 % du capital détenu par Elon Musk, le risque de dilution est réel. Selon Morningstar, jusqu’à 911,5 millions d’actions supplémentaires pourraient être mises sur le marché, soit une hausse de près de 50 % du flottant actuel.
Nicolas Owens (Morningstar) estime que « la plupart des actions disponibles seront mises sur le marché, car les vendeurs actuels bénéficient d’un faible coût d’acquisition et ont détenu leurs titres pendant de longues périodes ». Zephirin, cité par Dow Jones Newswires, craint que cette libération « ne crée une pression technique importante et n’accroisse la volatilité du cours de l’action à court terme ».
Malgré ces incertitudes, SpaceX conserve une cote d’amour élevée auprès des analystes. Sur les 35 bureaux d’études couvrant le titre, 27 recommandent d’acheter et seulement deux de vendre. Raymond James va même jusqu’à évoquer une capitalisation boursière potentielle de 10 000 milliards de dollars à long terme.
Reste à savoir si le groupe parviendra à concilier croissance fulgurante et maîtrise des coûts. Dans un secteur aussi concurrentiel que celui de l’espace et de l’IA, la capacité à transformer des investissements massifs en rentabilité réelle sera déterminante pour redonner confiance aux marchés.
Bien que SpaceX ait enregistré une hausse de 92 % de ses revenus trimestriels et dépassé les attentes des analystes, les marchés ont sanctionné l’explosion de ses dépenses d’investissement dans l’intelligence artificielle. Avec 15,83 milliards de dollars injectés dans ce secteur en un an, soit une multiplication par 21, les investisseurs craignent que ces coûts ne pèsent trop lourdement sur la rentabilité future. Selon Morningstar, « les investissements massifs dans l’IA l’emportent sur les revenus générés par la société dans ce domaine ».